Oracle 1
Titre tome: La Pythie
Genre: Mythologies , BD européennes
Année: 2014
Pays d'origine: France
Editeur: Soleil
Scénario:
Olivier Peru
Dessin:
Stefano Martino
Couleurs:
Digikore Studios
 

Elle est la Pythie, la messagère des dieux, dévouée au culte d’Apollon, la vierge dont les visions ont maintes fois sauvé Delphes et les autres cités grecques. De l’avenir, elle connaît les batailles qui défont les rois, les sécheresses qui affament les paysans, les tempêtes qui emportent les navires.
Du présent, elle ne jouit pas. Elle vit recluse dans son temple, préservant le don qui fait d’elle l’une des femmes les plus puissantes de Grèce. Jusqu’à ce que son pouvoir lui soit arraché, que sa dernière vision lui révèle le sombre futur qui va s’abattre sur le monde...

Les séries-concept ou thématiques ("Sept...", "Zodiaque", "Jour J", "Le Casse", "Les 7 Merveilles", "Elfes", etc...) sont à la mode depuis quelques années, au point de générer une certaine lassitude et dégager un parfum frelaté d'opportunisme éditorial. De plus, les albums de ces séries sont généralement (fatalement ?) inégaux. Toutefois, il ne faudrait pas faire preuve de mauvaise foi en occultant l'indéniable qualité d'ensemble de certaines, comme le prouve "Elfes" par exemple.
A l'instar de la série d'héroïc-fantasy initiée par l'incontournable Jean-Luc Istin (également présent ici comme superviseur), "Oracle" est une courte série en 5 tomes (chacun pouvant être lu séparément) tout bonnement remarquable à tous points de vue et se hisse déjà parmi les meilleures du genre. C'est d'autant plus digne d'éloges que chaque album porte des signatures à chaque fois différentes (scénario et dessin) et que, néanmoins, les quatre tomes déjà publiés font preuve d'une surprenante homogénéité au niveau de la qualité et d'une belle cohérence tout en parvenant en même temps à proposer des histoires forts différentes, le tout en gardant un esprit éminemment mythologique proche des écrits d'Homère (par ailleurs présent dans tous les récits) ou de Sophocle mais en nettement moins académique et empreint d'un iconoclasme mieux à même de plaire à un lectorat contemporain.
Loin de donner l'impression de livrer un simple travail de commande, les scénaristes (Olivier Peru, Ronan Le Breton, Nicolas Jarry, Patrice Lesparre) et dessinateurs (Stephano Martino, Bertrand Benoît, Gwendal, Nicolas Demare) sont manifestement inspirés et appliqués à donner le meilleur d'eux-mêmes. La diversité des auteurs permet également un rythme de parution élevé pour notre plus grand plaisir.
Quant aux couvertures (magnifiques), elles n'éclipsent pas pour autant les planches, comme c'est aussi trop souvent le cas dans la BD franco-belge actuelle.

Cette présentation générale a posteriori étant faites, j'en viens plus particulièrement au contenu de ce premier opus qui est clairement une réussite et laissait d'emblée augurer du meilleur pour la suite (impression confirmée par les tomes suivants).
Entre drame psychologique, manipulations et scènes épiques, l'histoire de la pythie bafouée Astasie se révèle subtile et émouvante et aurait pu figurer dans le corpus mythologique classique, où encore une fois les humains gagnés par leur passion deviennent les jouets de dieux cruels et désinvoltes. Et comme toujours, ce sont bien entendu les humains qui morflent le plus et les dieux qui s'en tirent facilement. Dans le présent tome, le sémillant Appolon est montré sans fard comme une ordure de première, un être brutal ne se souciant que de son plaisir et n'hésitant pas à avoir recours au viol pour satisfaire sa concupiscence. De fait, la vengeance de sa victime (un personnage féminin possédant une forte présence) paraîtra au lecteur bien légitime. Toutefois, Olivier Peru a l'intelligence de ne pas réduire son scénario à une vendetta au pays des Centaures mais de nuancer son propos et d'opposer à la cruauté des dieux l'orgueil, l'arrogance et l'aveuglement des hommes, ce qui sera d'ailleurs une constante de la série.
Classique mais prenante de bout en bout, son histoire mêle habilement le portrait intimiste d'une femme prête à tout pour laver son honneur et de furieuses confrontations physiques dans sa dernière partie aux allures de péplum superbement mises en images par Stephano Martino. C'est dans cette longue et insensée expédition belliciste vers l'Olympe que les fameux Spartiates sont montrés tels que je les ai toujours (dé)considérés : une bande de bourrins sans cervelle ayant soif de gloriole et de sang qui rappelle autant les vociférations éreintantes que l'idéologie martiale nauséabonde du film de Zack Snyder "300". Là aussi, chacun en prend pour son grade si j'ose dire et personne ne sors indemne de la vision acérée et sans complaisance du scénariste. Que l'on soit homme, femme, dieu ou quelque chose d'approchant...

Tirant le meilleur parti d'une mythologie grecque toujours aussi riche et vivace dont elle restitue l'essence tout en proposant des histoires inédites aussi bien illustrées que charpentées, la série Oracle est une des bonnes surprises de cette mouvance actuelle du "conceptuel à tout va", offrant au lecteur des histoires prenantes et denses, des sujets de réflexion profonds et même salutaires et un plaisir esthétique certain par la qualité graphique de chaque album. Ce tome 1 rassemble déjà toutes ces qualités.

Note : 9/10

 

Ragle Gumm

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