Plus féroces que les mâles
Titre original: Deadlier than the Male
Genre: Espionnage , Comédie , Aventures
Année: 1967
Pays d'origine: Grande Bretagne
Réalisateur: Ralph Thomas
Casting:
Richard Johnson, Elke Sommer, Sylva Koscina, Nigel Green, Suzanna Leigh, Steve Carlson, Virginia North...
Aka: Deadlier, les tueuses
 

Henry Keller est un magnat du pétrole. Alors qu'il voyage à bord de son Boeing personnel, un cigare piégé l'envoie ad patres, la faute à l'hôtesse qui n'en est pas vraiment une, mais plutôt une tueuse redoutable, Irma Eckman (Elke Sommer), travaillant pour une organisation secrète. Après avoir mis en route le détonateur d'une bombe, elle saute en parachute, près des côtes où l'attend un hors-bord piloté par sa complice Penelope (Sylva Koscina).

A la suite de l'explosion de l'avion, le détective privé Hugh "Bulldog" Drummond (Richard Johnson) est engagé par une compagnie d'assurances afin de déterminer ce qui a pu provoquer l'accident. Un premier indice, sous la forme d'une bande magnétique, est sur le point de lui parvenir, mais l'expéditeur, un journaliste d'investigation, se fait harponner au sens propre par nos deux belles espionnes avant d'envoyer le précieux document.

A Londres, les morts suspectes ne tardent pas à s'enchaîner. Les victimes ont comme point commun d'être à la tête des plus puissantes compagnies pétrolières du monde. D'importants intérêts économiques sont en jeu, le monde de la finance s'inquiète, mais Drummond finit par remonter peu à peu la piste qui va le conduire jusqu'à un adversaire à sa mesure.

 


Le personnage de Bulldog Drummond fut créé en 1920 par l'écrivain britannique Herman Cyril Mc Neile. Il en résultera une douzaine de romans policiers mettant en lice ce détective privé, vétéran de la Première Guerre Mondiale. A la mort de Mc Neile, en 1937, un autre romancier, Gerard Fairlie, poursuivit à son tour les aventures de Drummond, jusqu'au milieu des années 50. Au cinéma, Drummond apparaît dès 1923. On recense une vingtaine d'adaptations du héros sur le grand écran, l'une des dernières étant "Calling Bulldog Drummond", en 1951, avec Walter Pidgeon dans le rôle titre, et dans lequel un débutant nommé Richard Johnson effectuait ses armes en tant que figurant.

Quinze ans plus tard, il se retrouve dans la peau du détective privé. Juste retour des choses pour l'acteur anglais qui fut pressenti quelques années plus tôt pour incarner le fameux James Bond dans "Dr No". Johnson possède la carrure et suffisamment d'aura pour ce genre de rôle. Trois ans après sa prestation remarquée dans "La maison du Diable", de Robert Wise, le voilà donc endossant la panoplie d'un détective/agent secret aux talents multiples. En effet, Hugh Drummond n'est pas un espion ordinaire. Il parle plusieurs langues dont le japonais, joue aux échecs en fin stratège, et possède une parfaite maîtrise du judo. Certes, il ne parle pas aux dauphins comme Derek Flint, mais il plaît également aux femmes, à la différence près que Drummond ne cède pas au charme de ses ennemies.

Pourtant, elles sont diablement sexy, les adversaires en question. En effet, Drummond va être confronté à une beauté venue d'Allemagne : la blonde Elke Sommer ; et une rousse flamboyante originaire de Croatie : Sylva Koscina. Les deux femmes ont comme point commun d'avoir débuté en Italie. Et si Elke Sommer a tourné en deux occasions pour Max Pécas, elle a aussi été la vedette de deux oeuvres de Mario Bava, successivement en 1972 et 1973, avec "Baron Vampire" et "Lisa et le Diable" (dans lequel Sylva Koscina jouait également).

 


Une Sylva Koscina qui se fit d'abord remarquer dans deux peplums de Pietro Francisci ("Les travaux d'Hercule", "Hercule et la Reine de Lydie"), puis dans le "Judex" de Franju. Dans les années 70, elle ne manquera pas de dévoiler ses charmes en maintes occasions, dans des productions bis. On la verra aussi dans deux gialli : "La peur au ventre", et "Crimes of the Black Cat".

Assurément, l'idée d'opposer un émule de James Bond à une cohorte de tueuses ravissantes bien que dangereuses constitue l'un des atouts essentiels de ce "Plus féroces que les mâles". Ne manquait plus au tableau qu'un ennemi digne d'un Blofeld. Là encore, mission accomplie avec un épatant Nigel Green, qui retrouvait pour la circonstance Richard Johnson, quelques mois après le tournage de "Khartoum". Si le nom de Nigel Green n'est pas connu de tous, il n'en demeure pas moins que son visage est familier pour quiconque apprécie le cinéma fantastique, notamment les films de la Hammer. Parmi ses nombreuses apparitions dans le genre, on peut citer "Le crâne maléfique", "Le masque de Fu-Manchu" ou encore "Countess Dracula". Fomentant de sombres complots afin de contrôler le marché mondial du pétrole, voilà un méchant digne de ce nom, retranché dans un château dominant une station balnéaire d'Italie, en compagnie de ses pulpeuses amazones et d'un garde du corps mongol (le fameux Milton Reid qui incarna moult fois ce genre de prestation) fort peu sympathique. Après de savoureuses joutes verbales, l'affrontement entre le héros et son principal ennemi se déroulera sur un échiquier géant dont les pièces se déplacent grâce une télécommande. Une partie d'échecs grandeur nature qui constitue le point d'orgue de ce film qui, s'il s'avère moins délirant que la série des "Flint" avec James Coburn, n'en est pas moins réussi et demeure l'une des meilleures "contrefaçons" de James Bond réalisées.

 


Pourtant, Ralph Thomas, metteur en scène d'après-guerre, ne semblait pas le plus qualifié dans ce domaine. Ce cinéaste britannique, qui commença sa carrière après la Seconde Guerre Mondiale, n'a réalisé essentiellement que des comédies, notamment toute une série de longs métrages avec comme personnage central le Dr Simon Sparrow, avec Dirk Bogarde dans les premiers opus. Cela explique pourquoi "Plus féroces que les mâles" lorgne en plusieurs occasions vers la comédie, par exemple avec cette opposition de caractère entre les deux tueuses : une Elke Sommer froide et méthodique, et une Sylva Koscina nymphomane et kleptomane (un duo qui fait des étincelles durant tout le film, pour aboutir à un véritable feu d'artifices). Opposition de style et de caractère également avec ce duo improvisé et forcé que Drummond va devoir assumer avec l'arrivée inopinée de son neveu, sympathique mais terriblement embarrassant.

"Plus féroces que les mâles" remplit son quota en matière de spectacle, moins "gadgets" que les premiers Bond, mais plus glamour, avec, aux côtés d'Elke Sommer et Sylva Koscina, les fort jolies Suzanna Leigh ("Le peuple des abîmes", "Lust for a Vampire") et Virginia North ("L'abominable Dr Phibes"). Si la bande originale n'est pas remarquable, elle restitue bien l'ambiance du film en général. On doit cette partition à Malcolm Lockyer, qui composa pas mal de BO pour le cinéma fantastique : "Dr Who and the Daleks", "L'île de la terreur", "Night of the Big Heat"...

 


Deux ans plus tard, Ralph Thomas réalisera une suite des aventures de "Bulldog" Drummond, "Some Girls Do", toujours avec Richard Johnson, mais sans Elke Sommer et Sylva Koscina, remplacées par d'autres superbes créatures : Daliah Lavi, Beba Loncar, Yutte Stensgaard, ainsi que Sydne Rome, pour sa première apparition au cinéma.

Quant à Richard Johnson, il entamera une seconde carrière durant les années 70 dans le cinéma-bis, à travers des oeuvres comme "Le Démon aux tripes", "Emilie, l'enfant des ténèbres", "Le continent des Hommes-Poissons" et "L'enfer des zombies". Un mariage avec le 7e Art pour le meilleur, et pour le pire...


Note : 8/10

Flint
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