[M] [Critique] J'ai rencontré le diable - 2010

 
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mallox
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MessagePosté le: Ven Mar 11, 2011 10:42 am    Sujet du message: [M] [Critique] J'ai rencontré le diable - 2010 Répondre en citant

Vu en projo hier soir, so...



J'ai rencontré le diable - 2010
(Akmareul boatda)

Aka : I Saw the Devil

Origine : Corée du Sud
Genre : Film noir / Thriller / Vigilante / Drame / Serial Killer / Horreur

Réalisé par Jee-woon Kim
Avec Lee Byung-Hun, Choi Min-sik, Kim Yoon-seok, Oh San-ha, Ho-jin Jeon...




Un soir, alors que l'obscurité vient de tomber sur une route perdue, une jeune femme se retrouve en panne. Elle appelle avec son portable Soo-Hyun, son fiancé, un agent secret qui n'a pas trop le temps de lui parler à ce moment là, mais qui assiste, quasiment en live, à la longue scène qui va suivre :
Un homme vient frapper amicalement à la vitre de sa voiture, proposant à la jeune femme de l'aider. A l'autre bout de la ligne, le jeune homme conseille fortement de refuser toute aide d'un inconnu et d'appeler une dépanneuse. Celle-ci obtempère et dit à l'homme encapuchonné, sous une pluie battante, qu'elle attend de l'aide. Celui-ci s'en va vers sa propre voiture pour finalement revenir subitement, fracasser la vitre à coups de marteau, puis de lui en asséner quelques coups. L'inconnu kidnappe ensuite la jeune femme, l'emmène dans un entrepôt avant de la torturer puis de la découper en morceaux.
Son corps est retrouvé au petit matin dans une décharge. Soo-Hyun, après avoir pris deux semaines de congés, soi-disant pour se remettre psychologiquement, n'a qu'une idée en tête. Traquer le meurtrier qui s'avère être un serial killer, pour le torturer le plus durablement et douloureusement possible. S'en suit un jeu du chat et de la souris qui nous emmènera aux portes d'un nihilisme infernal et crépusculaire...




Fort de plusieurs prix glanés au dernier festival de Gérardmer (Le Prix de la Critique, le Prix du Public, le Prix de l'Est Républicain/Vosges Matin), "J'ai rencontré le diable" risque fort de faire reparler de lui lors de sa sortie, prévue au mois de juillet prochain.
Les raisons en sont multiples : D'une part, le thriller coréen a le vent en poupe depuis quelques années, et des réussites diverses - telles que "The Chaser" pour le plus récent, lequel en a laissé plus d’un sur le cul - ont redonné du crédit au cinéma asiatique, notamment dit de genre.
Ailleurs, le cinéaste responsable de cette mécanique implacablement diabolique n'est autre que Kim Jee-Woon. Celui-ci jouit d'une belle renommée internationale et est l'auteur talentueux de plusieurs films abordant des genres différents, ayant su taper dans l'œil des critiques quand ce n'est pas celui des spectateurs : "Deux Sœurs" (A Tale of Two Sisters, 2003), l'adaptation d'un conte populaire coréen "remaké" n'importe comment et à n'importe quel prix par des américains décidément bien protectionnistes (sorti en dvd chez nous sous le titre Les intrus) ; "A Bittersweet Life", un thriller noir dont chacun s'accorda au minimum pour louer la qualité technique ; ou, plus récemment encore, "Le bon, la brute et le cinglé", un hommage brillant - quoiqu'inégal et un brin longuet - à Sergio Leone et, de façon plus générale, au western.




Bref, il s'agit d'un réalisateur ayant su se faire un nom et qui, de fait, parlera au public, tandis que l'on pourra mettre en avant ses œuvres précédentes afin de faire mousser celle-ci ; chose relativement rare au sein du cinéma asiatique et son rapport à l'occident pour être signalée.
Un autre argument encore qui risque de jouer pour le film de Kim Jee-Woon : celui de faire se rencontrer deux icônes du cinéma coréen, connues en-dehors de leur territoire (même si leurs noms ne l'est pas forcément). Lee Byung-Hun, vu dans les deux précédents films du cinéaste et qui ne cesse de remporter prix sur prix au fil des films qu'il interprète, et Choi Min-Sik, que nombreux d'entre-nous ont déjà photographié (sinon même cristallisé) pour son rôle dans le "Old Boy" de Park Chan-wook. Bref, une rencontre, que dis-je, un duel qui s'annonce explosif !
Pour finir à propos des arguments que l'on pourra faire jouer en faveur de "J'ai rencontré le diable" : une ultra-violence qui a suscité une vive controverse dans son propre pays jusqu'à se voir d'abord censuré, expurgé de certaines scènes jugées dégradantes pour l'espèce humaine, avec enfin une sortie sans cesse repoussée dans les salles de cinéma. A ce sujet, le film frôle clairement la catégorie III à maintes reprises.




Techniquement parlant, il n'y a rien à reprocher à "J'ai rencontré le diable". A ce niveau, il s'agit même de l'œuvre du cinéaste la plus aboutie. Tour à tour fiévreux, réflexif, répétitif jusqu'à devenir lancinant, le film fait de ses antihéros des spectres de mort, alternant magistralement les pauses rythmiques - fidèles aux errances des âmes humaines mises en scène - et les éclairs fulgurants de violence dans lesquels tout ce qui a été retenu, durant ces pauses, éclate alors en une bouffée et un sursaut voués à la vengeance et au sadisme ; des scènes de tortures éprouvantes, baignées dans une splendide photographie faite de neige et de sang, tandis qu'au fur et à mesure que le film avance, les deux teintes se mélangent, à l'instar d'une bête qui s'humanise, et, a contrario, une soif de vengeance qui rapproche peu à peu l'homme de la bête et plus précisément, ici, du prédateur pur et dur.
Rajoutons à cela un montage époustouflant d'intelligence, plaqué sur une mise en scène millimétrée mais qui a l'élégance de nous faire croire qu'elle part en roue libre, pour enfin dire que "J'ai rencontré le diable" est autant visuellement que d'un point de vue purement technique un chef-d'œuvre. Une œuvre aboutie comme on en voit assez rarement au cinéma (la photographie n'est du reste pas sans évoquer certains gialli des années 70).
Reste ce que recèle intrinsèquement le film qui, à force de jusqu'au-boutisme (pas forcément dans la violence même, mais dans une mise en scène qui confine à l'exercice), devient peu à peu une sorte de mise en abîme du genre vigilante, plus qu'un film vigilante en soi.




On rappellera des propos tout à fait louables de Kim Jee-Woon à propos de la vengeance : "la vengeance en elle-même n’est pas le but, l’important c’est que le personnage se découvre, qu'il découvre la vérité qui était cachée en lui."
Des propos que l'on retrouve en effet à l'écran et que le titre du film traduit du reste parfaitement, revêtant même un double sens. Cependant, au fil d'un jeu du chat et de la souris au sein duquel notre justicier fera preuve d'une sacrée inspiration pour renouveler des moyens de torture censés tout à la fois refouler sa propre douleur et l'évacuer physiquement dans les entrailles d'un démon assassin ; il fera preuve d'une réflexion qui ne tient en rien de la bête, mais celle, justement, de l'être humain. Il y en cela un paradoxe au sein de "J'ai rencontré le diable" qui fait, outre le côté répétitif de la première partie, toute faite de poursuites, de pièges, de meurtres et de séances de tortures, qu'au bout d'un moment il est possible de ne plus adhérer au propos qu'on nous assène et de décrocher alors de ce jeu du chat et de la souris.
Au bout d'une heure, le spectateur comprend qu'il n'y aura au final que deux alternatives : soit au jeu qui consiste à torturer le tueur, puis à le laisser s'enfuir ensuite pour le traquer à nouveau, le chat finira par se mordre la queue et se faire tuer lui-même ; soit, ce même démon meurtrier, même mort, aura pris l'ascendant psychologique sur son justicier, son châtiment n'ayant alors servi à rien, hormis le fait d'avoir transformé le justicier à son tour en démon, pour retourner finalement à sa solitude et tristesse initiales.




C'est là toute la limite de "J'ai rencontré le diable" qui sait, par une savante mise en scène, faire passer sa longueur mais qui, paradoxalement, laisse dans un même temps trop d'espace au spectateur pour réfléchir ; celui-ci prendra de l'avance sur un final assez téléphoné et à la morale somme toute très classique.
Je ne saurais trop conseiller au lecteur qui se serait égaré par là de voir "Les sept jours du talion" de Daniel Grou qui, sur un sujet très similaire, et avec une mise en scène très épurée, instille un malaise bien plus grand en plus de laisser une brèche de réflexion à un spectateur considéré comme adulte ; a contrario, "J'ai rencontré le diable" lui pose les questions en même temps que de lui donner les réponses. Finalement, à vouloir faire, semble-t-il, un film vigilante définitif, Kim Jee-Woon signe d'avantage un arrêt de mort moraliste du genre, en même temps qu'un très brillant et trop substantiel exercice de style.
Pour conclure, on peut également reprocher au cinéaste d'avoir, d'un côté approfondi l’aspect bestial du justicier, et, a contrario, d'avoir par trop délaissé l’aspect humain du tueur. A partir de là, la donne psychologique s'en trouve légèrement faussée. Ceci étant, il convient d'admettre que le spectacle reste malgré tout de haute volée !




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Dernière édition par mallox le Lun Mar 14, 2011 7:34 am; édité 2 fois
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MessagePosté le: Dim Mar 13, 2011 9:05 am    Sujet du message: Re: [C] [Critique] J'ai rencontré le diable - 2010 Répondre en citant

mallox a écrit:


Au bout d'une heure, le spectateur comprend qu'il n'y aura au final que deux alternatives : soit au jeu qui consiste à torturer le tueur, puis à le laisser s'enfuir ensuite pour le traquer à nouveau, le chat finira par se mordre la queue et se faire tuer lui-même ; soit, ce même démon meurtrier, même mort, aura pris l'ascendant psychologique sur son justicier, son châtiment n'ayant alors servi à rien, hormis le fait d'avoir transformé le justicier à son tour en démon, pour retourner finalement à sa solitude et tristesse initiales.




C'est ce genre de constat (dont je partage le sentiment) qui m'embête avec ce type de films qui, tout en étant manifestement spectaculaires et pourvu d'idées intéressantes, risquent de laisser une impression négative après coup. En plus, ayant vraiment aimé "Les 7 jours du talion", qui semble être l'antithèse de "J'ai rencontré le diable", je suis sceptique, bien qu'appréciant le cinéma coréen ("Memories of Murder" restant un bon souvenir).
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mallox
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MessagePosté le: Dim Mar 13, 2011 10:23 am    Sujet du message: Répondre en citant

Un pote, qui a adoré le film m'a dit "tu chipotes, tu pinailles, c'est parce que tu fais des critiques, donc tu ne regardes plus les films en toute simplicité, etc.".
Moi je trouve que non. Lorsque j'ai vu le film, je n'ai à aucun moment pensé en faire une critique ici, mais, il m'a été très difficile de ne pas penser à "7 Jours du Talion" dont je trouve la trame et la thématique très similaire (même s'il s'agit d'une enfant dans le film québécois et d'une fiancée dans celui-ci, ce qui, il vrai, constitue une différence).

Il m'a été difficile également de ne me poser ces questions. Jamais, je dis bien jamais lorsque je regarde un film, je me prends la tête. Je laisse les sentiments, éventuellement les réflexions m'envahir, mais je ne cherche aucunement à aller vers eux. Cette démarche intellectualisante, propre à pas mal de critiques aurait même tendance à me débecter.

Après, si l'on voit "j'ai rencontré le diable" comme un pur film de genre (même si à lire les propos du réal, y a tout de même une réflexion dedans - voir la citation, qui, du reste, rejoins le double sens du titre du film. Le justicier rencontre le diable en la personne du serial killer mais aussi en lui même), c'est un film à voir absolument. La mise en scène est époustouflante.
Bref, pour ceux qui auraient l'occaz de le voir (j'ai vu qu'on trouvait en flanant sur le net...), voyez le, c'est d'un point de vue cinématographique, un grand moment !

Par contre, je ne vois vraiment pas ce que ce film avait à foutre au Festival de Géradmer. A Deauville, en revanche, oui !
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MessagePosté le: Sam Juin 18, 2011 9:40 am    Sujet du message: Répondre en citant

mallox a écrit:

Bref, pour ceux qui auraient l'occaz de le voir (j'ai vu qu'on trouvait en flanant sur le net...), voyez le, c'est d'un point de vue cinématographique, un grand moment !


C'est sûr ! Le film nous emporte pour ne plus nous lâcher jusqu'à un final libérateur.
Par contre, thématiquement, le film ne va pas aussi loin que la trilogie de la vengeance de Park Chan-Wook. Et je trouve même dommage que le réalisateur souligne aussi clairement ses intentions à mi-film à travers les propos du comparse du tueur. Mais sinon, quel spectacle !
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MessagePosté le: Mar Juin 21, 2011 10:29 am    Sujet du message: gerardmer Répondre en citant

J'ai vu j'ai rencontré le diable à Gerardmer et ce fut l'une de mes grosses claques ! Pour moi, il est franchement supérieur à la loi du talion, et pas forcément qu'à cause de sa photo ultra soigné. La où la Loi du Talion manque de rythme, se complaisant dans la torture répétitive, et plutot classique en somme, d'un pervers seulement capable d'injurier son tortionnaire, I saw the devil alterne course poursuite, personnages haut en couleur, héros charismatique... Bref, je l'ai trouvé bien plus efficace :clin:
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MessagePosté le: Mar Jan 24, 2012 12:45 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Vu dimanche soir et j'ai bien aimé.

Perso, c'est à la trilogie de la vengeance que j'ai pensé, mais c'est peut-être parce que c'est du cinéma coréen (et surtout parce que je n'ai pas vu les "Sept jours du talion" frank_PDT_01 )

En tous cas et si c'est clair que ça va très loin dans la violence, je l'ai trouvé assez soft comparé à "Lady vengeance", bien plus violent et immoral que ce film.

Ceci dit, c'est techniquement irréprochable, il y a une vrai monté en puissance dans la violence et le malsain ( le tueur qui se retrouve avec un rôle de victime, fallait oser) et le final laisse quand même un sale goût vu comme le "héros" se montre abjecte.
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MessagePosté le: Jeu Jan 26, 2012 11:44 am    Sujet du message: Répondre en citant

relative déception pour ma part.
avec tous les échos positifs qui me sont parvenus, quelque part, ça devait arriver.,

ça démarrait pourtant très bien avec cette ouverture sous la neige (et pas sous des trombes d'eau :sourire: ) puis au bord de la rivière (pas dans une décharge :sourire: ).
mais à partir de la serre, j'ai commencé à trouver le trait trop épais, l'action trop tape-à-l'oeil, les éclairages trop bariolés (mallox parle de giallo, j'ai surtout pensé à Inferno) et la tripaille plutôt gratuite.

pour en rester sur les comparaisons, je n'ai pas non plus vu les 7 jours du talion, j'ai forcément un peu pensé à la trilogie de la vengeance.
le début m'a surtout furieusement rappelé Seven avec cette histoire de tête coupée et de jeune flic en colère, mais au bout d'un moment j'ai eu la nette impression de me refaire... Ebola Syndrome! :sourire:
il faut dire qu'entre le psychopathe qui étrippe ou viole tout sur son passage et son pote vorace, le film dérape complètement dans le catégorie 3.

ce n'est théoriquement pas pour me déplaire, mais je ne sais pas, je m'attendais à voir un truc plus subtil, plus axé sur la psychologie des adversaires, un film capable de renverser l'empathie du spectateur. pour le coup ça ne vole pas très haut.
enfin, c'est coréen quoi :cool:
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mallox
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MessagePosté le: Jeu Jan 26, 2012 12:01 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Je conçois tout ça très bien. Tout ce que tu en dis y est.
Sinon pour en revenir à 7 jours du Talion, ma comparaison tient avant tout du fait que les deux films ont pour thème central le même sujet, la vengeance, mais qu'il ont deux traitements radicalement opposés. Et dans le fond et dans la forme.
Formellement, celui-ci est incontestablement plus proche de la trilogie de la vengeance.
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