Dans l'arène du vice
Titre original: Sei to ai no korîda
Genre: Roman Porno , Erotique , Comédie
Année: 1977
Pays d'origine: Japon
Réalisateur: Masaru Konuma
Casting:
Hirotaro Honda, Yûko Katagiri, Erina Miyai, Asami Ogawa, Nagatoshi Sakamoto, Naomi Tani...
 

Deux amis tombent nez à nez, face à ce que l'on pourrait communément appeler une "tentative de suicide" : du haut d'une falaise, Shizué (interprétée par Asami Ogawa : Harcelée !, Chasseur de vierges), jeune et fringante secrétaire toute de blanc vêtue, semble déterminée à en finir avec la vie. Cependant, le destin - frivole ce jour là - l'engagera sur le chemin d'un futur plutôt "différent" : une vie à trois, avec son lot de colères, de naïveté et d'amour...

 

 

Pendant ce temps, pédestrement, va un jovial pervers sexuel (Nagatoshi Sakamoto, que l'on retrouve dans La femme aux seins percés, "La véritable histoire d'Abe Sada", "Hana to Hebi"...), la rose à la bouche et le sourire en coin ; tentatives de bondage, exhibition devant de jeunes lycéennes, voyeurisme participatif et autres grivoiseries rythment ses journées. Mais toute bonne chose a – presque – une fin puisqu'un policier le prendra – c'est le mot - en chasse...
Enfin, Nozomi, secrétaire ayant pour amant son patron, se fera séquestrer par le gardien d'un aquarium où elle flânait, intriguée par l'absence de poissons dans l'un des bassins. Entre domestication, esclavage et nourriture, une relation à la "Marivaux a de l'appétit" va se tisser...
La perversité, elle, se contentera d'accorder le tout.

 

 

En 1977, Masaru Konuma est déjà l'auteur de vingt films (pour seulement six ans de carrière), dont deux sont désormais considérés comme des oeuvres phares du pinku-eiga : "Hana to Hebi" et "Wife to be Sacrified". Dans l'arène du vice (son 21ème long-métrage, donc) témoigne d'un essai fantaisiste dans lequel Konuma déplace son dispositif scénique à l'extérieur, reniant les studios luxueux de la Nikkatsu ; une liberté de ton allant de pair avec les styles occidentaux "réalistes" alors en vogue. On retrouve ainsi sur près d'une heure et demie la quintessence du cinéma d'exploitation nippon des années 70 : les trois-quarts des plans sont tournés caméra à l'épaule, les mouvements de pivot étant alors conservés le plus souvent en continu, et les plans se figent en même temps que les visages, sur un regard, une expression, en une espèce de terrifiante suspension. Le style Konuma, une fois de plus, en impose par sa souplesse virtuose (qui n'est pas sans rappeler parfois le style de Leone), notamment dans son maniement des lumières (les séquences bleutées entre la secrétaire/soumise et son gardien/tortionnaire, ou encore et à l'inverse le "jaune" bucolique du trio amoureux).

Dans l'arène du vice porte bien son nom, puisque trois spectacles nous y sont proposés. Trois attractions plus ou moins montées en parallèle, sans parenté esthétique et narrative, si ce n'est celle de l'attrait pour la perversité ou, dans une autre mesure, du vice comme moyen ; et, une fois n'est pas coutume chez Konuma, la femme y sera victorieuse. Ces trois histoires apparaissent comme les aboutissements, le résultat cinématographique de la frustration sexuelle des japonais(es), dirigée par les reines du travail, ce que les personnages ou les situations évoquent sans cesse : "les hommes sont condamnés à travailler à vie", nous confie l'un des personnages. Il y a aussi cette séquence télévisuelle au cours de laquelle des sondages sur la sexualité féminine sont effectués en direct ; osé ? Mais Dans l'arène du vice est avant tout un divertissement aussi inventif que drôle, pas si éloigné des sexy comédies italiennes de la même époque, à la manière de Chasseur de vierges sorti la même année. La perversité est ici ludique, la cruauté comique et le malsain jouissif.

 

 

L'amateur y retrouvera sans déplaisir une Naomi Tani dans son propre rôle, vêtue d'un costume de cuir à en faire rougir les filles du "Faster, Pussycat ! Kill ! Kill !" de Russ Meyer. Une incroyable scène où elle bondera le pervers à la rose sans retenue, faisant alors écho au programme graveleux déjà perpétré par ce dernier : récupération d'un pet, allumage d'un cigare dans un vagin brûlant, tentatives de bondage (notamment sur un chat) loupées, le tout doté d'une énergie burlesque amusante, avec son rythme trépidant et ses cartons - parodiques : "on se croirait dans un roman porno !" - à mourir de rire.


L'histoire la plus prenante visuellement est certainement celle entre le gardien et la secrétaire ; située uniquement dans l'ombre, à la lumière d'un aquarium où s'ennuie un Mobura Japonica, Masaru Konuma ne cesse de construire d'incroyables tableaux, allant jusqu'à unir, dans un zoom, le viol du gardien sur Nozomi tandis que le poisson carnivore se régale des poissons rouges donnés en pâture quelques instants auparavant. La bestialité est convoquée magistralement.
Le segment le moins intéressant reste celui consacré à Nozomi et ses deux amants ; si quelques gags scabreux viennent pimenter le tout (un billet tombe malencontreusement dans les excréments d'un des personnages... qui le ramassera ?), la niaiserie est de bonne augure, parodiant peut-être quelques films sur l'amour libre, sujet auquel le cinéma prêta un intérêt certain durant les années 70.

 

 

Masaru Konuma livre une oeuvre auto-parodique qui, si elle n'est pas parmi ses meilleures, révèle une facette de son incroyable talent doublé d'un bon divertissement, tout simplement.

The Hard

 

En rapport avec le film :

 

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