Les Guerriers, Les
Titre original: Dacii
Genre: Historique , Peplum
Année: 1967
Pays d'origine: Roumanie / France
Réalisateur: Sergiu Nicolaescu
Casting:
Pierre Brice, Amza Pellea, George Marchal, Marie José Nat, Gyorgy Kovacs, Alexandru Herescu, Geo Barton, Sergiu Nicolaescu, Mircea Albulescu, Ilarion Ciobanu...
Aka: The Dacian
 

Au-delà du Danube, en 87 après Jésus Christ - Dans une vallée carpatique, un jeune couple (Marie José Nat et Alexandru Herescu) chasse le cerf ; il s'agit en fait d'un frère et d'une sœur, les enfants de Décébale (Amza Pellea), le puissant roi des Daces. La chasse est interrompue par leur oncle qui leur apprend, à la grande joie de son neveu, que leur père a décidé d'organiser les "jeux daciques" : une série d'épreuves destinée à désigner le meilleur des jeunes guerriers de toute la nation.


En deçà du Danube, les légions commandées par Cornélius Fuscus (George Marchal) sont réunies en vue d'envahir la Dacie. Elles reçoivent le renfort des légions du Rhin menées par Severus (Pierre Brice), ami et ancien élève de Fuscus. Le père de Severus, Atius (Geo Barton), sénateur riche et influent, déjà présent dans le campement, fomente avec Fuscus un complot contre l'empereur Domitien (Gyorgy Kovacs). L'arrivée éclair de ce dernier à la tête de sa garde prétorienne bouleverse leurs plans. Atius, déterminé à empêcher tout conflit avec les Daces, propose à Domitien, plus avide de l'or des barbares que d'une conquête territoriale, de le laisser mener une dernière tentative de conciliation. Mais à peine a-t-il franchi le Danube qu'il est mortellement blessé par une flèche ennemie. Son fils jure de le venger et obtient de Domitien le commandement de l'avant-garde de l'armée romaine...

 

 

Le premier long métrage de Sergiu Nicolaescu, film épique à grand spectacle sur la première guerre dacique, présente déjà, en germe, tous les défauts et qualités de ses oeuvres des deux décennies suivantes. Avec d'ailleurs, à peu de choses prêt, la même équipe devant et derrière la caméra que dans ses films suivants ; mais avec en plus, coproduction française oblige, outre un budget plus conséquent, trois acteurs hexagonaux pour les rôles principaux. Une coproduction avec la France qui préfigure elle aussi en grande partie sa carrière future où Nicolaescu coréalisera (au coté de cinéastes célèbres mais un peu sur le retour comme Robert Siodmak et Gilles Grangier) des films de prestige ou des séries télévisées délocalisées en Roumanie, mais à financement étranger.

 

 

Sergiu Nicolaescu n'a pas encore la maîtrise qui sera bientôt la sienne pour filmer les séquences épiques, et les combats sont parfois un peu confus, même s'ils ne dépareraient pas dans un péplum de Freda ou d'Antony Mann, et sont supérieurs par exemple à ceux filmés par Kubrik dans son très surestimé Spartacus. Les scènes de mouvements des légions romaines, et les scènes de foules en général sont, elles, très impressionnantes, peu d'autres films historiques pouvant se targuer de posséder une aussi impressionnante figuration et de si bien s'en servir. Qui plus est, les tenues des acteurs sont historiquement justes : les légionnaires portent la côte de mailles et les Daces leurs terribles épées-faux (même si la plupart des figurants s'en servent à l'envers dans les scènes de combat, c'est-à-dire comme un vulgaire sabre courbe). La Lorica segmenta qui est devenue, dans l'imaginaire collectif, l'armure des légionnaires impériaux (c'est celle des romains dans les BD d'Uderzo et Goscinny) sera adoptée suite à cette campagne pour contrer ces redoutables faux de guerre. Moins réussis que les costumes, les décors font un peu carton pâte, mais cela est compensé par la superbe beauté sauvage des Carpates roumaines.

 

 

Le principal défaut du film reste son scénario assez incohérent (pour ne pas dire maladroit), signé Titus Popovici, collaborateur habituel de Nicolaescu, et l'un des deux/trois principaux scénaristes du cinéma roumain de l'ère Ceausescu. Ainsi, le film démarre par une séquence pré-générique qui est en fait une sorte de bande-annonce, nous montrant une scène qui aura lieu plus tard dans le métrage mais avec des dialogues différents. De même, la relation entre les deux enfants de Décébale laisse à penser qu'il s'agit d'une relation incestueuse ou, tout au moins, que l'amour porté par la sœur aînée à son jeune frère va bien au-delà de l'amour fraternel ; une impression renforcée quand, plus tard dans le film, le personnage de Pierre Brice soigné par celui de Marie Josée Nat devient un substitut du frère-amant disparu (tout comme il est un substitut du fils décédé pour Décébale).
Or, ce parfum d'inceste plutôt surprenant ne semble pas vraiment volontaire de la part du scénariste. Ces incohérences scénaristiques nous vaudront d'ailleurs des rebondissements assez inattendus, mais le plus souvent des déceptions (comme l'anecdote du rébus scythique d'Hérodote, célèbre dans toute l'Europe orientale et déjà, remarquablement, utilisé dans Illia Muromets, mais ici vidé de tout son potentiel comique).

 

 

Cela étant, dans l'ensemble nous avons ici du très grand spectacle, qui plus est dans un cadre dépaysant, alors ne boudons pas notre plaisir, surtout que l'interprétation (certes sans grande surprise, les acteurs principaux étant dans leurs registres habituels) est plus que correcte. Pierre Brice, en jeune premier héroïque au cœur pur, et Marie José Nat, dans l'unique rôle féminin du film, sont convaincants, même si Brice est peut-être un peu âgé pour le rôle, et Nat est doublée dans toutes les scènes d'action (même les plus banales). Ils sont néanmoins éclipsés par le charisme et la classe d'Amza Pellea en légende nationale roumaine, et de Georges Marchal en héros déchu et vieillissant. N'oublions pas Gyorgy Kovacs, en empereur cauteleux et fourbe, et Sergiu Nicolaescu lui-même dans le rôle quasi muet d'un officier romain (Marcus, le second de Severus/Pierre Brice).


Note : 7,5/10 + 0,25 = 7,75/10
- parce qu'il y a une décimation (au sens premier du terme), et tout bon péplum se doit d'avoir soit des nains soit une décimation (hélas, à ma connaissance, aucun ne possède les deux, ce qui est dommage car on aurait là le film ultime)

Sigtuna

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