Quick Gun Murugan
Genre: Western , Comédie musicale , Comédie , Fantastique , Drame
Année: 2009
Pays d'origine: Inde
Réalisateur: Shashanka Ghosh
Casting:
Rajendra Prasad, Shanmugha Rajan, Rambha, Nasser, Ashwin Mushran...
 

Un cowboy interprété par un Indien, c'est déjà pas banal. Quand, en plus, il se trimballe une dégaine de chanteur d'opérette ayant ses entrées chez Michou, on sort carrément des sentiers battus. Et lorsque j'aurai ajouté que ce western nous offre en prime un voyage spatio-temporel et met aux prises un héros flamboyant à un cruel moustachu à la tête d'une chaine de fast-foods représentée par un clown et dont l'enseigne est Mc... Dosa (!), on aura compris que Quick Gun Murugan se passe en Inde et qu'on a droit là à un film surprenant dans lequel les repères habituels du cinéphage sont brouillés, mélangés et redistribués au gré d'un scénario à l'image de son personnage principal : haut en couleurs.

 

 

Le début, situé dans le sud de l'Inde, fait immédiatement penser à un western spaghetti avec son manchot manipulant un fusil à l'aide de ses pieds et de sa bouche, dans un paysage semi-désertique. L'arrivée de Murugan sur son cheval blanc ferait presque mal aux yeux tant ses vêtements sont criards et éclatants : pantalon orange, chemise vert fluo, gilet léopard, lunettes de soleil et foulard rose... Là, on est en droit de penser à un autre western en provenance d'Asie, de Thaïlande cette fois : "Les larmes du tigre noir".

Rapidement, Murugan fait honneur à son nom de Quick Gun (Gâchette fulgurante en VF) : il tire plus vite que son ombre et est capable d'envoyer une balle sur sa cible en la faisant ricocher plusieurs fois, ce que des ralentis nous permettent de comprendre. Ce découpage rapproche alors le personnage de Lucky Luke, le cow-boy solitaire de Morris et Goscinny, influence réelle ou pas (Lucky Luke a-t-il seulement été traduit en Inde ?), mais qui se retrouve également dans cette façon de démultiplier parfois les bras armés du pistoléro, dans une forme très BD, là aussi.

Murugan est un pur, un justicier solitaire qui a perdu sa fiancée. Un dur aussi, qui peut pleurer en pensant à sa bienaimée mais tuer sans pitié un adversaire d'une balle en pleine tête dans le quart de seconde qui suit. Un végétarien également, défenseur des vaches sacrées, choqué par les manoeuvres sanguinaires de Rice Plate Reddy (Assiette-de-riz-saignante, en VF) pour imposer la viande de boeuf à tous les repas, en remplacement des dosas traditionnels, sortes de galettes fourrées. Cruauté d'un côté contre probité de l'autre, l'affrontement était inévitable et ne se fera pas forcément au profit de celui à qui on aurait immédiatement pensé... Ce qui nous vaut un petit détour par le monde des morts, à la fois magique et bureaucratique, et un saut dans le temps pour Murugan, quittant le plancher des vaches en 1982 pour revenir sur Terre en 2007, presque à poil à l'exception de ses bottes et de son caleçon, dans une scène rappelant Terminator. Du sud de l'Inde il est passé à Bombay, ville fourmillant de monde, aux trottoirs grouillant et aux artères encombrées de voitures.

 

 

La deuxième partie prend alors un tour différent, beaucoup plus actuel, comme si le voyage temporel n'avait pas été de 25 ans mais de 100 ans au moins, passant du Far-East à l'Inde moderne et occidentalisée. Un vivier idéal pour un requin comme Rice Plate qui s'y est fait un nom et s'apprête à lancer sa grande chaine de Mc Dosa à travers le monde, le visage fendu d'un sourire carnassier, le discours assez proche de celui d'un Tricatel ("L'aile ou la cuisse") et n'hésitant pas à enlever de braves mamans cuisinières pour réussir son chef-d'oeuvre (le Mc Dosa parfait) ou à occire quiconque lui barre la route.

Le combat avec Murugan, un temps perdu dans la mégalopole avant de retrouver son frère puis de se faire une amie / alliée / amoureuse de la belle Mango Dolly, fausse blonde mais vraie chanteuse à la fesse charnue et aux formes généreuses ne laissant pas insensible notre cowboy qui, malgré ses airs d'en être n'en est apparemment pas, ne pourra évidemment être qu'impitoyable...

On le voit, Quick Gun Murugan broie allègrement les murs entre les genres, malaxe les codes et multiplie les influences pour mieux atteindre son but ultime : offrir du grand spectacle et en mettre plein les yeux. Certaines références sont clairement affichées, et même citées : le héros est un fan de Clint Eastwood qui sécha l'école, enfant, pour aller voir "Le bon, la brute et le truand" ; l'un des personnages s'appelle Django... D'autres sont facilement répérables, comme les évitements de balles à la "Matrix". Mais on retrouve aussi la patte Bollywood, évidemment, dans les deux chansons du film, clipesques et colorées, sentimentale et fleur bleue pour la première, rappel d'une histoire d'amour défunte, plus chaude et déhanchée pour la seconde, prélude à une gentille amourette entre Murugan et la jolie Mango Dolly. Heureusement pour nous, ces deux chansons ne plombent pas trop l'ambiance et viennent donner leur touche exotique à un film naviguant entre plusieurs eaux et plusieurs continents, plus Indien qu'Hollywoodien ou européen, mais quand même.

 

 

Tout comme ils mélangent les lieux et les temps, le réalisateur et son scénariste n'hésitent pas à passer du drame à la comédie, du musical au western, du fantastique à la satire, économique notamment, avec ce modèle de malbouffe érigé en grand ennemi des hommes au profit de quelques uns, de la télévision aussi, avec ses émissions putassières et ses talk-shows frelatés.
Les cowboys côtoient les paysans indiens, les gunfights mettent en scène des tueurs parfois attifés en ninjas (et sautant de cocotier en cocotier, carrément), quant aux chanteuses de night-club, elles peuvent se révéler très attachantes (littéralement...)

Si le film est parfois désarçonnant, on remonte vite en selle aux côtés de Quick Gun tant cet univers bariolé et excessif peut être sympathique. Imparfait, certes, trop sucré, ok, mais, au final, le film se révèle aussi agréable à déguster qu'un bon gros gâteau plein de crème fraiche (et relevé au curry). Amateur d'épure et de sobriété, passez votre chemin. Pour tous les autres, il y a là une heure trente de plaisir possible.

 

 

Bigbonn

 

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