Si j'avais 1000 ans
Genre: Fantastique
Année: 1983
Pays d'origine: France
Réalisateur: Monique Enckell
Casting:
Daniel Olbrychski, Marie Dubois, Jean Bouise, Dominique Pinon...
 

Durant la nuit du 31 octobre au 1er novembre, les celtes avaient pour coutume de fêter Samain, un moment religieux où le monde des morts, des fées, des sorcières entrait en contact avec celui des vivants. Renaissance du feu, de la vie et culte des morts marquaient cette fête (qui deviendra sur un autre continent celle d'Halloween, sans la connotation religieuse mais bien plus profitable aux marchands de cucurbitacées et de confiseries.)
De nos jours, sur une île de la côte bretonne, un petit village isolé semble vivre sous la menace d'une terrifiante malédiction. Des chevaliers moyenâgeux se mettent à galoper sur les plages, et les habitants découvrent un étrange tonneau sur le rivage.
On apprendra bien vite que mille ans plus tôt, le seigneur de l'endroit voulut sacrifier une jeune femme enceinte en la purifiant par le feu et l'eau (une tradition qui, hélas, semble s'être perdue). Heureusement, les pêcheurs empêchèrent le drame... merci à eux. Tout cela sent le varech à plein nez, et l'on se demande qui va bien pouvoir demander Samain à la jeune femme.

 

 

Quand un film fantastique français sort de l'oubli, on ne peut que s'en féliciter. Surtout quand celui-ci a connu le pire lors du tournage (problèmes financiers, accident d'un acteur qui entraîna le report de celui-ci durant près d'un an, notamment), et après celui-ci avec l'absence de distribution dans les salles de cinéma. C'est donc avec curiosité que l'on enfourne la galette dans le lecteur idoine.
Avec une intrigue étrange s'appuyant sur des traditions enfouies, une réalisatrice passionnée de cinéma fantastique, des décors de bout du monde, un casting de qualité, une musique d'Alan Stivell (il y en a qui aiment), "Si j'avais 1000 ans" avait tout pour intriguer l'amateur de raretés. Hélas, il faut bien dire que le résultat est loin d'être à la hauteur des ambitions affichées.
Pour tenter de donner une idée de l'ambiance générale du métrage, on pourra l'inscrire dans une veine renvoyant à l'univers fantastico-poétique de Jean Rollin (l'érotisme en moins), la série télévisée "L'île aux trente cercueils" (pour la "bretonnité" des paysages) et la tétralogie des templiers morts-vivants d'Amando De Ossorio (pour les chevaliers qui errent sur la lande austère, de celle chère au bon Fred).

 

 

Il y a donc de multiples références évidentes, une belle histoire, mais qui échouent sur les récifs d'un scénario tellement confus que l'on y comprend pas grand-chose (même si cela est probablement voulu, d'accord) et qui semble étirer son récit au maximum de ses maigres possibilités sur 78 looooongues minutes.
Apparemment consciente de la faiblesse de l'intrigue principale, la réalisatrice tente bien de combler le vide par quelques intrigues secondaires. Malheureusement, elles sont pratiquement toutes d'une rare indigence, et ne servent qu'à nous enfoncer un peu plus dans la somnolence.
Evidemment, il doit être bien difficile pour un premier long-métrage, surtout lorsqu'il est tourné avec de grandes difficultés comme celui-ci, de diriger des acteurs. Mais quand même, on pourra se demander comment des acteurs comme Jean Bouise, Daniel Olbrychski (qui joue un irlandais avec un accent polonais !) ou Marie Dubois peuvent être autant à côté de la plaque. Et ne parlons pas de Dominique Pinon, qui a dû probablement prendre des cours de comédie juste après ce film.
La musique, quant à elle, est une sorte de croisement entre le folklore musical breton et les nappes synthétiques des films d'horreur italiens du début des années 80. Du Fabio Frizzi ayant abusé du chouchen ou quelque chose d'approchant.

 

 

Reste que, si l'on ne peut pas dire que l'on soit bouleversé par la vision des multiples galops de nos amis les chevaliers à marée basse, la vie rurale austère et ennuyeuse ( pour être poli) de ce coin perdu, les scènes d'intérieurs où la photographie est aussi pauvre que le sont les dialogues (même si parfois ils en deviennent involontairement cocasses ) et une intrigue qui n'avance jamais…
... Reste donc, disais-je avant d'être interrompu par moi-même, une qualité indéniable à ce film : la beauté des décors extérieurs et la très grande réussite dans la manière des les cadrer, de les photographier, de les magnifier et de nous les rendre hostiles, dangereux, sauvages.
Comme si toute la vitalité de la réalisatrice était passée dans cette volonté de faire avant tout un beau film, esthétiquement parlant.
Sur ce dernier point, "Si j'avais 1000 ans" est une réussite. Pour le reste, on sera plus que circonspect, et on pourra toujours s'interroger sur le sens du titre du film en se demandant avec Charles Baudelaire si ceux qui ont participé à cette aventure en gardent plus de souvenirs que s'ils avaient mille ans.

 

 

Camif

 

En rapport avec le film :

 

# La fiche dvd Artus Films de "Si j'avais 1000 ans"

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