Roi des morts, Le
Titre original: Der Todesking
Genre: Horreur , Drame
Année: 1989
Pays d'origine: Allemagne
Réalisateur: Jörg Buttgereit
Casting:
Susanne Betz, Gerd Breitung, Ingo Buesing, Jörg Buttgereit...
 

Une semaine, 7 jours... chacune de ces journées nous présente un individu dont on va suivre les derniers instants de sa vie jusqu'à l'inéluctable. Le seul lien entre ces différents protagonistes qui ne se connaissent pas est une mystérieuse lettre...

 


Dans l'intervalle de temps dont il dispose entre les sorties des controversés "Nekromantik" et "Nekromantik 2", traitant tout deux de passion nécrophile, Jörg Buttgereit s'attelle à un projet nommé Der Todesking, une œuvre assez atypique dont le thème tourne bien évidemment autour de la mort et de ses tabous, sujet de prédilection de l'auteur. Aux côtés de Schramm, Le Roi des morts se trouve sans doute être la plus réussie des réalisations de Buttgereit. Le réalisateur berlinois délaisse les excès de violence graphique et les récits à l'érotisme trouble pour une ambiance distante et froide, au final beaucoup plus dérangeante que l'aspect parfois un peu excessif des deux "Nekromantik".

L'histoire se présente de manière assez originale, tout se déroule en l'espace d'une semaine, dont chacune des journées nous présente un personnage, souvent solitaire à l'existence misérable. Une âme perdue dont on va suivre les derniers instants de sa vie jusqu'à l'inéluctable. Outre l'issue fatale, le seul lien entre ces différents protagonistes qui ne se connaissent ni d'Eve ni d'Adam étant représenté sous la forme d'une lettre que l'on se fait plaisir à essayer de retrouver dans chaque séquence un peu à la manière d'un Où est Charlie.

 


Nous suivons donc au fil du récit le quotidien horriblement banal de personnes dont la vie est aussi vide que leur frigo, filmé de manière assez crue, tel un documentaire voyeuriste qui pénètre au plus profond de leur intimité. Une solitude routinière et sordide qui finit par devenir véritablement effrayante, pesante et suffocante. Les différents protagonistes n'ont rien d'exceptionnel, des anonymes que l'on croise tous les jours sans y prêter la moindre attention, enfermés dans leurs vies désespérantes dont la seule échappatoire demeure la mort. Si différentes journées présentent des tranches de vie assez inégales en ce qui concerne les qualités d'interprétation et scénaristique, certaines histoires un peu plus légères semblent en effet présentes pour combler un peu le tout (le mardi et mercredi, un peu naïfs dans leur approche), le jeu des acteurs, amateurs pour la plupart renforce par contre l'aspect réaliste de ce qui nous est dévoilé.

Le temps défile, inexorablement, appuyé par une musique qui colle parfaitement à l'aspect sinistre de certaines séquences, mais qui par moments se veut plus émotive, à la manière d'un éloge funèbre teinté de poésie morbide. En tous points réussie, l'expression musicale, dont les sonorités sembleront familières aux personnes accoutumées au cinéma de Buttgereit, fait partie intégrante du film. La funeste scène du pont en est une représentante attitrée. Mémorable vision malsaine de par son atmosphère industrielle quasi hypnotique, durant laquelle défile sur un thème musical lugubre des images bétonnées, alors qu'en surimpression s'affichent les noms, âges et dates de mort de toutes les personnes qui se sont suicidées de ce même édifice. Elle prend d'autant plus d'ampleur que le film se montre très avare en dialogues (en même temps à qui peuvent bien parler des gens seuls ?), sauf lors d'une journée très bavarde, mais qui reflète aussi terriblement la solitude, celle d'un homme qui confie ses problèmes conjugaux à une inconnue qui l'écoute sans même jamais acquiescer ou ouvrir les lèvres... avant de le mettre en joue et de tirer... l'arme s'enraye... l'homme lui prend des mains, la retourne contre lui et met fin à ses jours.

 


Contrairement aux deux "Nekromantik", le film se montre moins démonstratif niveau sang et tripailles. Ici la violence est ailleurs, au même titre que dans "Schramm", qui utilise lui aussi une voie un peu différente afin d'installer l'ambiance si particulière qui se dégage des productions de l'auteur. Ce qui n'empêche tout de même pas quelques effusions sanglantes par moments... Chaque segment de "Der Todesking" est entrecoupé d'images vidéo accélérées, montrant un cadavre en décomposition que l'on voit pourrir rongé par le temps, les vers et autres larves. Ici cependant l'immonde laisse place à une sorte de beauté naturelle. La nature œuvre et reprend ses droits sur l'homme, qui est réduit à un amas de chair qui finira par s'altérer et pourrir à mesure que les heures passent.

Jörg Buttgereit expérimente également quelques idées de mise en scène qui s'avèrent au final excellentes et parfaitement intégrées au reste. L'exemple le plus frappant reste sans doute la caméra qui pivote à 360 degrés selon un mouvement perpétuel, qui restitue celui des aiguilles d'une montre tout au long de la journée du premier suicide, ou encore la manière dont la scène du pont, réellement sinistre, se fond parfaitement, malgré un traitement radicalement différent, à l'ensemble du film.

 

 

"Der Todesking" est une réussite totale, glauque, suffocante, inquiétante et violente. Son traitement très lent, sa musique omniprésente et son aspect réaliste parviennent réellement à faire naître chez le spectateur une fascination étrange, propre à l'univers de son auteur, mais touchant à des sentiments plus intimes que ceux exposés dans ses autres réalisations. Difficile également de deviner ce qui se cache réellement derrière ce titre énigmatique, le roi des morts n'étant évoqué qu'une seule fois durant le récit, au travers du dessin d'une fillette censé le représenter selon une imagerie qui n'est pas sans rappeler celle des danses macabres moyenâgeuses. Le roi des morts est celui qui fait que les hommes n'ont plus envie de vivre...

 

Carcharoth
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