Opération Jaguar
Titre original: Italia a mano armata
Genre: Poliziesco
Année: 1976
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Marino Girolami (sous le pseudo de Franco Martinelli)
Casting:
Maurizio Merli, Raymond Pellegrin, John Saxon, Mirella D'Angelo, Stelio Candelli, Toni Ucci, Daniele Dublino, Sergio Fiorentini...
Aka: Flics en Jean / Brigade spéciale en action / L'Italie à main armée
 

A Turin, un car de ramassage scolaire est détourné par trois hommes qui kidnappent également les enfants. Le commissaire Betti (Maurizio Merli) se lance à leurs trousses. Pendant le même temps, une poignée d'hommes encagoulés débarque dans une banque de Turin pour la dévaliser. Coïncidence ou coup monté ? Le kidnapping des enfants ne serait-il que diversion ? Toujours est-il que Betti est vite alerté par radio du hold-up, et comme il n'est pas très loin à bord de sa voiture, il décide d'intervenir. C'est l'arme à la main qu'il arrive aux portes de la banque. Malin comme un singe, il fait mine d'accepter la requête des truands, de leur remettre l'argent puis les laisser filer ensuite. Ceux-ci se feront avoir comme des bleus au final, même si une complice les aidera à s'échapper un temps en se faisant passer pour une cliente sur le point d'être abattue.
L'un d'entre eux parviendra bien à se faufiler, tenant à bout portant l'un des pseudos clients, venu déposer de l'argent... mais que nenni ! Ce qui marche une fois ne marche pas deux. Betti l'a reconnu, cet homme est un dangereux criminel et tout ceci n'est que mascarade. "Vas-y, shoote-le empaffé, tu me débarrasseras d'un dangereux voyou de plus !" se permet-il de lancer au patibulaire truand qui s'en trouvera désarmé dans tous les sens du terme.
Mais ce n'est pas tout, il faut maintenant aller libérer les enfants. Il arrive avec sa cohorte de flicaillons et parvient à en faire libérer deux d'entre eux. Hélas, un troisième, malade, mourra entre temps. Mais notre policier est coriace et parviendra à ses fins. Il se fera malgré tout piéger plus tard à Gênes lors d'un raid, avant de se voir inculper d'homicide, puis de se faire, à son tour, son petit séjour en taule, où on essaiera de le dessouder. Mais le commissaire Betti n'est pas homme à baisser sa garde ni à interrompre un combat. C'est sans aucun doute l'horrible Albertini (John Saxon) qui est derrière tout ça. Il n'aura alors de cesse d'arrêter ce grand ponte du crime, qui se cache derrière l'apparence d'un riche homme d'affaires...

 

 

Troisième et dernier film de la série initiée par Girolami et consacrée au commissaire Betti, après "Rome violente" ("Roma violenta"), et S.O.S. Jaguar : Opération casseurs ("Napoli violenta"), tourné de main de maître par un Umberto Lenzi au sommet de son art, Opération Jaguar, alias Italia a mano armata, est, disons le tout net, le plus faible de la série.
Si "Roma violenta" possédait encore une fraîcheur réaliste toute sécuritaire, s'inscrivant dans un climat de violence ayant alors cours et imposait un Maurizio Merli comme l'un des meilleurs garants pour mettre à l'abri votre femme et vos enfants par des méthodes basées sur une psychologie du muscle, et si Opération casseurs offrait un spectacle au scénario ténu et à la mise en scène nerveuse et efficace, Opération Jaguar est en revanche une déception. Difficile en effet d'adhérer complètement au spectacle ici proposé. Au regard du film, on serait même en droit de se dire que les deux premiers opus avaient déjà fait le tour du sujet. Le premier reproche que l'on pourra faire sera envers un scénario autant capillotracté que ne sachant pas vraiment pas quelle direction prendre. Ce dernier est co-signé Leila Buongiorno, Gianfranco Clerici et Vincenzo Mannino, lesquels avait déjà oeuvré pour les opus précédents.
A se demander même si le fait de s'y mettre à trois, contrairement à l'épisode lenzien, scénarisé par le seul Mannino, n'aurait pas tiré l'histoire vers des directions différentes.
Ce à quoi on assiste tiendrait presque d'une suite de sketchs plus que d'une histoire fluide et bien conçue. Des enfants sont enlevés, un hold-up a lieu, Betti s'offre en otage, Betti tue un homme, Betti va en prison, Betti manque de se faire tuer, Betti combat la pègre, Betti fait des cascades en voitures, Betti explique que ses méthodes sont les plus efficaces... Bref, une succession d'aventures le plus souvent assez mal reliées entre elles et qui empêche toute immersion ou totale implication du spectateur qui, s'il ne s'ennuiera pas vraiment tout du long, ne saura pas toujours à quel wagon se raccrocher.

 

 

La mise en scène de Girolami est, quand à elle, assez peu inspirée, et si elle possède bien le côté débridé propre à certaines réussites du genre, elle montre ici toutes ses limites. Elle ne possède en rien la nervosité de certains poliziesco de Lenzi et ressemble ni plus ni moins qu'à un acquittement de tâches sans l'once d'un trait personnel. Elle ressemble, tout compte fait, à s'y méprendre, au tout venant "téléfilmesque" filmé en série. Elle demeure cependant professionnelle mais manque par trop d'âme. A cela s'ajoute un montage parfois hasardeux, à l'instar des deux courses-poursuites émaillant le film, mixant des ralentis retardataires dans une action live se voulant manifestement des morceaux de bravoure. Le sentiment qui prédomine est que tout cela fut tourné à la va-vite et l'on sauvera toutefois une bonne séquence de poursuite sur les toits de Naples, ainsi que deux ou trois autres passages assez coriaces mais toujours mal reliés entre eux.
Il y a cependant deux choses qui sauvent Opération Jaguar du naufrage. La première est la partition très inspirée de Franco Micalizzi qui confère un certain punch à des scènes, qui sans elle, sembleraient bien plates.
La seconde, c'est la présence d'acteurs, sinon de gueules, qui se montrent globalement très à l'aise et très convaincants...

 

 

Maurizio Merli en premier lieu, qui s'acquitte ici d'un rôle qu'il semble alors maîtriser à la perfection et servant en même temps de liant à cette succession d'histoires en pagaille.
Soit, ses intermèdes romantiques avec Mirella d'Angelo ne sont pas très crédibles en plus de ralentir une action un brin poussive, mais ce n'est pas bien grave. Notre héros, pourtant encombré de son éternelle moustache, montre sa virilité toute 'testoteronnesque', en plus de mettre en avant ses méthodes expéditives jouissives, et c'est bien là le principal ; nous voici rassurés sur son compte !
Si John Saxon fait un peu pièce rapportée, avec le fait qu'il soit derrière tout ce fatras de méfaits mal organisés, et s'il tarde un peu trop à apparaître dans le film, sa présence, diaboliquement nonchalante, apporte clairement un plus à l'ensemble. C'est tout bêtement dommage qu'il ait moins de temps de présence à l'écran en Jean Albertelli (encore un salaud de français !) qu'en Francesco Capuano (Opération casseurs) ou en Frank Di Maggio (Le cynique, l'infâme et le violent). En tout cas, si l'on rajoute les De Massi, "44 Special" et Calibre 44, agent très spécial, il est clair que sa contribution au poliziesco est prédominante, dans une carrière pourtant très éclectique et beaucoup plus riche qu'on ne pourrait le croire de prime abord. John Saxon, c'est la classe incarnée, et c'est une fois encore le cas dans cette peu féline Opération Jaguar.
Il y a aussi notre Raymond Pellegrin national, déjà aperçu dans "Un flic hors la loi" de Lenzi, l'année précédente, ainsi que, entre autres, dans "Salut les pourris" de Fernando Di Leo, aux côtés d'un autre redresseur de torts bien de chez nous, le sympathique Luc Merenda. Les deux hommes, étrangement, se retrouveront d'ailleurs au milieu des années 80 dans l'incontournable feuilleton franco-helvético-britannico-italo-luxembourgeois aux 15 millions de spectateurs sur TF1, le bien nommé "Châteauvallon". En flic las et désabusé, on peut dire qu'il passe, mais qu'on l'a vu également plus en forme et surtout plus percutant ailleurs. On aurait presque aimé qu'il s'oppose aux méthodes de notre ami Merli plutôt que de le soutenir de façon un brin péteuse, tentant d'éviter les problèmes hiérarchiques.

 

 

Outre quelques bonnes grosses gueules hirsutes ou patibulaires du genre, signalons tout de même, pour en finir dans le registre de ce qui élève d'un cran cette livraison très moyenne, la belle prestation de Stelio Candelli, acteur sous employé au cinéma et dont le plus grand rôle reste celui du manipulé de service dans La morte scende leggera de Leopoldo Savona. Celui-ci, dans la seconde partie du film, perce tant l'écran de son charisme qu'il n'est pas loin de voler la vedette à tout ce beau monde.
Disons, pour conclure, que rien que pour le niveau global de son interprétation et pour la percutante partition de Micalizzi, le film de Girolami reste à voir, malgré sa faiblesse scénaristique et la pauvreté de sa mise en scène. Mais pas pour autant à revoir, même si la toute fin en prendra plus d'un à revers.

Mallox

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