Doux parfum d'Eros, Le
Titre original: Erosu wa amaki kaori
Genre: Erotique , Roman Porno
Année: 1973
Pays d'origine: Japon
Réalisateur: Toshiya Fujita
Casting:
Kaori Momoi, Choei Takahashi, Hiroko Isayama, Hajime Tanimoto, Maki Kawamura, Hatsuo Yamaya, Hiroshi Gojo...
 

Koichi, photographe errant, s'incruste de force chez une modéliste, Etsuko ; cette dernière lui aurait promis de poser lors d'une lointaine rencontre.



Fort hardi, il réussira à lui faire l'amour, évoquant de vagues rapports entre eux (probablement fantasmés) pour la convaincre. Koichi est en fait un manipulateur égoïste et un grand enfant des plus envahissants : même s'il doit se résoudre à dormir dans la niche, dehors, il tient à rester chez Etsuko.
Un soir, les amis de cette dernière arriveront avec un peu d'avance ; pour tuer le temps, ils se laisseront aller à la masturbation alors que Koichi, caché derrière un modèle grandeur nature d'Alain Delon, les photographiera avec peu d'aisance...

 

Eros, dieu de l'amour chez les grecs, suppléé par Cupidon chez les romains, se distingue pour être le principe qui 'rend manifeste la dualité, la multiplicité incluse dans l'unité" (Jean-Pierre Vernant, "L'individu, la mort, l'amour. Soi-même et l'autre en Grèce ancienne"). Dans "Le doux parfum d'Eros", cette définition sied à merveille à Koichi, photographe sans sujet qui semble souffrir d'un manque de reconnaissance. Il répandra son venimeux parfum qui n'est autre qu'un poison dans une demeure où les habitants recherchent un équilibre a priori impossible : simulant un suicide, présentant une tête de cochon découpée (une scène folle, pourvue d'un léger ralenti, montre la magnifique décapitation de ce dernier), il accumule les excès et se fait le déclencheur d'une suite logique d'événements qui parviendront à l'aider à trouver sa voie. Et si, comme il le dit, "les photos exploitent leurs assistants", il rêve d'une indépendance créatrice et saisira son appareil photo tel une arme, pour mieux mitrailler son objectif, pour se montrer "au dessus".
Mis à part cette intrigue inhérente à l'ensemble, "Le doux parfum d'Eros" est un film qui sait être aussi beau qu'avare : les scènes érotiques flirtent avec la censure à grands coups de 'floutages" dégueulasses, mais se voient accompagnées d'une bande-originale qui parle au nom de l'époque : orgue hammond et piano fort bien harmonisés, tout est là pour servir ce trip à l'utopie communiste : deux couples (Koichi et Etsuko donc, et le couple d'amis de cette dernière) vont ainsi tenter de vivre en paix, se prêtant sans foi ni loi aux joies du sexe pour oublier le passé, et sans doute l'avenir. En dépit de ce pessimisme des plus louables, "Le doux parfum d'Eros" se voit malheureusement nanti d'un caractère formel qui l'empêche de s'élever vers le haut, ce que les acteurs ont bien compris : ils jouent ce qu'il faut jouer, ni plus ni moins. Le spectateur, lui, fera - au mieux - le reste.

 

Enfin, "Le doux parfum d'Eros" témoigne d'un Japon d'"après-domination" étasunienne : cette dernière, rompue par le traité de San Francisco en 1951, avait permis un renouveau constitutionnel et économique non négligeable. La niche du jardin dans laquelle dormira Koishi porte ainsi les couleurs américaines, et l'habitation renvoie à n'en pas douter à l'un de ces blocs d'habitations où étaient installés les soldats américains. "Le doux parfum d'Eros", de ce point de vue là, peut être perçu comme la peinture d'un Japon en pleine émancipation, mais qui assume encore peu ou mal cette indépendance. La vie entre les protagonistes du film reflète ainsi ce sentiment de malaise et de fierté ; le monde japonais balance : d'un côté il y a les hommes, et de l'autre les femmes, sur lesquelles la maturité semble s'être trouvée de nouveaux emblèmes.
Le roman porno en tant que film d'auteur ? La Nikkatsu vise assez juste ; Toshiya Fujita fait partie de ces réalisateurs qui ont mené le genre vers le haut, et son "Le doux parfum d'Eros" pourrait se rapprocher d'une œuvre de Koji Wakamatsu, tant on y retrouve sans cesse ce regard tout aussi tendre qu'alarmé sur une jeunesse qui se perd dans le sexe et la violence par crainte du futur, le côté "exploitation" en plus. Précédé d' "August Is The Smell of Eros" (1972), réalisé lui aussi par Fujita, cette séquelle a tout - on présume - pour former le diptyque populaire et idéal à ce sujet.



The Hard

 

En rapport avec le film :

 

# La fiche dvd Wild Side du film "Le doux parfum d'Eros"

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