Esclave sexuelle
Titre original: Dan Oniroku OL nawa dorei
Genre: Roman Porno
Année: 1981
Pays d'origine: Japon
Réalisateur: Katsuhiko Fujii
Casting:
Junko Mabuki, Asami Ogawa, Miki Yamaji, Yôko Azusa, Masayoshi Nogami, Hiroshi Shimakazu, Tatsuya Hamaguchi...
 

Kimiyo est une banale secrétaire : lunettes rouges, tailleur... un amant – son patron – grâce auquel le sexe n'a plus de secrets pour elle, et un journal intime (moyen, d'ailleurs, par lequel nous est raconté le film). Aux premiers jours de janvier 1981, elle attend désespérément un coup de fil de son amant – et la reprise du boulot pour le revoir. Arrive aussi sa cousine lycéenne Yumiko, venue pour réviser un examen. Peu de temps après, son amant décide de mettre un terme à leur relation ; sa femme est enceinte. Pour Kimiyo, c'est un rêve qui s'effondre.


Mikio est un simple employé dans un pressing ; pas bien malin, timide et peu à l'aise avec les filles, il a aussi, un jour, emporté la culotte tachée de sang de Kimiyo alors qu'il était venu lui rapporter ses vêtements propres et repassés. Depuis, elle le prend pour un pervers. Contre son gré, un ami de ce dernier enverra à Kimyo un paquet contenant un godemichet et des lettres d'amour. Hors d'elle, elle renverra le paquet à l'expéditeur... soit le pressing où travaille Mikio. Une fois viré, et pour se venger, il décide de la violer... Mais il se révélera plus habile dans l'art du bondage ; pratique que maître Mitanura, auteur de contes à succès, apprend à loisir. À ce propos, les oreilles de celui-ci auront vent de l'existence de la petite cousine de Kimiyo...

 

 

Katsuhiko Fujii, un an avant L'épouse, l'amante et la secrétaire, nous gratifie d'un film plus viscéral : Esclave sexuelle. Le film restitue l'apprentissage d'une femme auparavant soumise aux bons désirs de son patron/amant et devenant une esclave sexuelle. Munie d'une poitrine que Russ Meyer n'aurait pas dénigrée, elle sera bondée, abusée et perdue. Mais la gloire l'attend : "Tu étais esclave, te voilà ange", lui confiera maître Mitanura. Le bondage, dans Esclave sexuelle, occupe une place centrale ; il permet de vertigineuses perspectives côtoyant aussi bien le douloureux “Bondage” de Noboru Tanaka que les plus jouissifs “Hana to hebi” et Portraits de la beauté soumise de Masaru Konuma. Il en est la facette “pédagogique”, pourrait-on dire. Il est aussi sujet à de nombreux excès pornographiques, contournant habilement la censure, tels qu'une fellation aboutissant à un bukake, ou le même type de pratique exercé sur gode. Mais il est surtout le vecteur principal de la dramaturgie du film ; tout passe par les différents rites/initiations, conçus comme autant d'étapes essentielles à la perversité des assaillants/spectateurs que l'accomplissement des pulsions refoulées des victimes : "C'est un monde à la sensualité étrange, et j'avoue m'y être plongée avec délice [...]". Les pinces à linge se joindront aux cordes, et une fameuse crème excitante à une brique de beurre que n'aurait pas renié Marlon Brando dans “Le dernier tango à Paris”. L'on pourrait aussi noter l'utilisation d'une musique d'ambiance assez expérimentale pour les scènes les plus “hot”, tout comme une title song du plus bel acabit en guise d'ouverture et de conclusion.

 

 

 

Esclave sexuelle possède la faculté de guider son spectateur dans les méandres du vice ; donnant raison, à l'image de la fin, aux habituels perdants (Kimiyo et Mikio). En cela, c'est une œuvre à l'inspiration sadienne (d'après une histoire d'Oniroku Dan, ce n'est pas anodin). C'est aussi un film généreux ; une heure et huit minutes intenses pour un produit certes sans génie mais jusqu'au-boutiste et, on en conviendra, idéal. Pour un réalisateur habituellement catalogué à la comédie de mœurs légère, voire à la sexy-comédie japonisante, le détour emprunté l'est à raison : il prolonge le virage SM amorcé en 1980 avec son Fleur empoisonnée et entretient sa réputation d'habile artisan du roman porno "made in Nikkatsu".

 

Les connaisseurs apprécieront la présence d'Asami Ogawa qui connaît ici, alors que le roman porno décline, la presque-fin de sa carrière ; elle n'est d'ailleurs plus en tête d'affiche et incarne la femme de l'amant de Kimiyo, alors violée en fin de film. Un rôle ingrat et à l'opposé de ses précédentes prestations dans Harcelée! ou encore Chasseur de vierges. Mais c'est aussi l'occasion de découvrir le visage à caractère de Yunko Asabuki, que l'on avait aperçu en infirmière dans Fleur empoisonnée, et qui tourne ici pour la dernière fois sous la direction de Fujii ; son talent est dévoilé par le biais d'une déambulation nocturne où la caméra lui "colle" au visage, passage dramatique porté à son firmament lors de son premier bondage. Elle succède à Naomi Tani sans difficulté.

Un roman porno infernal, carré et formel.

 

 

The Hard


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