[M] [Critique] Gunan il guerriero

 
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The Omega Man
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MessagePosté le: Lun Avr 06, 2020 10:19 am    Sujet du message: [C1] [Critique] Gunan il guerriero Répondre en citant

Gunan il guerriero

Gunan, King of the Barbarians / Lost Warrior / The Invincible Barbarian / Gunan Kôning der Barbaren / O Imperator dos Barbaros / De Onoverwinnelijke Barbaar / Gunan el Guerrero

Genre: Heroic fantasy
Année: 1981-1982
Origine: Italie

Réalisateur: Franco Prosperi
Avec: Peter McCoy, Malisa Longo, Giovanni Ciangriglia, Emilio Messin, Rita Silva





Producteur: Pino Buricchi
Scenario: Piero Regnoli
Musique: Roberto Pregadio
Image: Pasquale Fanetti[1]
Acrroche : Conan Zero

Avec Pietro Torrisi (sous le pseudo de Peter McCoy), Malisa Longo (sous celui de Melisa Lang), Giovanni Ciangriglia (John Richmond), Emilio Messin, Rita Silva, Sabrina Siani…

Résumé :
Le paisible village de campagne de Solmen est sauvagement attaqué par des Ungats, un peuple barbare dirigé par Magen, un être assoiffé de sang. Au milieu de la bataille, deux bébés garçons sont miraculeusement sauvés par une tribu de guerrières amazones, les Kuniats. Fondant leurs espoirs de revanche sur les deux bébés, des garçons, devenus des jeunes hommes, elles les entraînent pour les luttes futures. Le plus fort des deux est appelé Gunan l’invincible. C'est à lui qu’il échoit de venger son peuple jadis quasiment anéanti…

Lorsque « Gunan il guerriero », aka « Gunan, King of the Barbarians », est mis en branle, le succès du « Conan » de John Milius est encore loin d’être assuré. Cependant son producteur, Pino Buricchi, espère bien profiter au plus vite du battage médiatique qui entoure la sortie du film de Milius.
« Gunan » est par conséquent ce qu’on appelle aujourd’hui un mockbuster (film créé dans le but d'exploiter la publicité d'un autre film jugé majeur, doté d’un titre ou d’un sujet similaire).
C’est d’ailleurs sur la demande de Buricchi que le scénariste Piero Rignoli s’y attèle. Ce dernier a connu l’âge d’or du cinéma d’aventure italien (Maciste dans les mines du roi Salomon, L’Épervier des Caraïbes, Le Retour d’Ivanhoé, …), du western spaghetti (Navajo Joe, Du sang dans la Montagne, …) mais exerça également ses talents dans pas mal d’autres genres (L’Avion de l’apocalypse, Le Manoir de la Terreur, Patrick still alive, Malabimba, …). Il a même réalisé une dizaine de films dont « Des Filles pour un vampires » et « Maciste et les mines du roi Salomon ». Rignoli, en vieux briscard, se contente de reprendre les recettes qui firent la gloire du péplum transalpin des années 60 et accouche d’une histoire de jumeau et de vengeance surfant sur le mythe de Romulus et Rémus. Rien de neuf par conséquent pour les italiens qui envisagent le projet avant tout comme une exploitation d'un filon rentable. Un filon qui va, en toute logique, actualiser une série de clichés en rallongeant la sauce avec de la violence et pas mal de « féfesses » (merci Sabrina !).

Niveau production encore, c’est Francesco (Franco) Prosperi (1924-2006) - réalisateur sans grand génie mais apte à tourner n'importe quoi en des temps records - qui est l’heureux élu pour illustrer à l’écran le script de Regnoli ! Rappelons que Properi a débuté comme pur technicien (il fut l’assistant de Mario Bava) et scénariste, qu’il a dirigé les secondes équipes de péplums tels que « L'Esclave de Rome » ou « Hercule contre les vampires » avant de tourner quelques poliziotteschi intéressants comme « La Dernière maison sur la plage » (La settima donna) ou « Technique d’un Meurtre » (Tecnica di un omicidio). Il ne faut toutefois pas le confondre avec son homologue Franco Prosperi, réalisateur quant à lui des "Mondo Cane" et de "Les Bêtes féroces attaquent .

Côté distribution, la production engage des vétérans relativement méconnus mais au palmarès déjà conséquent. Pour Pietro Torrisi (rebaptisé Peter McCoy), ce sera même la consécration de sa carrière ! Culturiste de son état (Mister Italie en 1963 et cinquième à Mister Univers en 1965), il débute au cinéma en 1960 dans le péplum (Hercule contre les tyrans de Babylon / Le Triomphe d'Hercule / Spartacus et les dix gladiateurs / Les Dix gladiateur / Le Géant à la cour de Kublai Khan), avant d’intégrer tous les genres à la mode comme l'eurospy (Superargo contre Diabolikus / Agent 3S3 : Massacre au soleil / Agent 3S3, Passeport pour l'enfer / Opération Frère Cadet / Bob Flemming Mission Cassablanca, Le Monde Tremble), le western (On l'appelle Trinita / Bonnes funérailles, amis, Sartana paiera / Django et Sartana / Les Vengeurs de l'Ave Maria / La Horde des salopards / Django le bâtard) et même l'érotisme (Emanuelle Nera / Salon Kitty). Avec ses spécialités de doublure cascade et de second couteau, il plastronnera pendant près de trente ans sous des pseudos aussi divers que variés (Peter Barclay, Fred Huston, Peter McCoy, Piero Torrisi, Peter Thorris, Peter Thorys, Peter Torres, Peter Ducul). Son agilité lui confère une aptitude aux bagarres, lesquelles, combinées à d’autres de ses prouesses physiques, ont fait de lui l'un des cascadeurs les plus demandés. On l’aperçoit du coup dans nombre de films mettant en scène le duo Bud Spencer / Terence Hill où il fait des merveilles ! (Deux Super-flics / Attention, on va s'fâcher ! / Si ce n'est toi... c'est donc ton frère/ ...).

De son côté, Malisa Longo (1950) a débuté dans le giallo d’Antonio Margheriti, « Le sadique de la treizième heure ». Un film qui marqua le début d’une fructueuse carrière dédiée au cinéma bis, sans véritablement être affilié à un genre en particulier. Sa capacité caméléonesque lui offre la chance de tourner dans des productions variées. Elle joue tout aussi bien chez Tinto Brass (Saloon Kitty / Miranda), fait une apparition dans un Bruce Lee (La Fureur du Dragon) et dans « Blindman » de Fernando Baldi. Elle peut également s’égarer dans les pires productions telles que le triptyque de science-fiction le plus fauché du monde, celui composé de trois films réalisés par Alfonson Brescia (La Bataille des étoiles / La guerra dei robot / Sette uomini d'oro nello spazio). Elle peut enchaîner sans complexe avec de la nazisploitation à la sauce Eurociné (Elsa Fräulein SS / Helga, la louve de Stilberg), faire des papouilles avec Laura Gemser dans « Black Emanuelle » et même interprèter une « white Emmanuelle » dans « Emmanuelle bianca e nera ». Ceci étant, malgré ses nombreux engagements artistiques, Malisa Longo n'a jamais abandonné son amour pour l’écriture et la peinture… bref, il s’agit d’une actrice comme on les aime !

Quant à Emilio Messina (1936-2007) ci-présent, il aura aussi connu la glorieuse époque du péplum, pouvant s’enorgueillir de quelques titres comme « Sodome et Gomorrhe », « Goliath et l'Hercule », Les Dix gladiateurs », « Hercule contre Moloch », « Maciste et les cent gladiateurs », « Maciste, le héros le plus fort du monde », « Spartacus et les dix gladiateurs » ou bien encore « Hercule contre les tyrans de Babylone ». Comme Pietro Torrisi, il est à la fois cascadeur et second couteau spécialisé dans les films d’aventure et d’action plus ou moins fantaisistes. En témoignent « Opération poker », « New York dans les ténèbres », « Trois nuits de violence », « Super Sept appelle le Sphinx », « Flashman contre les hommes invisibles », « Superargo contre Diabolikus », « Superargo contre les robots », « Requiem pour une canaille », « Pas de roses pour OSS 117 », ...



Mais la révélation de « Gunan il guerriero » n’est autre que Sabrina Siani (1963). Une actrice qui a débuté dans un genre bien spécifique, la comédie érotique, avec « Le Trou au folle », « La Zézette plaît aux marins », « La liceale al mare con l'amica di papà », « Il medico della SAUB », avec toutefois deux exceptions : « La camorra sfida, la città risponde » et « Les contrebandiers de Santa Lucia ».
Elle tournera également deux films de cannibales produits par Eurociné, « Terreur Cannibale » de Alain Deruelle et « Mondo Cannibale » de Jess Franco (pas tendre avec elle selon certaines sources), juste avant deux ersatz du « Lagon Bleu » : « Due gocce d'acqua salata », aka « Blue Island », et « « Incontro nell'ultimo paradiso », aka « Daughter of the Jungle », ce dernier étant une pernicieuse aberration sur pellicule qui n’aurait aucune chance de sortir de nos jours !
Bref cette jolie blonde peroxydée ayant de sacrées bonnes dispositions pour remporter le titre de reine de l’heroic fantasy italienne, elle enchaîne joyeusement dès lors et comme on enfile des perles, quelques bobines éternelles comme « Ator l'Invincible », « Sangraal », « Conquest », celui-ci, « Le Retour du Barbare », tout en virevoltant sur diverses productions comme « 2020 Texas Gladiators », « Black Cobra », « Missonne Finale », « Aenigma » ou bien encore « Le Bon roi Dagobert », une ineptie sur pellicule signée Dino Risi avec le regretté Coluche. Comme la plupart de ces consœurs de l'époque, elle passera ensuite par la case télévision avant de disparaître des écrans.

« Gunan il guerriero » débute plutôt bien, avec un délirant laïus à propos la naissance du monde, le tout se voyant illustré par des plans de dinosaures piochés dans « Un Million d'année avant J-C ». À ce stade, une franche impression que tous les acteurs improvisent et que, somme toute, ce « King of the Barbarians » souffre d’un manque évident de préparation : les décors sont ineptes (une caverne à deux balles pour les méchants et des huttes au rabais pour les Amazones), l’impression distillée est que le pauvre Prosperi s’est assoupi derrière sa caméra, et même les apparitions de Malisa Longo ne parviennent pas à retenir l’attention, un sentiment très diffus qui dure presque une heure avant que, d’un coup, quelqu’un semble s’être souvenu avoir engagé une comédienne qu’il conviendrait d’utiliser un peu. Sur ces entrefaites à n’en plus finir, déboule donc à l’écran le personnage de Sabrina Siani ! Las, ne pouvant compter sur de véritables talents de comédienne, le réalisateur, dans un éclair de lucidité, décide de déshabiller la belle au rythme d’un métronome et de façon totalement gratuite. S’ensuivent du coup une rencontre topless avec le héros, une tentative de viol par les méchants, une hilarante séance de torture sadomaso… bref, en une demi-heure à peine, la belle Sabrina se retrouve nue à la moindre occasion ! Franco Prosperi semble même en oublier de finir son film, décidant de lourder une fin tel un pigeon lâchant une fiente, avec le méchant qui, hors-champs, finit promptement décapité, et les deux tourtereaux de l’histoire qui peuvent enfin s’éloigner tandis qu'une voie pompeuse débite des prophéties mystiques façon Guy Lux afin, semble-t-il, de préparer le spectateur à une suite.

L'heroic Fantasy (ou sword and sorcery, selon les goûts) semblait en cette période le genre idéal pour les réalisateurs italiens : tout à la fois primaire (sexe et violence, encore que cela convoque les dieux grecs Eros et Thanatos) et totalement inauthentique (et donc libre de toute référence historique), les possibilités semblaient quasiment infinies. Malheureusement, la plupart des films italiens de l'époque ne s’avérèrent n’être au final qu'un reformatage des vieux péplums d’antan, saupoudrés d'une dose de violence assumée et décomplexée, le tout se voyant ultra limité par le manque de moyens (quid d’effets spéciaux dignes de ce nom et des décors potables ?).
Finalement, de cette nouvelle vague et de ce film en particulier, on ne retient que le postérieur de la gironde Sabrina Siani, lequel suffît à satisfaire le public italien qui fît du film un vrai carton ! « Gunan » se vendit très bien à l’étranger (sauf en France où il reste inédit à ce jour) et la carrière du couple le plus improbable du cinéma bis, à savoir Peter McCoy et Sabrina Siani fût lancée. On les retrouvera donc avec un plaisir (très) pervers dans « Sangraal » puis « Le Trône de Feu ».

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