Unknown, The
Genre: Drame
Année: 1927
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Tod Browning
Casting:
Lon Chaney, Joan Crawford, John George, norman Kerry...
 

"Dans le vieux Madrid circule une histoire dont on dit qu'elle est vraie..." Comme on le voit, le cinéma n'a pas attendu d'être très vieux pour se baser sur la réalité ou, mieux, pour s'appuyer sur une réalité prétendue afin d'enrichir sa substantifique moelle et de frapper plus fort au coeur du spectateur.

 

 

Bien que muet, The Unknown reste encore très regardable aujourd'hui. Voilà d'ailleurs une réflexion qui fera peut-être hurler les puristes mais il faut bien reconnaître que se fader un film muet est souvent plus proche du supplice que de la joie ultime: dialogues ou récit transposés sur des "cartons" en encart réguliers, acteurs surjouant pour pallier l'absence de texte audible, rythme plutôt lent, ... tout ce qui caractérise les films des premières décennies du cinéma les rend souvent très vite pénibles à regarder. A mes yeux tout au moins.

Si on n'évite pas ici quelques longueurs dans lesquelles on aurait aimé couper (et pourtant le film ne dure que 47 minutes), l'intrigue et les personnages qu'elle met en scène offrent suffisamment de tensions et de cruelle ironie pour nous tenir en haleine. L'interprétation du rôle principal par Lon Chaney (surnommé l'acteur aux 1000 visages pour ses nombreux rôles souvent maquillés, comme celui de Quasimodo dans Notre-Dame de Paris ou du fantôme dans Le fantôme de l'opéra) y est aussi pour quelque chose, ainsi que la présence lumineuse de Joan Crawford qui fera une belle seconde carrière au temps du cinéma parlant.

 

 

Avant de rentrer dans le vif du sujet, ajoutons que l'homme derrière la caméra était Tod Browning, qui reste surtout connu et reconnu à l'heure actuelle pour son Freaks de 1932 et sa merveilleuse troupe de monstres de foire.

"Dans le vieux Madrid, donc..." se donne un spectacle forain, celui du cirque de Zanzi. Parmi les numéros les plus remarqués, celui d'un homme sans bras, Alonzo (Lon Chaney), qui tire au fusil avec ses pieds (mais pas comme un pied) et lance le couteau de façon analogue. Sa cible (à rater impérativement sous peine de mort de la belle): Nanon Zanzi (Joan Crawford), la jolie fille du boss, irradiant d'une beauté qui a conquis le coeur endurci d'Alonzo le manchot.

Mais Nanon a une phobie : celle des mains des hommes. Ces mains qui veulent toujours la toucher, la serrer, la caresser (et on les comprend). Elle crie même, par carton interposé, qu'elle voudrait que les hommes soient sans mains! Ce qui ravit l'Alonzo mais n'arrange pas le Malabar. Car il y a un Malabar. Avec un nom pareil, c'est forcément un costaud, LE costaud du chapiteau, celui qui épate le public en tordant des barres de fer à mains nues. Ces mêmes mains qui rêvent de prendre dans leurs bras la Nanon afin de l'aider à prendre son pied (... ben quoi?)

Alonzo est un finaud. Ou croit l'être. Quand il conseille Malabar dans ses tentatives de séduction de Nanon, il fait tout pour que celle-ci en soit révulsée. Quand il parle avec Nanon, il fait tout pour paraître le plus digne d'être aimé. Mais c'est une ordure. Une vraie. D'ailleurs il a deux pouces à la main gauche et ça, chez un manchot, c'est un signe qui ne trompe pas!

 

 

Car ce joueur de guitare sommaire, qui gratte ses cordes avec les orteils, joue en fait du pipeau avec son entourage: alors que tout le monde le croit réellement sans bras, à l'exception de Cojo, dont la petite taille n'empêche pas la grande fourberie, il a bel et bien deux superbes membres supérieurs prolongés de deux grandes mains pleines de doigts, dont les deux pouces siamois ci-dessus évoqués.

Et il n'a pas que des bras, il a aussi un passé. Trouble apparemment, on n'en saura pas beaucoup plus si ce n'est qu'il est prêt à tout pour écarter celui qui se met sur son passage. Y compris à tuer.

Triangle amoureux, identités cachées, criminel en liberté, vengeance alambiquée, The Unknown offre tout ça à la fois et même plus, dans des séquences assez mémorables comme celle où Alonzo, désespéré, s'allume une cigarette avec le pied alors que ses bras sont libérés de leur gaine dissimulatrice. La force du film réside aussi dans cette ironie du sort qui semble se jouer des plans foireux de l'amoureux criminel pour mieux les lui retourner dans la figure et finir par les faire virer au noir.

A voir.

 

 

Bigbonn

 

A propos du film :


# The Unknown est disponible avec l'édition dvd collector de Freaks. Il avait d'ailleurs déjà été diffusé en complément à Freaks, lors de ses passages au Cinéma de minuit de Patrick Brion.

 

# La musique qui accompagne le long-métrage est une composition récente (de 1997) qui donne du relief à l'intrigue tout en la respectant.

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