Tokyo Gore Police
Titre original: Tôkyô zankoku keisatsu
Genre: Gore , Comédie
Année: 2008
Pays d'origine: Japon
Réalisateur: Yoshihiro Nishimura
Casting:
Eihi Shiina, Itsuji Itao, Yukihide Benny, Jiji Bû, Cay Izumi, Ikuko Sawada...
 

Une jolie fleur jaune apparaît à l'écran. Puis une autre tirant sur le mauve. Suivie d'un lâcher de ballons multicolores, d'un manège enfantin et de balançoires... Ce seront à peu près les seules images épargnées par les torrents d'hémoglobine promis par le Gore du titre puisque, immédiatement après, Yoshihiro Nishimura nous offre le spectacle d'une tête explosée qui ne sera que l'ouverture grand-guignolesque d'un spectacle aussi sanglant que réjouissant. Estomacs fragiles s'abstenir, donc. Quelques meurtres particulièrement violents sont commis dans le Tokyo du futur (proche), les victimes étant parfois presque intégralement vidées de leur sang et démembrées avant d'être "rangées" dans des cartons... Le tout nous valant force images craspecs et propres à provoquer la nausée chez le cinéphile non averti.

 

 

Mais, très vite, cet excès de barbarie de la part d'étranges criminels trouve son contrepoint tout aussi tranchant dans l'intervention de Ruka, agent d'élite d'une police tokyoïte privatisée et laissant libre cours à ses propres débordements. Armée d'un sabre de samouraï, elle se retrouve aux prises avec l'un de ces tueurs sadiques occupé à démolir de son bras-tronçonneuse une escouade de flics pourtant carapaçonnés et casqués. Les têtes volent et les dents tremblent lorsqu'elles subissent les assauts de la chaîne tronçonnante, bien plus que sous la fraise du dentiste, il faut bien le reconnaître. Mais la belle Ruka n'en a cure qui se fait un devoir de découper en tranches le mutant dégénéré qui lui fait face, du tranchant de son katana.
A la morgue, on retrouvera, une fois de plus, une étrange clé organique implantée dans le corps du tronçonneur (des lilas ?), une clé qui n'ouvre que sur le mystère de l'origine de ces humains qui ne le sont plus vraiment et qui, lorsqu'ils sont blessés, développent dans leur chair des armes meurtrières, à l'image de cet étonnant bras-tronçonneuse.

 

 

Commence alors une quête ponctuée de rencontres improbables pour Ruka et ses co-équipiers, à la recherche d'une vérité permettant de lutter plus efficacement contre ces mutants (appelés apparemment "les ingénieurs" dans la version originale). L'occasion pour le réalisateur de multiplier les scènes trash à base de découpage / morcellement / pulvérisation ou concassage. L'occasion aussi de présenter une multitude de créatures plus surprenantes les unes que les autres, comme la femme-crocodile (et croqueuse de pénis), la femme-escargot, le key-man aux yeux-révolvers, le policier au sexe monstrueux, la femme-chien perchée sur des sabres, etc. Le tout tandis que giclent et se répandent des litres de sang, éclaboussant l'écran de leurs gerbes écarlates et saturant l'image de leur rouge éclatant.

Tant d'outrance et de paroxysme dans le sanguinolent pourrait vite écoeurer ou lasser et pourtant il n'en est rien. Comme souvent, quand il est poussé dans ses ultimes retranchements, le gore se double d'une bonne dose d'humour. Les créatures elles-mêmes, vénéneuses et belles, sont pour certaines assez fendardes, tout en étant plutôt bien faites. L'univers même dans lequel évoluent les personnages est teinté d'une ironie certaine et de traits satiriques : la police est privatisée et s'offre des pages de pubs à la télé, et quelles pubs ! Tout comme la mode des scarifications et du suicide, relayée par les Séguéla nippons à l'aide de jolis cutters aux couleurs vives et au tranchant parfait ou cette improbable télécommande à distance, façon manette de Wii, permettant d'exécuter depuis sa maison un condamné à mort ayant tué quelqu'un de votre famille. Toute une société en pleine déliquescence, jusque chez les branchés décadents s'extasiant devant le corps d'une femme transformée en... chaise ( ?) et urinant sur leurs gueules hilares... L'humour n'est pas toujours très fin, ni très léger, c'est vrai, notamment lorsque Ruka rencontre le duo constitué d'un Chinois et d'un faux-Noir, tous deux particulièrement ridicules, mais le film baigne néanmoins autant dans un concentré de pur cinéma jouissif que dans le sang de ses personnages.
Et Nishimura offre à son héroïne les plus belles séquences, flirtant avec la poésie gore comme lorsqu'elle se retire doucement, l'ombrelle à la main, tandis que des geysers rouges vifs colorent la scène avant de retomber en pluie. Très beau passage également du récit du Key-man sur ses origines, étonnant de par ce qu'il mixe dessin, images animées et images filmées, offrant une séquence mêlant fantastique, onirisme et gore qui tâche. Le dessin prolonge l'image qui prolonge la magie. La tête explose et les yeux volent, les gouttelettes envahissent l'image tandis qu'un oeil s'écarquille...

 

 

Tokyo Gore Police est un véritable cadeau que fait le réalisateur à ses spectateurs. Plus barré qu'un Ricky-Oh, avec lequel il partage un certain jusqu'au-boutisme, c'est un ride incessant ne s'offrant que quelques pauses, la plupart du temps préalables à une nouvelle poussée dans les extrêmes. Remake mais avec de l'humour du premier film de son auteur, "Anatomia Extinction" (1995), on y retrouve cet esprit débridé et cette folie furieuse qui faisaient la marque, par exemple, d'un Evil Dead 2 en son temps : on y retrouve des similitudes comme la tronçonneuse et les geysers de sang, certes, mais surtout le rythme, l'humour, et cette même énergie dans l'outrance, cet esprit cartoonesque parfois et ce plaisir de filmer communicatif qui se sent à chaque instant et fait trépigner sur son siège l'amateur de gore sympa.
Loin d'être un tâcheron laborieux faisant dans le saignant parce que cela pourrait être un créneau porteur, Nishimura est tombé dans le bain des effets spéciaux dès son plus jeune âge, bricolant des petits films et des petites créatures pour les mettre dedans. Puis, après s'être formé le plus souvent sur le tas et un passage dans l'univers de la publicité, il a trouvé quelques comparses avec lesquels tourner des films à petits budgets et qualifiés d'indépendants, correspondant bien à leurs envies. C'est ainsi qu'on retrouve à la mise en scène des fausses pubs de Tokyo Gore Police Noboru Iguchi, le réalisateur de "The Machine Girl", et Yudai Yamaguchi, celui de Meatball Machine, deux longs où Nishimura officia aux SFX. Devant sa caméra, c'est Eihi Shiina qui joue le rôle de Ruka. Belle mais froide, elle semble habitée par un trauma de jeunesse, celui de l'assassinat de son père policier engagé contre la privatisation de la police. L'ancien mannequin devenue actrice et déjà vue dans l'Audition de Miike, est très présente à l'écran et bien dans son rôle de fliquette à la fois forte et fragile adoptant parfois des poses rappelant les meilleurs chambaras (tandis que les geysers de sang nous rappellent "Baby Cart").

 

 

Tourné en 15 jours et sans répétitions, avec un budget plus que modeste, Tokyo Gore Police gagne son pari de film excessif et jouissif, offrant des scènes surréalistes et des effets très peu numériques mais beaucoup plus latex, jus de cerise et système D. Et Yoshihiro Nishimura récidivera l'année suivante avec un non moins délirant "Vampire Girl VS Frankenstein Girl" (dans lequel une femme utilisera des jambes tranchées pour s'en servir comme de... pales d'hélicoptère !) Un univers suffisamment timbré pour séduire, au point de donner l'idée à Yoshinori Chiba, producteur de la Nikkatsu, de créer un label Sushi Typhoon (sic) regroupant les films barges de leurs auteurs tout aussi barges. C'est ainsi que la dix-septième édition de L'étrange festival a proposé une nuit Sushi Typhoon avec "Hellrider" du même Nishimura (datant de 2010), le très goldorako-tentant "Karate-Robo Zaborgar" de Noboru Iguchi (le monde est petit), "Yakuza Weapon" de Yudai Yamaguchi (tiens, tiens) et Tak Sakaguchi, sans oublier "Alien VS Ninja" de Seiji Chiba. En attendant de pouvoir les découvrir, une plongée au sein de la police privatisée de Tokyo s'impose à tous les esthètes et poètes du cinéma qui tâche mais qui fait du bien par où il passe.

 

 

Bigbonn


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# La fiche dvd Elephant Films de "Tokyo Gore Police"

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