Her Vengeance
Titre original: Xue mei gui
Genre: Catégorie III , Rape and revenge
Année: 1988
Pays d'origine: Hong Kong
Réalisateur: Ngai Kai Lam (alias Lam Nai-Choi)
Casting:
Pauline Wong Siu-Fung, Lam Ching-Ying, Elaine Kam Yin-Ling, Sit Chi-Lun, Kelvin Wong Siu, Hon Yee-Sang, Billy Chow Bei-Lei, Shing Fui-On...
 

Chieh Ying travaille dans un cabaret de Macao. En représailles d'une altercation avec cinq clients, elle se fait violer dans un cimetière. Elle va découvrir qu'à la suite de cet acte barbare elle est infectée par une maladie vénérienne mortelle. Sur les conseils de sa soeur aveugle, elle poursuit les coupables jusqu'à Hong Kong où, avec l'aide d'un ancien petit ami de sa soeur, elle décide de châtier les violeurs.

 

 

Ngai Kai Lam est l'un de ces réalisateurs qui, par leurs oeuvres, sont à l'origine de la classification "catégorie III" (qui est née en 1988) ; c'est un génie incontesté mais méconnu. Ce réalisateur débute sa carrière au sein de la glorieuse Shaw Brothers, pour laquelle il réalisera au début des années 80 trois films intéressants ("Men from the Gutter", "Three Stooges Go Undercover" & "Brothers from the Walled City"). Lorsque le studio fermera ses portes, il se dirigera alors vers un cinéma plus délirant, où il laissera libre cours à une certaine extravagance. En 1988, lorsqu'il signe Her Vengeance, le cinéaste a déjà tourné le frapadingue Th Seventh Curse et un certain Killer's Nocturn, hommage aux gialli de Dario Argento.


Pour cette nouvelle production, il rend cette fois hommage à "Kiss of Death" (1973), crapuleux rape & revenge produit dans les années septante par la Shaw Brothers. Ngai Kai Lam s'approprie donc le scénario et signe un faux/vrai remake du film. L'original est considéré comme l'un des premier films du genre, bien avant I Spit on your Grave (1978) et quasiment à la même époque que Thriller a Cruel Picture (sorti en 1974, bien que tourné en 1972). Mais Ngai va ajouter au genre un délire et un pessimisme typiquement asiatique.

 

 

On le sait, la condition féminine dans les pays asiatiques n'a rien à voir avec celle des pays européens, et cela se ressent dans nombre de productions où la femme se retrouve dans le rôle d’un simple morceau de barbaque. Des pays comme le Japon on carrément basé une partie de leur cinéma porno et certains mangas sur des concepts tabous comme le viol ou l'inceste (femme consentante ou pas), décliné sous toutes les formes.
Ces productions vont involontairement (ou non) influencer le cinéma de Hong Kong, notamment la fameuse catégorie III. Mais bien avant que ne soit lancée la mode de ce type de productions racoleuses, avec notamment la série des "Raped by an Angel" (cinq films), Ngai Kai Lam va réaliser ce que l'on pourrait qualifier sans se tromper le maitre étalon du genre, un film radical qui met dos à dos victime et violeurs.


Le script nous présente la pauvre Chieh Ying, qui se fait violer par une bande de dégénérés, à la suite d’une dispute dans un cabaret dans lequel elle travaille. Non seulement elle sera violentée, mais en plus elle va attraper une maladie vénérienne mortelle. Sur les conseils de sa soeur, elle va poursuivre les violeurs pour leur faire payer leur méfait ; mais la vengeance, chez Ngai, n'est pas chose aisée, et c'est dans la douleur que l'héroïne va épancher sa vendetta.
La revanche est ici présentée comme un acte cruel et douloureux qui entraîne invariablement des dégâts collatéraux. Chaque exécution sera particulièrement sauvage ; pourtant, les violeurs méritent largement leur châtiment, ce sont d'immondes crapules sans circonstances atténuantes, interprétées par des acteurs chinois qui cabotinent sans retenue, tellement méchants qu'ils défenestreront la soeur aveugle de l'héroïne.

 

 

Mais, loin de porter un jugement sur les actes de la victime, le metteur en scène, dans sa démesure coutumière, nous offre des morceaux de barbarie surréaliste, notamment un règlement de compte final particulièrement gratiné. Comme d'habitude, des éléments complètement décalés viennent noyauter l'histoire, notamment le fait que le fameux petit ami qui va aider l'héroïne à se venger est paraplégique. Seulement ce détail, qui aurait normalement torpillé le script et l'enfoncer dans le ridicule, devient l'un des moteurs du film, car si le brave homme se déplace en chaise roulante, il n'en demeure pas moins un expert en arts martiaux. Et il le prouve en livrant un entraînement en fauteuil roulant complètement insensé.


Empalement, jet d'acide en plein visage, strangulation, oreille coupée aux ciseaux, coups de pioche... notre Némésis ne recule devant rien pour atteindre son but. Mais cela n'est rien, comparé au final hargneux où les deux violeurs rescapés affrontent leur victime et son mentor, ce dernier ayant transformé son bar en un piège grandeur nature (huile bouillante, piment en poudre, flèches... tout est bon pour éliminer un adversaire aussi coriace que méchant).
Ce qui caractérise le film de Ngai par rapport à certains autres rape & revenge, c'est la résistance des méchants aux coups qu'ils reçoivent, comme le montre le final où tous les coups sont permis. Les armes à feu ont été évidemment bannies, plus par raison esthétique que par réalisme, les morts à l'arme blanche étant plus graphiques. Ngai ne fait jamais dans la dentelle (de Bruges une fois !), son cinéma est brut, sans fioritures, et surtout il ose tout. Il suffit de voir cette scène incroyable dans laquelle l'un des violeurs réussit à tuer son adversaire, le paraplégique ; mais ce dernier a tellement serré sa main autour de la gorge du violeur que celui ci n'arrive plus à se dégager... tout bonnement incroyable !

 

 

Au milieu de cette violence, Ngai fait preuve d'une recherche esthétique à laquelle il ne nous avait pas habitués, et nous prouve qu'il a aussi été un excellent directeur de la photographie. Son film est d'ailleurs plus soigné que la moyenne, pour l'époque, ce qui le rend encore plus efficace.
Ngai Kai Lam signe donc avec Her Vengeance son film le plus radical, pas le plus violent graphiquement (The Story of Ricky l'est bien plus), mais l'absence de second degré et le parti pris pessimiste du script (la victime devient aussi bestiale que ses agresseurs) en font une oeuvre méconnue bien que pratiquement incontournable. A voir.


The Omega Man

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