Osen la maudite
Titre original: (Maruhi) jorô seme jigoku
Genre: Fantastique , Roman Porno
Année: 1973
Pays d'origine: Japon
Réalisateur: Noboru Tanaka
Casting:
Rie Nakagawa, Yuri Yamashina, Akira Takahashi, Hijiri Abe, Chizuyu Azami, Moeko Ezawa, Toshihiko Oda, Hiroshi Chô...
 

Osen fut, auparavant, une geisha de grande notoriété ayant fait carrière dans le célèbre quartier de Yoshiwara (situé à Edo, désormais Tokyo, et réputé tant pour ses artistes que pour ses prostitué(e)s, c'était un repère élémentaire des amateurs de plaisir et de courtisanes). Désormais, elle moyenne ses charmes dans de basses ruelles, sales et lugubres, et où elle est à la fois exploitée par Tomizo, un homme qui lui avait promis de la sortir de cet "égout" et en lequel elle ne croit plus, et victime des moqueries de ses "collègues". En effet, suite aux décès de ses précédents clients, Osen est taxée de "maudite" et sa réputation est en chute libre. La seule chose dont elle peut se vanter, et qui lui permet, parfois, de redorer son blason, est d'être la muse d'un grand auteur d'estampes.

 


Lorsque l'on sait que jamais il ne fallut considérer en tant qu'œuvres d'arts les roman porno, alors que la production de ces derniers battait son plein, la surprise à la découverte de films tel qu' "Osen la maudite" est de taille. Assurément, la production d'un film rose n'était engagée que si ce dernier garantissait la représentation de femmes nues et de rapports sexuels sur près d'1h10, et on sait aussi que la censure veillait de manière rigoureuse à ce que ne soient montrés aucuns poils pubiens ou autres sexes, à l'écran. Mais les mœurs ont bien évolué en Orient, et on insistera sur le fait que le roman porno a sûrement, et largement, contribué à "alléger" la vision de l'amour, et principalement celle du sexe, au cinéma, si ce n'est à assouplir la censure et les comportements de plusieurs générations. Et, bien que condamnées, à la base, à une consommation immédiate et définitive, "Osen la maudite" fait partie de ces films qui, au cours donc d'un visionnage, en feraient presque oublier les codes du genre auquel ils appartiennent (les mêmes donc qui se situent à la source de leur création) tant les qualités sont nombreuses, que ce soit sur le point esthétique, narratif ou encore intellectuel.

 


"Osen la maudite" est une oeuvre réellement à part, en costumes qui plus est, et déjà splendide pour ce qui est de l'esthétique. Noboru Tanaka ("L'école de la sensualité", "La véritable histoire d'Abe Sada"...) sait tenir une caméra, et il n'y aura qu'à voir l'ampleur que prennent ses travellings latéraux filmant Osen, marchant encore et encore, comme pour fuir sa malédiction, pour se rendre compte de la qualité du travail qui a été réalisé ici. Et ce sera au niveau de la photographie que l'on remarquera une certaine touche d'ironie plutôt réjouissante : en effet, si l'ensemble paraît viser la reconstitution historique (et l'on pourra dire que, pour cela, le film est déjà une réussite), les couleurs chatoyantes bercées d'un ton que l'on pourrait qualifier sans trop d'hésitations de "sépia" font ressortir une ironie alors palpable tout au long du visionnage. Ou alors, et peut-être de manière moins exagérée, cette dernière est tout simplement due à l'introduction de nombreux passages humoristiques que Noboru Tanaka a habilement su mêler à son intrigue, que cela concerne quelques blagues à l'humour assez jaune ou quelques situations franchement bien trouvées (la scène par exemple ou s’écroulent les prostituées, sous le poids de ces dernières se regroupant et reculant au fur et à mesure que leurs chambres se dérobent). Quoiqu'il en soit, tout cela confère au film une pincée sarcastique qui ne cessera de nous amener vers la fin, pas forcément prévisible, et qui réserve donc sa petite dose de surprise au spectateur, de manière très subtile, nous laissant alors penser que, à priori, le cœur d'une femme est bien plus tordu si ce n'est vicieux, que celui d'un homme, ou tout du moins, de ce qu'il paraît être.

 

 

"Osen la maudite" est donc une histoire de manipulation. Un conte pour adultes qui nous dit que la "relation charnelle" n'est pas à éloigner d'un rapport de manipulé/manipulateur. Bien au contraire. Cette relation a un caractère indéniable, voire essentiel, dans ce type même de rapport. Et si l'on y réfléchis, Osen, vouée à une sorte de fatalité consternante, est en quelque sorte et sans cesse considérée, par les hommes, comme une "esclave" : Tomizo la désire continuellement comme telle, et ses promesses ne valent plus rien ; et le marionnettiste, si charmant et "passe-partout" au premier abord, souhaite faire d'elle sa nouvelle poupée. La vraie malédiction d'Osen serait donc d'être prisonnière du désir des hommes, et d'un espace qui, au final, n'est dominé que par ces derniers.

Et ce que l'on pourra retenir, par dessus tout, de cet excellent et - semble-t-il - peu commun roman porno qu'est "Osen la maudite", c'est très certainement sa tonalité fantastique à la fois invisible et omniprésente. Tout contribue, dans l'atmosphère, dès ce générique où la caméra suit les pavés d'un chemin menant au bordel dans lequel Osen officie, jusqu'aux lentes pérégrinations de cette dernière, des motivations des personnages à l'étrangeté de sa "malédiction", à donner au film une ambiance fantastique des plus légères (dans le sens où elle n'est jamais évoquée explicitement) et parfaitement maîtrisée. Et de toute manière, la beauté froide et l'interprétation de Rie - Osen - Nakagawa suffiront certainement à vous enchanter les sens, puis le cœur. Et rien que ça, en soi, c'est fantastique.

 

 

The Hard
 
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