Démolisseurs, Les
Titre original: Three the Hard Way
Genre: Science fiction , Blaxploitation , Thriller , Action
Année: 1974
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Gordon Parks Jr.
Casting:
Jim Brown, Fred Williamson, Jim Kelly, Sheila Frazier, Jay Robinson, Charles McGregor, Richard Angarola, Howard Platt...
Aka: Les 3 Justiciers
 

Monroe Felton (Jay Robinson), chef d'une organisation d'extrême droite, a, à sa botte, quelques scientifiques attelés à la recherche d'un virus destiné à tuer les gens de couleurs.
Ses recherches sont bien entendu menées de façon clandestine, dans une sorte de base militaire secrète où des noirs sont retenus prisonniers pour servir de cobayes.

 

 

House (Junero Jennings), un jeune black, s'introduit dans la base, se faisant passer pour un cobaye. Soupçonnant depuis longtemps ce qu'il s'y tramait en dedans, il comprend alors que les expériences qui y sont menées viennent d'aboutir à un résultat conséquent. En effet, le virus sélectif destiné à éradiquer la race noire - ("Dieu a créé le monde en sept jours, nous allons le nettoyer en trois !") - et excluant de ses dommages programmés les personnes de type caucasien, s'apprête à être déversé dans les eaux abreuvant les grandes villes américaines.
Hélas pour House (rien à voir avec le docteur, auquel cas, il aurait vite trouvé le remède), celui-ci est repéré et grièvement blessé par un tir de mitraillette. Il a tout juste le temps d'arriver en sang chez son ami Jimmy Lait (Jim Brown dans un rôle Milka, ça ne s'invente pas, et pourtant si !), producteur de musique qui le sauve de justesse de la mort. House a également le temps de rapporter tout ce qu'il a vu et entendu à son ami avant de se faire assassiner dans son lit d'hôpital.
Perplexe au début, Jimmy comprend alors que toute cette histoire, pourtant oh combien abracadabrante, est réelle, et celui-ci entreprend à la fois de venger son jeune ami, mais aussi de faire sauter le laboratoire secret. Pour cela, il va trouver deux de ses connaissances, Jagger Daniels (Fred Williamson), un petit de baron de la pègre de Chicago, ainsi que Mister Keyes (Jim Kelly), un redoutable karatéka...



A l'époque, Les Démolisseurs se fit rapidement une réputation grâce à la présence de son trio d'acteurs sensé "balancer" du spectacle autant carré que complémentaire. Entier, complet et spectaculaire, allonz-y, allonz-o... tataner du ségrégationniste blanc-bec !... Pof ! Voici donc que déboule sur les écrans un mélange d'action et d'aventure à l'affiche on ne peut plus prometteuse.
Sur le terrain, deux ex-footballeurs américains, avec Jim Brown et Fred Williamson, auxquels on rajoute un champion du monde de karaté : Jim Kelly.
Notre karatéka est alors au summum de sa notoriété, puisqu'il vient juste de tourner coup sur coup l'excellent "Opération Dragon" et la plus pâle "La ceinture noire" sous la houlette d'un Robert Clouse semble-t-il bluffé par notre star en herbe (on le reverra plus tard, et entre autres, dans Black Samuraï sorti en en dvd en 2010 chez l'éditeur Le Chat qui Fume et ici chroniqué)...
Quant à nos deux démolisseurs de gazon et grignoteurs de yards, on ne présente plus Jim Brown en 1974, lequel a déjà acté dans quelques classiques (Le dernier train du Katanga, "Les 12 salopards"...), des westerns sous influence transalpine ("Les 100 fusils", "El Condor", "La chevauchée terrible" dans lequel il retrouvera en 1975 ses deux comparses ici présents) et de contribuer donc à la cause afro-américaine avec quelques polars nerveux à tendance blax : "Slaughter", "Gunn la gâchette", "The Slam", "L'exécuteur noir"... jusqu'à un poussif "Chuck" alias "Les 4 justiciers" en 1982 avec encore nos deux lascars, auxquels Fred Williamson, pour le coup et scénariste et réalisateur, viendra greffer celui qui semblait manquer à nos "3 justiciers" d'ici venus casser la baraque (mais qui hélas ne cassent pas des briques) : Richard Roundtree.
Finissons donc de situer la carrière de nos trois sportifs aux fortes carrures et aux muscles d'acier pour dire que Fred Williamson était alors, quant à lui, plongé à fond dans la blaxploitation avec "Black Caesar", "Hell Up in Harlem" ou encore "Les Durs" (un mélange de blax et de polar un peu mou, il faut bien l'avouer, ce malgré son titre, tourné quant à lui la même année par Duccio Tessari, et dans lequel on retrouvait notre Lino Ventura national en prêtre à vélo dans les rues de New York).

 

 

Si le titre ne ment pas (aussi bien l'original que le français), et s'il s'agit bien en effet d'un film "d'hommes", on mentionnera tout de même la présence de Sheila Frazier, vue dans "Superfly" (1972) et que l'on reverra entre autres dans "Le cogneur de Harlem" en 1979.
Bref, tout est réuni par Gordon Parks Jr., fils du papa de "Shaft", pour capitaliser en 1974 avec vigueur sur la vague black et sur son précédent succès avec Ron O'Neal, tout en livrant le film d'action le plus efficace qui soit. Sauf que...
Sauf qu'à partir d'un véritable pitch de bande dessinée, Gordon Parks Jr. échoue dans les grandes largeurs à donner la moindre épaisseur à ses personnages, délaisse a contrario également tout contour caricatural pourtant propice à la BD, pour se fourvoyer, d'abord, dans une exposition laborieuse de ses trois héros. Si Jim Brown passe en sobriété, dérangé alors en plein enregistrement studio du groupe "The Impression" (post-Curtis Mayfield), les choses se corsent légèrement avec la frime arborée par un Fred Williamson en séducteur collectionneur de bimbos et de poses à tout va, pour tomber déjà, dès le premier tiers du film, dans le ridicule avec l'introduction du personnage de Jim Kelly qu'on retrouve en train de latter du flic armé, en pleines rues, à coups de mouvements figés sensés faire mal, mais dont l'effet autant que l'impact qu'ils ont à l'écran ne dépassent pas les coups d'une fillette de neuf ans à qui on aurait piqué sa poupée. Comble du comble, là où on attend au minimum du rythme sinon de la rythmique funk, on se tape une bande-son anémique en plus de bruits accompagnant les combats de Jim Kelly absolument ridicules. Imaginez un combat entre un chat d'appartement se prenant pour Bruce Lee et une moule, le tout saupoudré de bruits de fauves et vous ne serez vraiment pas très loin de ce à quoi on assiste alors, mi-amusé, mi-déconcerté (en tout cas pour l'instant, car à ce moment là, on y croit encore).

 

 

La première partie est donc en dents de scie et c'est dommage, car le préambule dans une caserne jonchée de cadavres noirs était plutôt prometteur (à la fois tendu et énigmatique, et doté d'une bonne musique) ; et l'on se dit alors qu'on assiste à la mauvaise passe du film, lequel ne va pas tarder à se rattraper, du fait qu'il est annoncé que nos héros sont remontés comme des panthères affamées et que ça va péter sérieux.
Hélas, la suite se révèle à l'avenant, et le constat se fait de plus en plus amer au fur et à mesure que se déroule Three the Hard Way. Park Jr. délaisse également le personnage de méchant aryen (pourtant campé par l'excellent Jay Robinson, le Caligula de Demetrius et les gladiateurs de Delmer Daves), celui-ci restant d'une étonnante sobriété. Mais surtout, et c'est le défaut à la fois récurrent et majeur du film, il entoure les trois justiciers de gras à tout va, ne sachant pas trop comment négocier son scénario pour le rendre véritablement nerveux, ce, de façon progressive voire ascensionnelle pour culminer enfin. Ainsi, non seulement on se retrouve avec des inserts de ce qu'on a déjà vu en début de bobine, comme si tout ceci était si difficile à comprendre ; puis avec de longs segments sans queue ni tête mais pourtant à rallonge, comme le passage où trois grosses chiennasses ruisselantes, vêtues de cuir et sorties de nulle part, se ramènent à motos (chaque moto a sa couleur bien criarde et funky : bleu, blanc, rouge !) pour faire parler, seins nus, un homme à la solde du néo-nazi lui-même retenu prisonnier par nos vaillants gaillards qui, on ne voit pas trop pourquoi, auraient besoin de leurs services.
A d'autres moments, Parks Jr. s'attarde également sur les décors alentours, un peu trop à la manière d'un nègre fraîchement sorti d'une poubelle du ghetto de Harlem pour s'en aller pimpant découvrir les Etats-Unis, ses monuments et son patrimoine historique. Il ne retient alors, des villes et des rues, uniquement ce que retiendrait par exemple un Américain venu tourner à Paris : une tour Eiffel ou une butte Montmartre. Autant dire que l'on est en droit d'attendre autre chose d'une peinture urbaine, surtout dans le genre qui nous concerne.

 

 

Non pas que Les Démolisseurs soit mauvais de bout en bout, non, il y a même quelques bons moments - quelques séquences d'action à retenir (la scène où les sbires aryens tentent un coup pour finir sous les rails d'un train, une autre où Jim Brown et Fred Williamson se retrouvent dans un stand de tir d'une fête foraine à se faire tirer dessus à balles réelles, le carnage dans la salle de flippers, pour exemples) - mais disons que si l'affiche est alléchante, nos trois compères, à l'instar d'une mise en scène souvent mollassonne, ne cassent pas, tout compte fait, trois pattes à un connard blanc.
Le grand règlement de compte final, qui semblait également un moment autant attendu qu'annoncé comme anthologique, tourne lui aussi au bâclage et à la confusion, comme si Parks était pressé d'en finir.
Finalement, à l'instar d'une partition assez moyenne (un peu trop soul et pas assez funky - à comprendre énergique et énergétique), Les Démolisseurs finit par se regarder comme une finale d'une grande compétition sportive qui se terminerait par un match nul assez terne.

Mallox

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