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bigbonn Sans être aussi enthousiaste que Mallox, j'ai quand même trouvé que Punishment Park est filmé efficacement, tendu de bout en bout, apporte un vrai point de vue et touche plutôt juste. On a du mal à comprendre la censure dont parle Mallox, si ce n'est que c'est une preuve de sa pertinence ou, en tout cas, de sa salutaire subversion... Pourtant, en le voyant, rien ne semble insoutenable à un spectateur lambda capable de réflexion. Si le propos peut sembler daté à certains, il l'est juste par son ancrage dans l'actualité de son époque (Vietnam, sentiment de menace communiste intérieure, etc), mais reste effectivement tout à fait transposable à d'autres temps. On y trouve surtout cette tentation totalitaire qui n'est pas censée exister en démocratie mais qui existe bel et bien quand la démocratie est dévoyée et accaparée par des cliques (cf: Guantanamo; Abou Ghraïb; l'Irak aussi, envahie pour la "libérer et réduire à zéro son stock d'armes de destruction massive"; le moindre opposant à cette théorie, il y a peu de temps, se voyait accuser d'anti-américanisme primaire et les french fries (les frites quoi) avaient même été retirées de la cantine du Parlement US me semble-t-il, pendant que des vrais patriotes vidaient du vin de Bordeaux dans les égoûts, ce qui prouve au passage qu'ils ont le sens des priorités...) J'y ai vu pas mal de lien avec 1984 d'Orwell mais bon, c'est presque inévitable dès qu'on approche du totalitarisme, même soft comme ici (on n'est pas encore chez Kim Jong-Il non plus mais bon...) Il est intéressant aussi de voir que cette soi-disant"non idéologie" qu'est le capitalisme à l'américaine (car ses tenants purs et durs se disent le plus souvent contre les idéologies, affirmant n'en suivre aucune, les clowns) agit aujourd'hui souvent plus finement, en récupérant les messages politiques qui la combattent ou combattent ses dérives (les pubs récupérant les affiches de Mai 68 par exemple, le détournement du sens des mots: le libéralisme par exemple, l'appel systématique à des "experts" dûments appointés et biens dans la ligne, etc). Il est intéressant aussi de voir que le film prend en partie la forme d'un ancêtre de la télé-réalité, écho des reportages du Vietnam qui firent beaucoup contre cette guerre dans l'esprit des Américains, mais que les équipes en question, devant l'injustice manifeste des situations, prend partie. Aujourd'hui, la télé-réalité c'est surtout pas politique et, quand il s'agit de reportages sur zone de conflit, c'est contrôlé, bridé, dirigé (les fameuses équipes embedded avec des unités de combat par exemple). Pour de la presse en liberté et qui ne se contente pas d'opinions, il faut quand même bien dire que c'est aujourd'hui difficile d'en trouver... Personnellement, je trouve également très inquiétant que la presse soit de plus en plus concentrée entre quelques mains, ce qui n'est pas, loin de là, un gage de pluralisme... Avec ce film et le procès qui s'y déroule, on est tout à fait dans la lignée des procès staliniens qui étaient toujours suivis de purges massives. On est très proche aussi du Mccarthysme et de la chasse aux sorcières...
Commentaire : ven. 06-03-09