Secrets derrière le mur, Les
Titre original: Kabe no naka no himegoto
Genre: Drame , Pinku eiga
Année: 1965
Pays d'origine: Japon
Réalisateur: Koji Wakamatsu
Casting:
Hiroko Fujino, Kazuko Kano, Mikio Terashima, Yoichi Yasukawa...
 

Dans le Japon des années 60 et, plus précisément, dans une cité-dortoir, un étudiant espionne ses voisins avec l'aide de sa longue vue. Se mettent alors en place plusieurs scènes : une femme trompant son mari chez un ancien militant-communiste, une femme qui tente délibérément de nouer contact avec son entourage en faisant tomber son linge sur leur balcon, la sœur du garçon se déshabillant...

 


Je suis rentré dans le cinéma alors que j'étais yakuza. Je ramassais l'impôt que nous exigions des productions qui voulaient tourner sur notre territoire. J'ai pu ainsi tourner mes propres films pour trois fois moins cher. Mes rapports avec la police et l'Etat viennent de là, lorsqu'ils m'arrêtaient, me battaient, m'humiliaient. Depuis, je suis le cinéaste japonais qui a tué le plus de flics dans ses films. Koji Wakamatsu, cinéaste au parcours atypique et pionnier quelque peu "fou" du cinéma indépendant et "underground" japonais, est un homme à la franchise inclassable ; que ce soit par le verbe dans ses interviews, ou dans ses films, tel une sorte de José Benazeraf à l'orientale (il montre des révoltes politiques par le biais de la sexualité), rien ne l'arrête. Et d'ailleurs, il devrait être cité dans tous les ouvrages cinématographiques pour la manière dont il a su concilier obligation commerciale (l'érotisme étant un genre qui, de surcroît, obéit à des codes difficilement négligeables), budgétaire, et ses propres intentions. "Aujourd'hui, j'ai honte de ces scènes de sexe, filmées uniquement pour des raisons commerciales". Et si de tel propos furent tenus à l'Etrange Festival, on y pointera du doigt une certaine tentative de manipulation dans le but de redorer son image de marque. Le yakuza d'origine est donc loin d'être mort et c'est tant mieux. Mais, précisons le, les scènes dites "de sexe" n'ont vraiment rien de honteux.

 


Qu'importe, revenons au sujet de cette petite chronique. On pourrait dire que "Les secrets derrière le mur" est un film sur le rasoir, assez tranchant et difficile d'accès. Les murs de la cité-dortoir, exposés dès l'ouverture du film tel le squelette même de ce dernier, contribuent à renforcer ce dernier point, et font alors immédiatement sentir l'oppression dont est victime la société japonaise d'après-guerre, qui ne s’est guère remise des traumatismes d'Hiroshima et Nagasaki et surtout, au delà de son silence, ne semble plus croire en rien. Koji Wakamatsu présente donc une humanité de béton, qui est en train de perdre son identité, et de plus en plus soumise à la puissance américaine. Les habitants de la cité-dortoir s'attachent en effet aux journaux, à la télévision, prenant ainsi les habitudes des occidentaux pour mieux faire sonner le glas de la décadence de la tradition japonaise. La perte des idéaux japonais se faisant alors franchement bien sentir, le personnage de l'amant ex-militant communiste renforce, d'entrée, cette idée. Et quoi de mieux pour l'argumenter que cette scène d'accouplement devant un Staline de plus de deux mètres ? Les idées révolutionnaires ne sont plus rien, on baise devant, et on se contente de s'en souvenir. Aussi, la femme, dans le film, se trouve être la seule à pouvoir jouir. Toute la force du film se retrouve alors à résider dans ce puissant traitement du sexe féminin. A l'inverse de l'homme qui, lui, est fortement dénigré. Puis, tout de même, montrer une femme ivre, peut-être que seul Koji Wakamatsu l'a osé en ce temps ; un féminisme certain et d'avant-garde se faisant alors sentir dans la personnalité de ce dernier. Et c'est tout comme cet ado qui, rappelons-le, est le personnage principal du film ; ce jeune homme incestueux, se masturbant sur des femmes occidentales... résume alors tout simplement mais très violemment la perversion du monde oriental, et plus précisément du Japon, par la société américaine. Il est la métaphore d'un peuple pensant que la pornographie et la violence sont les seuls moyens de se reconstruire. Et je vous l'accorde : où sont les samouraïs, et Zatoïchi ?

 


On peut alors s'interroger sur la position de Koji Wakamatsu. Son discours est ici désespéré et ne semble pas présenter une seule once d'espoir. Il est ici question d'une société perdue à jamais (?). Et c'est peut-être bien dans ce film que l'une des motivations principales et originelles du réalisateur est alors reprise, élevant son surnom de "cinéaste de guérilla" vers une toute autre définition (l'originale s'attachant au côté tournage effectué en express, avec trois fois rien) et un nouvel horizon, celui flamboyant et sanguinolent d'un homme qui veut ici inciter les foules, le spectateur, au coup d'état. Un horizon rouge et convaincu, qui ne se permet pas le doute. Et bien que je sente alors les regards de certains à la lecture de ces lignes penser : "Mince, encore du cinéma pseudo-engagé" ; je leur rétorque de suite : non, certainement pas. Wakamatsu est, et demeure, un réalisateur populaire, pour adultes certes, mais qui s'attache avant tout à faire du divertissement "à secouer". De l'agit-prop. Et à ce propos, "Les secrets derrière le mur" se tient plutôt bien, même si on pourrait lui reprocher une certaine monotonie, quelque chose de moins passionnant sur la longueur que sur la plupart de ses autres films. Et je pense à ceux réalisés en huis-clos. Il semble alors être plus un réalisateur du cadre, meilleur pour ce qui est de faire ressortir la force originelle d'un seul et même endroit, que pour plusieurs lieux.

 


"Les Secrets derrière le mur" aura beau être un film moins essentiel dans l'œuvre de Koji Wakamatsu en ce qui concerne l'esthétique (il y a sûrement un rapport à dresser entre le fait que se soit sa première production, tout autant que ses débuts), il n'en perd pas pour autant son discours tout aussi virulent que désespéré (annonçant au passage le reste de sa carrière). A scander sur un paysage oriental dans lequel Wakamatsu ne semblait plus pouvoir être alors, en ce temps, en mesure d'en saisir les belles couleurs de jadis.

 

The Hard
 
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