Une vierge chez les morts vivants
Titre original: Christina princesse de l'érotisme
Genre: Erotique , Horreur
Année: 1971
Pays d'origine: France / Liechtenstein
Réalisateur: Jess Franco
Casting:
Christina von Blanc, Britt Nichols, Anne Libert, Howard Vernon, Paul Müller, Jess Franco, Rosa Palomar...
Aka: La nuit des étoiles filantes / A virgin among the living dead / I desideri erotici di Christine / Zombi 4 : a virgin among the living/ Virgen entre los muertos vivientes / Eine Jungfrau in den Krallen
 

Christina Benson (Christina von Blanc), en provenance de Londres, se rend dans un coin reculé de l'Espagne, plus précisément dans le domaine de Monteserrat, à la suite du décès de son père. Ce père en question, Ernesto (Paul Müller), est mort tragiquement, et Christina doit prendre connaissance du testament. En attendant, la jeune femme est accueillie par les autres membres de la famille : oncle Howard (Howard Vernon), Carmencé (Britt Nichols), Tante Abigail (Rosa Palomar), sans oublier Basilio, le domestique débile (interprété par Jess Franco en personne). Un accueil loin d'être conventionnel, il faut l'avouer, entre l'oncle qui joue du piano en récitant des versets de la Bible, la tante sinistre à souhait, Carmencé paraissant aussi folle que tourmentée, et le serviteur muet franchement inquiétant. Un autre membre de la famille habite au château : Herminia, la seconde femme d'Ernesto (et donc la belle-mère de Christina). Lorsque cette dernière, inquiète de ne pas la voir, demande à son oncle où elle se trouve, celui-ci lui répond d'un air hilare :

"Elle est en train de mourir en haut !"

Oui, une famille bien étrange en vérité. D'autant plus que pour tous les gens habitant dans les environs, le domaine de Monteserrat n'est plus habité depuis plusieurs années.

 


Réalisé en 1971 à une période charnière (correspondant à ses films produits par Artur Brauner et Karl Heinz Mannchen, la mort de Soledad Miranda, et les débuts de sa collaboration avec Robert de Nesle), "Une vierge chez les morts vivants" est une œuvre une fois de plus atypique du cinéaste espagnol, de la part de cet homme qui n'a jamais cessé de nous surprendre. Une fois encore, il s'agit là d'un film qui a connu différents montages, et qui fut commercialisé avec des durées et des titres particulièrement variés. Si on le connaît aussi sous le titre "Christina, princesse de l'érotisme", il devait pourtant s'appeler, à l'origine, "La nuit des étoiles filantes". Point de zombies ou de morts vivants, dans cette histoire inspirée d'une nouvelle d'un poète et romancier espagnol du 19e siècle, Gustavo Adolfo Bécquer, qui mourut prématurément à trente quatre ans, et dont la majeure partie de ses œuvres fut publiée post mortem. Non, point de monstres, mais plutôt des esprits, et un souffle onirique, une poésie macabre, une beauté froide et morbide, reflet probablement conjugué des écrits de Bécquer et du décès encore "chaud" de Soledad Miranda.

Cette co-production (tournée au Portugal) quelque peu forcée entre des fonds en provenance du Liechtenstein et la firme française Eurociné ne va pas se passer comme l'escomptait le réalisateur. Marius Lesoeur, comme toujours, va rajouter des scènes érotiques initialement non prévues. Et, quelques années plus tard, il fera même tourner à Jean Rollin quelques rushes supplémentaires qui seront intégrés au film, au grand dam de Jess Franco qui lui en voudra toujours d'avoir commis, en quelque sorte, une trahison.

 

 

"Une vierge chez les morts vivants" fut donc exploité, tantôt sans, tantôt avec les passages filmés par Rollin. D'autres scènes, bien tournées par Franco quant à elles, disparaissent ou demeurent selon les versions, notamment le passage onirique où Christina se lève de son lit, aperçoit un objet noir en forme de phallus, et le brise ; ainsi que la cérémonie rituelle finale marquant l'initiation de Christina par la Reine des Ténèbres (incarnée par Anne Libert).

Jess Franco avoue avoir de l'estime pour ce film (ce qui est loin d'être le cas de toutes ses réalisations). Et on le comprend. Si, de prime abord, "Une vierge pour les morts vivants" semble aux yeux de beaucoup une œuvre ratée et risible, ce serait dommage de ne pas regarder au-delà du jeu des interprètes principaux et du déroulement pour le moins abscons de l'histoire. Trame obscure ne veut pas dire ridicule, "Une vierge chez les morts vivants" est avant tout l'histoire d'une malédiction s'étant abattue sur une famille et qui ne s'arrêtera que lorsque celle-ci sera entièrement réunie. Ce qui signifie que la mort est l'unique issue pour la rédemption. Et si Christina peut paraître stupide et "oie blanche", on a le sentiment qu'elle ressent les choses d'une façon inconsciente, et que ses actes qui la conduisent vers le sacrifice sont finalement une volonté de sa part. La scène finale en a fait rire plus d'un, elle est pourtant magnifique, lorsque tous les protagonistes, enfin au grand complet, marchent lentement en direction de l'étang. Mais les passages mémorables sont nombreux, comme la veillée funèbre où l'on a posé le cadavre d'Herminia sur une chaise, et que les occupants du château chantent des prières dans un latin de "cuisine", avec Carmencé occupée à se peindre les ongles des pieds. Comme toujours, Britt Nichols laisse éclater son insolente beauté. A la fois sensuelle, hautaine et excentrique, elle rappelle par moments la Stéphane Audran de la grande époque, lorsqu'elle tournait sous la caméra de son mari Claude Chabrol.

 

 

Et que dire de la lecture du testament, orchestrée par un notaire au faciès improbable, ânonnant son texte à un point tel que la scène en devient surréaliste, comme si l'ombre de Kafka planait subitement sur le cinéaste espagnol. Un Jess Franco qui, l'air de rien, égratigne les institutions, autant l'église que la bureaucratie.

Les dialogues sont également savoureux, teintés de poésie et d'ironie. Ainsi, lorsque Christina demande à ses "parents" pourquoi ils ne mangent pas, Howard Vernon répond alors :

"C'est... que nous n'avons pas beaucoup d'appétit !"

Puis, le formidable Howard accompagne sa tirade d'un regard complice envers l'assistance, avant de partir d'un rire gras et communicatif. On pourrait également citer le vieillard prostré devant la chapelle, évoquant l'atmosphère maudite des lieux, avant de conclure par cette belle phrase :

"La mort, ça finit par s'attraper comme la maladie".

 

 

Au-delà des maladresses récurrentes de Franco (comme le lieu qui ressemble plus à un jardin botanique qu'à une forêt lugubre), on peut voir dans cette "Vierge chez les morts vivants" une œuvre où l'horreur côtoie la poésie, et où le personnage de Christina apparaît comme un pendant érotique et sensuel de Candide. Si Christina von Blanc, dans le rôle titre, n'a pas eu une carrière prestigieuse, on a pu cependant la voir dans "Overtime", d'Armando Crispino, ainsi que dans "La cloche de l'enfer", de Claudio Guerin Hill. A noter, dans un rôle secondaire, la présence de Nicole Guettard, qui était à l'époque la femme de Jess Franco.

N'oublions pas, non plus, la partition musicale excellente de Bruno Nicolai, alternant mélodies nostalgiques, musique contemporaine et rock progressif dans une parfaite harmonie.

En vérité, "Une vierge chez les morts vivants", l'un des films les plus connus et les plus décriés de Franco, est à redécouvrir, surtout pour tous ceux qui en ont gardé uniquement un souvenir négatif. Oui, cette œuvre mérite bien plus que la moquerie ou le dédain.

 


Note : 8/10

 

Flint
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