Source de feu, La
Titre original: She
Genre: Fantastique , Aventures
Année: 1935
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Lansing Holden & Irving Pichel
Casting:
Randolph Scott, Helen Gahagan, Helen Mack, Nigel Bruce, Lumsden Hare, Gustav von Seyffertitz, Samuel S Hinds, des chiens de traîneaux...
 

Léo Vincey retrouve son oncle en Angleterre, un physicien sévèrement irradié suite à des expériences malheureuses. Avant de trépasser, ce dernier lui parle de la source de feu, un élément radioactif inconnu qui rendrait immortel. Leur lointain ancêtre (qui ressemble trait pour trait à Léo) l'aurait découvert au 15e siècle, lors d'une expédition dans le grand nord sibérien, dans une contrée appelée la barrière de Sheugel. Leo part donc en expédition avec Horace Holly, l'ex-assistant de son défunt oncle, et finit par rencontrer un guide occidental qui accepte de les accompagner dans cette contrée inconnue. Celui-ci est nanti d'une fille adoptive, Tanya, qui va développer une attirance, d'ailleurs réciproque, pour Léo. Arrivés à la barrière de Sheugel, une avalanche décime leur expédition, ne laissant en vie que Léo, Tanya et Holly, et les contraignant à emprunter un réseau de grottes qui s'avèrent être chauffées par l'activité volcanique. Là, ils sont surpris par des indigènes.

 

 

La source de feu est la première adaptation parlante du célèbre roman d'aventure de Rider Haggard. Alors, pour tous ceux que la présence au générique de Rider Haggard et Merian C. Cooper (voire Randolph Scott) ferait espérer une pépite oubliée du cinéma des années 30, je préfère les prévenir dès le début de la présente critique, ils seront déçus. Car si ce film n'a rien de déshonorant, il manque cruellement de souffle épique, d'un parfum de mystère et même tous simplement d'action... Enfin bref, de tout ce qui fait le sel d'un récit d'aventure et qui pourtant était présent dans le roman.
Il est vrai que le choix de transposer l'histoire dans un décor contemporain (c'est-à-dire les années 30) et dans le grand nord, et de supprimer tout élément fantastique au profit d'une explication pseudo-scientifique dès le prologue, désespérément long et statique, était sans doute une mauvaise idée. Pourquoi le grand nord d'ailleurs ? Un corollaire de la transposition contemporaine sans doute : les dernières terres inexplorées étant alors les désertes régions polaires. Mais cela avait surtout l'avantage pour la production de faire des économies de figurants et de décors, et d'éviter une amoureuse africaine à Léo (en ces temps de Code Hay c'était préférable).
Difficile de dire, d'ailleurs, quelle est l'implication exacte de Merian C. Cooper dans ce film. Crédité comme la plupart du temps seulement comme producteur, l'absence de son habituel acolyte et ami E. B. Schoedsack à la réalisation semble indiquer qu'il se limita à ce rôle, laissant la direction de ce film à un duo composé d'un parfait inconnu (qui ne fera rien d'autre par la suite) et du coréalisateur des Chasses du comte Zarroff (Irvin Pichel qui, lui, commettra des tas de films, oubliés pour la plupart mais pas négligeables selon les spécialistes).

 

 

L'affiche du film a beau promettre "a cast of thousands", cette Source de feu souffre d'un manque de moyens en décalage avec ses ambitions. Les décors sont un peu chiches, et si les costumes d'inspiration azteco-assyrienne des sujets de She sont assez originaux et bien faits, on peut regretter que ceux des figurantes soient beaucoup plus longs que ceux de leurs homologues masculins. L'action, elle, est limitée à deux malheureuses scènes commençant toutes les deux par un ballet cérémonial qui semble ne jamais finir, même si la seconde est plutôt bien faite.
Ce "cast of thousand" (sept rôles avec des dialogues, en fait) parlons-en. La RKO, productrice du film, n'ayant put engager à Hollywood une des actrices espérées pour interpréter She, dut se rabattre sur une vedette de Broadway, Helen Gahagan, dont ce sera l'unique expérience cinématographique. Si elle n'est pas une mauvaise actrice, loin de là, il faut bien reconnaître qu'elle est physiquement aux antipodes du rôle, ce qui ne l'aide pas et n'aide pas à rendre crédible la passion qui l'unit au héros, héros qui préfèrera (on le comprend) la mignonne et juvénile Tanya (incarnée par Helen Mack), malgré sa propension à minauder. Helen Gahagan entamera peu de temps après une brillante carrière politique, devenant la première femme démocrate élue à l'assemblée. Carrière qui s'achèvera par un échec face à un jeune républicain, sans scrupules mais plein d'avenir, nommé Richard Nixon.

 

 

Dans le rôle du héros, Randolph Scott fait du Randolph Scott, restant hiératique et impassible durant tout le métrage. Pour paraphraser Humphrey Bogart, on peut dire que c'est encore lui qui le fait le mieux, mais pour jouer la passion violente ce n'est pas l'idéal. Dans le rôle de son acolyte (le narrateur dans le roman), Nigel Bruce interprète un homme de science pataud et naïf, mais capable de faire le coup de poing, qui préfigure son incarnation du docteur Watson dans le serial des années 40. Il est l'un des meilleurs atouts du film avec la jolie Helen Mack et le vétéran autrichien Gustav von Seyffertitz (au physique d'acteur du muet mais au jeu moderne) dans le rôle du bras droit de She.
Notons que She ne se nomme pas Ayesha dans le film, mais Hash-a-Mo-Tep, les scénaristes ont du trouver ça plus sexy et féminin, et que la musique (sans doute ce qu'il y a de mieux dans le film) est l'oeuvre d'un des plus célèbres compositeurs d'Hollywood, Max Steiner (qui fut l'élève de Brahms et le filleul de Richard Strauss).
La source de feu sera à sa sortie un bide qui le fera rapidement sombrer dans l'oubli. Un oubli qui faillit être définitif car on le crut longtemps perdu, toutes ses copies ayant disparu... sauf une que Buster Keaton (oui Buster Keaton) avait conservée dans son garage. Grâce soit donc rendue à ce dernier, sans qui nous ne pourrions plus regarder ce film qui, sans être un chef-d'oeuvre, mérite quand même d'être vu, ne serait-ce que par curiosité.

 

 

Note: 6/10

Sigtuna

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