Opération Ganymed
Titre original: Helden, Operation Ganymed
Genre: Survival , Science fiction , Post-apocalypse
Année: 1977
Pays d'origine: Allemagne (RFA)
Réalisateur: Rainer Erler
Casting:
Dieter Laser, Horst Frank, Jurgen Prochnow, Claus Theo Gärtner, Uwe Friedrichsen...
 

Au journal télévisé, un présentateur annonce que l'expédition spatiale internationale d'exploration du satellite de Jupiter, Ganymède, est considérée comme perdue corps et bien, n'ayant plus donné de nouvelle depuis déjà six mois. Mais quatre ans après le lancement, les cinq survivants de l'expédition arrivent pile à l'heure en orbite autour de la Terre sur la zone prévue pour leur transbordement, sans être trop inquiets de ne plus recevoir de communication depuis trois ans, leur récepteur ayant été déréglé par le rayonnement électromagnétique de Jupiter. Le temps passant, les astronautes se rendent compte qu'on les a oubliés. Les réserves en oxygène s'amenuisant, ils décident d'atterrir avec la capsule de secours. Ils amerrissent en catastrophe près d'une côte désertique, vers laquelle ils nagent avec le matériel de survie. Mac, le chef de l'expédition, décide alors de ne pas attendre d'hypothétique secours et de regagner la civilisation par ses propres moyens ; les quatre autres finissent par le suivre non sans regimber. Ils marchent alors dans une zone désertique, sous un soleil hostile, et commencent à se poser des questions quant à l'absence de toute trace de vie. Ils finissent par atteindre un village miteux, mais celui-ci est abandonné et envahi par le sable. Ils comprennent alors qu'ils sont dans le désert de basse Californie, et trouvent même un puits rempli d'eau croupie. Hélas, Don, le scientifique du groupe, a remplacé à leur insu le contenu de la pharmacie qu'il transporte, avec ses pilules purificatrices, par les échantillons organiques collectés sur Ganymède...

 

 

Ce très singulier survival avec des astronautes était à l'origine un téléfilm allemand produit par la ZDF en 1977. Du fait de sa qualité et de l'originalité de son thème, il connaîtra une seconde vie en sortant en salles, uniquement en RFA, en 1980, puis aura une distribution internationale en vidéo (due, sans doute, au succès du Das Boat avec Prochnow), dans une version tronquée (j'y reviendrai). L'atout principal de ce film étant son extraordinaire casting de "trognes", d'acteurs particulièrement charismatiques, qui permettent à Opération Ganymed de transcender son esthétique fauchée (budget télévisuel oblige).


Il est inutile de présenter Horst Frank, que son rôle dans "Les tontons flingueurs" a fait définitivement entrer dans notre patrimoine cinématographique national. Sa filmographie dans les années 60 et 70 représente en quelque sorte un échantillonnage complet du cinéma de genre européen de la grande époque. On y trouve du krimi, du western spaghetti, du giallo, du film de guerre ou d'espionnage, de la coproduction avec la Shaw Brothers et même du Jess Franco ; et toujours dans des rôles importants, mais jamais en tant que "lead-casting", son physique à la fois dur et ambigu l'ayant éloigné des rôles de héros (sauf dans "Les chiens verts du désert" de Lenzi). La fin de ce cinéma là amènera Frank à se contenter d'apparitions en guest star dans les séries TV allemandes, jusqu'à son décès prématuré (d'une crise cardiaque) au tournant du siècle. Opération Ganymed sera en quelque sorte son chant du cygne. Ici, il incarne (ce qui est assez logique, compte tenu de son âge et de son statut dans le cinéma allemand) le chef, Mac, un roc, celui qui prend les bonnes décisions au bon moment et qui évite de se poser trop de questions, celui dont on se dit que s'il doit n'en rester qu'un...

 

 

Mais la vedette du film ce n'est pas Frank, mais Dieter Laser dont le personnage (Don), seul scientifique au milieu de pilotes militaires surentraînés, semble (à l'opposé de celui incarné par Frank) le plus faible physiquement (une faiblesse très relative car c'est Dieter Laser quand même) et surtout mentalement. De fait, on rentre dans la psyché de Don, et entre souvenirs, délire, fantasme et espoir, ce dernier s'évade souvent par l'esprit de la réalité. Cette stratégie de survie lui a permis de tenir quatre ans dans l'espace mais l'a aussi amené aux limites de la folie et le place parfois en porte-à-faux avec ses camarades. Pourtant, elle pourrait peut-être s'avérer la bonne... Laser a connu récemment (en 2009) une reconnaissance internationale (au moins chez les amateurs de films d'horreur), aussi tardive que méritée, grâce à son extraordinaire prestation dans The Human Centipede, alors que sa carrière se limitait jusque là à la télévision et à quelques seconds rôles dans des coproductions européennes.


Les trois autres cosmonautes sont incarnés par un Jürgen Prochnow alors inconnu hors d'Allemagne (mais plus pour longtemps), ainsi que Claus Theo Gärtner et Uwe Friedrichsen, dont les noms ne vous disent peut-être rien, mais dont les visages d'aventuriers burinés vous rappelleront sûrement quelque chose. Contrairement à Prochnow et (à un degré moindre) Laser, Gärtner et Friedrichsen n'ont jamais (à ce jour) dépassé le stade de vedette du petit écran tudesque, leur carrière étant assez symptomatique de la situation de l'industrie du spectacle allemande : un cinéma économiquement moribond qui contraste avec la bonne santé d'une production télévisuelle aux fictions tournées à la chaîne, pour remplir les grilles de programmes de tous les pays d'Europe et d'Amérique latine.

 

 

Si Opération Ganymed bénéficie d'une interprétation impeccable, il se démarque aussi par son sujet original, en tous cas dans le genre assez balisé des survivals. Pas de menace physique, ici, du moins pas de menaces auxquelles on puisse échapper, mais la dérive morale progressive d'un groupe pourtant spécialement entraîné à faire face à presque toutes les situations sauf... Je n'en dirai pas plus pour ne pas trop en révéler, mais la fin du film laisse planer le doute.


Hélas, ce métrage a aussi des défauts, dû à son faible budget et à quelques partis pris de réalisation parfois discutables. La musique est peu inspirée et souvent en décalage avec les situations. Il y a aussi les nombreux stock-shots d'images d'archives de défilés d'astronautes, passés aux filtres colorés, lors des délires du personnage de Dieter Laser, qui deviennent vite pénibles (chose surprenante : quasiment aucune de ces scènes n'a été coupée dans la version internationale en VHS). La longue scène sur Ganymède (en flashback) est, elle, peu crédible, le satellite de Jupiter ressemblant étrangement au désert de basse Californie (et pour cause, ces passages ayant été tournés dans les paysages désolés de l'île canarienne de Lanzarote), et les tentatives des acteurs et figurants de mimer les effets de la faible pesanteur lors de leurs déplacements les fait ressembler à des ours du cirque de Moscou entamant un numéro de danse après avoir abusé de la vodka. Enfin, la déliquescence finale du groupe est amenée de façon un peu abrupte.
Reste que le film de Rainer Erler, à la fois réalisateur et scénariste, est globalement une réussite et donne envie de découvrir ses autres travaux. Un Rainer Erler réputé outre Rhin comme étant le maître des feuilletons SF.

 

 

Note : 7,5/10

Sigtuna


A propos du film :

# Comme je l'ai écrit plus haut, le film, qui dans sa version allemande fait presque deux heures, a connu une édition internationale, uniquement en VHS, durant à peine plus d'une heure et demie. Même si j'ai pu voir les deux versions, ma coupable ignorance de la langue de Goethe fait que la présente critique concerne surtout la version internationale tronquée. Parmi les scènes coupées, des dialogues entre Gärtner et Prochnow et entre Frank et Friedrichsen permettaient de mieux comprendre le "pétage de plomb" du personnage de Gartner, et la façon dont va sombrer celui de Friedrichsen. De même, les scènes de rêve de Laser avec le personnage féminin muet (oui, c'est un fantasme) à la beauté exotique ont toutes été coupées, ce qui fait que sur la jaquette des VHS françaises est inscrit le nom d'une actrice (en fait, le mannequin anglo-espagnol Vicky Roskilly) qui n'apparaîtra jamais. Enfin, de nombreuses autres scènes ont été écourtées, y compris celle, cruciale, de la violente altercation entre Gartner et Prochnow qui, dans la version courte, donne l'impression d'être en accéléré.

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