Guillaume le Conquérant
Titre original: Wilhelm Cuceritorul
Genre: Historique , Aventures , Guerre
Année: 1982
Pays d'origine: Roumanie / France
Réalisateur: Sergiu Nicolaescu & Gilles Grangier
Casting:
Hervé Bellon, John Terry, Amza Pellea, Mircea Albulescu, Violeta Andrei, George Mihaita, Marina Procopie, Marga Barbu, Sergiu Nicolaescu...
Aka: Cucerirea Angliei
 

Biographie filmique et romancée de la vie de "Guillaume le bâtard", duc de Normandie (qui rentrera dans l'histoire en tant que "Guillaume le Conquérant", roi d'Angleterre), de son accession au titre de duc de Normandie à huit ans jusqu'à sa victoire à la célèbre bataille d'Hastings, trente et un ans plus tard, et son couronnement comme roi d'Angleterre. En parallèle, le film s'intéresse aussi beaucoup à son adversaire Harold Godwinson, éphémère dernier roi saxon d'Angleterre.

 

 

Un film roumain sur Guillaume le Conquérant, coréalisé par un "conducteur de véhicule" (cinématographique) pour Jean Gabin dans les années 60 (Gilles Grangier), et dialogué par un des gagmen préférés de Louis De Funès durant la même période (Marcel Jullian), voilà qui a de quoi intriguer. Ce pedigree étrange s'explique par la genèse de la "chose". Cette coproduction franco-roumaine était destinée à devenir une mini-série de six fois 52 minutes en France et en Europe occidentale (aujourd'hui apparemment perdue corps et bien) et un film pour le grand écran de 2h30 en Roumanie, et en deçà pour les pays de feu le rideau de fer (la présente critique ne concernant que cette version ci, là seule à être visible au moment où je rédige ces lignes).
Par une curieuse ironie du destin, ce film n'existe désormais que par ses diffusions à la télévision roumaine, en version française sous-titrée en roumain (mais avec un son au format cinématographique), alors que le réalisateur principal et la quasi-totalité du casting, hormis les deux comédiens principaux, sont roumains.
Bon, disons-le tout net, le film se ressent de cette genèse particulière et le scénario présente dans la première heure et demie des trous énormes, les scènes se succédant à grande vitesse sans une cohérence d'ensemble. Il en ressort que le matériau de départ était sans aucun doute la mini-série pour l'exportation, et que le réalisateur Sergiu Niculaescu a dû monter son film de façon un peu abrupte, en privilégiant les scènes mettant en valeur les vedettes locales (les vétérans Amza Pellea et Mircea Albulescu), au détriment de la continuité scénaristique. Il faut ajouter que les dialogues français, particulièrement grandiloquents et semblant sortis d'une fusion entre une chronique médiévale et un drame shakespearien, sonnent faux et creux, et que les personnages sont de simples silhouettes ou, au mieux, des stéréotypes.

 

 

Et puis d'un coup, à la moitié du métrage, les choses s'emballent et on passe de la série télé miteuse, à base de romance et d'intrigues de palais, au film épique à la figuration pléthorique. A partir de ce moment là, ça ne va plus s'arrêter de se bastonner à grande échelle jusqu'au dernier quart d'heure ; plus une seule séquence sans qu'apparaissent des milliers de figurants à l'écran. Les bretons attaquent la Normandie, Harald Hardrada et ses norvégiens envahissent l'Angleterre dont Harold vient d'usurper le trône et, bien sûr, la bataille d'Hastings vient couronner tous cela. Et là, les dialogues toujours aussi grandiloquents paraissent moins faux, car moins en décalage avec le grand spectacle qui se déroule sous nos yeux. Bien sûr, il y a toujours des trous dans la narration (quel est ce prêtre surgit d'on ne sait où qui commande en second les normands et que Guillaume appelle son frère ? Mais quel est donc ce parjure qu'a commis Harold et dont tout le monde ne cesse de parler ?) Mais cette fois, c'est parce qu'on a privilégié les scènes spectaculaires, et puis une vague connaissance de l'histoire du Conquérant permet au spectateur de boucher ces trous.
Malgré une scène finale très artificielle où le film retombe dans ses travers initiaux, on ne regrette pas d'avoir fait preuve de curiosité pour découvrir cette oeuvre, ni de persévérance pour supporter sa première heure. L'abondante figuration en armes qui donne son cachet à ce "Wilhelm Cuceritorul" a été fournie gracieusement par l'armée roumaine, et même si les tenues sont parfois "limite" au niveau du réalisme historique (en particulier pour les norvégiens,) les scènes de combats sont particulièrement impressionnantes. La paternité des scènes d'action peut être attribuée sans risques au réalisateur roumain Sergiu Nicolaescu, qui joue d'ailleurs aussi dans ce "Cucerirea Angliei" (le rôle d'Edouard le Confesseur). Spécialisé dans les films historiques à grand spectacle depuis les années 60 (son premier long métrage, coproduction franco-roumaine, était un péplum ayant pour sujet la lutte des Daces contre l'empire romain), il reste l'un des plus célèbres réalisateurs de son pays, et est toujours actif à plus de 80 ans, après avoir provisoirement interrompu son activité cinématographique pour celle de sénateur social démocrate après la chute de Ceausescu.

 

 

Comme dit précédemment, le casting est essentiellement roumain, avec des comédiens célèbres du côté de l'embouchure du Danube, mais inconnus dans nos contrées. On citera Amza Pellea dans le rôle de Conteville, le beau père de Guillaume, et Mircea Albulescu dans celui de Godwin, le père d'Harold. Violeta Andrei, qui était à l'époque la femme du ministre des affaires étrangères, joue l'épouse du Conquérant, et la jolie Marina Procopie incarne un personnage imaginaire, amour de jeunesse de Guillaume, devenue maîtresse d'Harold. Tous s'acquittent de leur tache consciencieusement, sans arriver pour autant à rendre leurs personnages consistants. Dans le rôle titre, le français Hervé Bellon, même s'il est loin physiquement de l'image que l'on peut se faire de Guillaume le Conquérant, s'en sort plutôt bien, et on peut regretter que sa carrière se soit par la suite limitée au doublage (il est la voix, entre autres, de Michael York et Sam Neil). Le faciès de John Terry (qui incarne Harold) est lui beaucoup plus familier, sa carrière à l'écran, qui commença avec "Voltan le Barbare", comprend de nombreux seconds rôles dans des films et séries américaines (du "Full Metal Jacket" de Kubrick à "Lost", la célèbre série "foutage de gueule" de la décennie 2000). Ici, il grimace beaucoup, mais à sa décharge il faut dire qu'il est le seul à bénéficier de gros plans sur son visage (pourquoi un tel traitement de faveur, cela reste mystérieux) et qu'il est plutôt crédible dans les scènes d'action.
Malgré ses défauts, qui sont nombreux, il serait dommage qu'une oeuvre aussi singulière, témoin d'une époque où les scènes de foules n'était pas tournées avec une quarantaine de figurants démultipliés en image de synthèse, disparaisse.

 

 

Note : 6,5/10

 

Sigtuna

 

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