[M] [Critique] Flagellations - 1974

 
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flint
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MessagePosté le: Dim Mar 18, 2018 5:39 pm    Sujet du message: [M] [Critique] Flagellations - 1974 Répondre en citant



Flagellations

Titre original : House of Whipcord

Genre : Thriller, Psycho-Killer, Drame, Women in Prison

Année : 1974
Pays d'origine : Angleterre

Réalisateur : Pete Walker
Casting : Penny Irving, Barbara Markham, Sheila Keith, Dorothy Gordon, Patrick Barr, Robert Tayman, Ann Michelle...

Aka : E sul corpo tracce di violenza/Stag Model Slaughter/Das Haus der Peitschen



Dans l'histoire de l'Angleterre, longue et riche, l'arrivée du mouvement baptisé Swinging London entraîna une révolution culturelle qui modifia les us et coutumes du peuple britannique, à bien des niveaux. Elle bouleversa la structure sociétale du pays, mais aussi la mode et les arts, inspirant bon nombre de créateurs, cinéastes compris. Pete Walker était de ceux-là. Il se fit connaître dans un premier temps avec des films légers, sexy, érotiques, avant de bifurquer vers le thriller (« Die Screaming Marianne ») puis le slasher (« The Flesh and Blood Show »). Ces films et les suivants, dont « Flagellations », marqueront le style du réalisateur, toujours atypique et souvent complexe, et fortement imprégné de la contre-culture des années 1960. Dans les films de Pete Walker, la jeunesse symbolisant la nouvelle génération adopte une conduite en rapport avec un courant de pensée en totale opposition avec les valeurs des anciennes générations, symbolisant quant à elle l'ordre établi. Le courant dominant d'un côté, garant des institutions ; le contre-pouvoir de l'autre, courant contestataire voulant balayer la « pensée unique » de ses aînés. Ce conflit des générations se remarque à travers la mode (la mini-jupe), l'évolution des mœurs (l'amour libre, l'homosexualité), l'usage de drogues diverses, la musique pop etc.



En Angleterre, le cinéma s'engage donc dans cette voie, avec des films qui marqueront les esprits comme « If... » de Lindsay Anderson ou « Performance » du tandem Nicolas Roeg/Donald Cammell.
« House of Whipcord », tourné en 1973, a pour héroïne Anne-Marie De Verney, jeune top model d'origine française qui a récemment défrayé la chronique lors d'un happening en plein air, dans un quartier de Londres fréquenté où elle s'est livrée à un strip-tease intégral, suscitant l'admiration de ses fans et le courroux d'une frange de la population que l'on pourrait qualifier… d'intégriste. Cette performance plus ou moins improvisée va entraîner la jeune femme dans une spirale cauchemardesque.



Le film démarre avec un teaser d'environ trois minutes. On y voit Anne-Marie (on ignore à ce moment son identité) courant en pleine nuit dans une forêt, sous une pluie battante. Le spectateur imagine qu'elle fuit un danger, mais celui-ci est invisible. Ce mystère amplifie la tension extrême de la situation, d'autant qu'à la faveur de quelques éclairs, on constate que la fille est vêtue de simples haillons laissant apparaître une chair meurtrie, comme si elle avait été victime d'actes de torture. A bout de souffle, Anne-Marie parvient au bord d'une route, et les phares d'un poids lourd apparaissent. Un camionneur la prend en charge. Incapable de parler, au comble de l'épuisement et dans un tel état de souffrance qu'elle ne peut trouver le sommeil, la jeune femme revit les événements qui ont précédé son traumatisme.



S'ensuit un long flashback retraçant le cours des événements. Tout débute lors d'une soirée en honneur d'Anne-Marie, présentant une partie des protagonistes du film, du moins ceux qui symbolisent la jeune génération : les amis d'Anne-Marie, mais aussi et surtout un inconnu (le troublant Mark E. Desade, interprété par Robert Tayman, déjà prédateur dans « Le Cirque des vampires »). Mark séduit la jeune femme et l'invite à passer le week-end à la campagne, pour évidemment flirter mais en profiter également pour lui présenter sa mère. Anne-Marie est loin de penser que Mark agit en tant que rabatteur pour sa mère, Margaret Wakehurst, qui dirige d'une main de fer et en toute illégalité un ancien pensionnat, abandonné et transformé en prison pour femmes.



Outre Miss Wakehurst, cet endroit sinistre et vétuste abrite le mari de celle-ci, l'ancien juge Bailey, aujourd'hui impotent, aveugle et quasiment gâteux. Le couple est secondé par deux matrones, la dévouée Bates (clin d’œil à « Psychose ») à la faible personnalité et l'implacable et sadique Walker (encore une touche d'humour noir de la part du réalisateur), incarnée par la brillante et effrayante Sheila Keith, mise en lumière au crépuscule de sa carrière par Pete Walker dans des rôles paradoxalement d'une noirceur absolue. L'actrice écossaise a marqué, de par son talent et son physique ingrat, les cinq films qu'elle a tourné pour le réalisateur, dont « Frightmare » et « Flagellations » constituent l'apothéose.



Bailey et Wakehurst ont été dans le passé rayés des cadres de la magistrature, en raison de leurs opinions extrémistes en matière de droit commun. Cette frustration, ce sentiment d'injustice les aura conduits à s'isoler dans un lieu tranquille avec deux matonnes que l'on devine également frustrées pour différentes raisons (d'ordre sexuel pour l'une, à cause d'une personnalité non affirmée pour l'autre).
Toujours est-il qu'ils ont créé leur propre conception de la justice, appliquant leurs sentences selon des convictions radicales, puisque la justice du monde extérieur s'avérait incompétente. Concrètement, on dira que leur manière de rendre la justice est plus proche de Torquemada que de Robert Badinter. Les jeunes femmes prisonnières en ces lieux, toutes condamnées à la prison ferme après un simulacre de procès, l'apprendront à leurs dépends. Une première entrave à la discipline conduit à un isolement complet pendant deux semaines, une deuxième faute entraîne une séance coups de fouet généralement musclée. La troisième est fatale, puisque la sanction n'est autre que la mort par pendaison (« Souviens-toi donc d'où tu es tombé, repens-toi. » - Apocalypse chapitre 2 - verset 5, légèrement remanié par Margaret Wakehurst).



Miss Wakehurst, dans tout cela, manipule son mari qu'elle estime hors-du-coup, trop vieux pour rendre la justice comme il se doit. Elle profite de sa cécité pour abuser de sa confiance et lui fait croire qu'une prisonnière a été libérée pour bonne conduite alors qu'elle a été pendue, avec le consentement des deux matrones complices par nécessité autant que par conviction, la peur guidant Bates tandis que Walker jouit de la souffrance d'autrui. La charge anti-cléricale du réalisateur est d'ailleurs flagrante, avec d'un côté Walker assouvissant ses bas-instincts en torturant des innocentes et en se délectant de leur nudité, alors que Margaret Wakehurst a du mal à contenir un amour incestueux pour son fils, la dernière scène où leurs regards se croisent confirme d'ailleurs cette hypothèse.
On appréciera d'autant plus l'avertissement au début du film à l'adresse du spectateur, qui dit en substance : Ce film est dédié à ceux que le relâchement des codes moraux inquiète et qui attendent impatiemment le retour du châtiment corporel et de la peine de mort. C'est là que repose l’ambiguïté qui entourera la personnalité de Pete Walker tout au long de sa carrière, dans quel camp est-il vraiment, s'amuse-t-il à jouer avec le spectateur , est-ce simplement de l'ironie ou de la provocation ? Car en vérité, dans « Flagellations » comme d'autres œuvres du réalisateur, les jeunes et les plus âgés en prennent tous pour leur grade, même si pour « Flagellations » il écorne essentiellement l'attitude de Wakehurst, Bailey, Walker et Bates.



Le long flashback narrant le calvaire subi par Anne-Marie et ses co-détenues prend fin à la soixante-dixième minute. Retour au présent : avec Anne-Marie et son sauveur, un sympathique routier qui va malgré lui ramener la malheureuse chez ses bourreaux, suite à un quiproquo. Reste alors une petite demi-heure dans laquelle le réalisateur n'hésitera pas à enfoncer le clou, à pousser toujours plus loin dans le cynisme jusqu'au final, d'un nihilisme radical. Cette dernière partie met en valeur un personnage jusqu'ici secondaire, celui de Julia, l'amie d'Anne-Marie, qui est la seule à croire que sa copine est en danger et va tout mettre en œuvre pour la retrouver. C'est Ann Michelle qui joue ce personnage de femme forte, et que l'on avait pu voir précédemment dans deux films fantastiques de très bonne facture : « Sorcière vierge » et « Psychomania ».
Le dénouement, volontairement sombre, n'en est pas moins réussi. Cachée dans le cadre magnifique de la forêt de Dean, dans le Comté de Gloucester, l'horreur était tapie, prête à frapper à tout moment. Et Pete Walker, avec « House of Whipcord », n'a pas manqué de frapper les esprits.

Fiche dvd/blu-ray



Flagellations – Artus Films

Région : Zone 2 PAL (dvd) – B (blu-ray)
Éditeur : Artus Films
Pays : France

Sortie film : 28 mars 1974 (4 janvier 1984 en France)
Sortie dvd : 6 mars 2018

Durée : 98 mn (dvd) – 102 mn (blu-ray)
Image : 1.66:1 – 16/9e compatible 4/3 
Audio : Dolby Digital 2.0

Langues : anglais, français
Sous-titres : français



Bonus :

- « La maison des sévices », par David Didelot (60'53)
- Bande-annonce originale (2'23)

Commentaire : Pour les fans francophones de Pete Walker (et ils sont nombreux), l'année 2018 sera à marquer d'une pierre blanche, avec la sortie des trois meilleurs longs métrages du réalisateur : « Frightmare » (chez Uncut Movies), « Mortelles confessions » et « Flagellations » par Artus Films. C'est peu dire que les films de Pete Walker ont été mal distribués en France. Et si l'on prend l'exemple du film qui nous concerne ici, il n'est sorti dans les salles de cinéma qu'en 1984, et deux ans plus tard en vidéo chez un éditeur quasi-inconnu, Andela Video, sous le titre farfelu de « Mutilator » (sans le moindre rapport, évidemment, avec « The Mutilator » de Buddy Cooper). Qui plus est, la version française de « House of Whipcord » fut sérieusement amputée, de presque un quart d'heure.



Plus tard, avec l'avènement du dvd puis du blu-ray, « House of Whipcord » connut une seconde jeunesse, du moins dans certains pays. Citons avant tout Kino Lorber et sa filiale Redemption Films (pour ce qui concerne le cinéma de genre), éditeur américain ayant sorti en blu-ray quatre œuvres du réalisateur britannique en 2012 (« Die Screaming Marianne », « House of Whipcord », « Schizo » et « The Comeback ») puis six autres en 2015 (« The Big Switch », « Man of Violence », « The Flesh and Blood Show », « Frightmare », « House of Mortal Sin » et « Home Before Midnight »), soit les deux-tiers des longs métrages réalisés par le cinéaste. Auparavant, « Flagellations » et certains autres titres parmi les plus célèbres de Pete Walker avaient été commercialisés par Anchor Bay (la filiale anglaise, en dvd) dans un coffret en forme de cercueil.



Cette reconnaissance légitime de la filmographie de Pete Walker, concentrée jusqu'ici dans les pays anglophones, s'étend enfin chez nous, notamment par le biais d'Artus Films, qui a donc sorti « Flagellations » et « Mortelles confessions » dans un écrin classique mais néanmoins précieux. Une sortie qui constitue d'ailleurs un double événement, puisqu'il s'agit là des premiers blu-ray issus du catalogue de l'éditeur. Un nouveau départ pour le duo héraultais qui va d'ailleurs poursuivre dans cette voie avec les futures sorties de trois films emblématiques de Lucio Fulci dans des éditions luxueuses, à savoir « L'Enfer de zombies », « L'Au-delà » et « Frayeurs », suivis de trois films de Jesus Franco (« Les Expériences érotiques de Frankenstein », « Les Démons » et « La Fille de Dracula »).



Mais pour en revenir à « House of Whipcord », il n'est pas inutile de préciser que le travail effectué est satisfaisant, tant au niveau de l'image, sans défauts, que des deux pistes sonores (l'anglaise d'origine et la française). A propos des nombreux passages coupés à l'origine dans la version française (une douzaine environ, dont une bonne moitié dans la première demi-heure du métrage), qui concernaient exclusivement des scènes de dialogues importantes pour la compréhension de l'intrigue, on appréciera la qualité des sous-titres français créés pour cette édition.



Et puis, n'oublions pas les bonus, au nombre de deux, une anecdotique bande-annonce originale et un entretien « fleuve » avec David Didelot, cinéphile accompli et entre autres créateur du fanzine Vidéotopsie. Un David intarissable sur Pete Walker et exposant son sujet durant une heure. Ce qui pourrait paraître long ne l'est pas et le temps passe vite à écouter DD parler de Pete Walker, passer en revue sa filmographie, s'attarder sur sa rencontre primordiale avec le scénariste David McGillivray, analyser la manière de travailler du réalisateur, son style atypique, et comment il a personnifié la transition entre le cinéma fantastique classique et l'horreur moderne.
David Didelot en profite pour citer quelques films d'autres réalisateurs issus de cette mouvance, puis revenir sur la personnalité ambiguë de Pete Walker, bien plus complexe qu'elle n'y paraît. Il n'oublie pas non plus d'évoquer le contexte social qui régnait en Angleterre à cette époque, avec la peine de mort supprimée quelques années auparavant et une résurgence des valeurs chrétiennes, symbolisée par des personnalités comme Mary Whitehouse (« Hey you Whitehouse, ha ha charade you are », chantera d'ailleurs Pink Floyd quelques années plus tard dans l'album « Animals »).



Enfin, il évoque la distribution de « Flagellations » à l'étranger, ses divers titres d'exploitation, son casting et, plus intéressant encore, pourquoi ce film est si difficile à classer dans un genre particulier. Une analyse longue, précise et passionnante, en résumé, avec en plus une touche d'humour lorsque David cite l'un des films de sexploitation correspondant à la première partie de carrière du réalisateur, à savoir « Cool It, Carol ! » traduit en France par « Rien ne vaut la première fois », ce à quoi notre orateur conclut par un « ... ce qui et loin d'être sûr » qui a eu pour effet de me déclencher un fou rire. Cette petite note de bonne humeur fera office de conclusion, je ne saurais trop vous conseiller de vous précipiter sur les sorties de ces œuvres réalisées par un cinéaste original, inclassable, à la filmographie certes inégale mais dans laquelle figure quelques chefs-d’œuvre, dont « House of Whipcord » figure au plus haut rang.

Note : 8,5/10



(Autres captures à suivre...)


Dernière édition par flint le Lun Mar 19, 2018 9:15 pm; édité 2 fois
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flint
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MessagePosté le: Dim Mar 18, 2018 6:00 pm    Sujet du message: Répondre en citant







































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mallox
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MessagePosté le: Mar Mar 20, 2018 6:27 am    Sujet du message: Répondre en citant

Un film d'actualité si je puis dire, avec ses tribunaux privés et des peines basées sur des critères puritains.
Je peux me tromper, bien sûr, mais concernant l'avertissement en préambule, je penche clairement pour du pur cynisme provoc. En tout cas, il est vraiment bien celui-là !
Sinon, concernant le bonus, enfourné le film hier soir donc pas vu encore entièrement (1h de déferlante d'infos et d'analyses. Faut qu'Artus le reprenne, ce p'tit jeune, là, qui débite 10 mots savants à la seconde ! ico_mrgreen ), j'avais pas capté que "Die Screaming Marianne" était une sorte de remake de "Gilda". icon_eek - content de voir que, dans cette passerelle vers l'horreur moderne britannique, on puisse compter l'excellent "Métro de la mort".
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sigtuna
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MessagePosté le: Mar Mar 20, 2018 7:38 am    Sujet du message: Répondre en citant

enaccord8 pour Flint

et enaccord8 aussi pour Christian et Thomas.
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