Père Frimas, Le
Titre original: Morozko / Морозко
Genre: Sorcellerie , Fantasy
Année: 1964
Pays d'origine: U.R.S.S.
Réalisateur: Aleksandr Rou
Casting:
Natalya Sedykh, Eduard Izotov, Aleksandr Khvylia, Georgi Millyar, Inna Churikova, Vera Altaiskaya, Pavel Pavlenko...
Aka: Jack Frost / The Crystal Star / Father Frost
 

Il était une fois un couple de petits vieux, ayant chacun une fille à peine sortie de l'adolescence (c'est une famille recomposée). Celle du vieux (pardonnez-moi cette familiarité, mais nous sommes dans un conte populaire russe), la très jolie Nastenka, est exploitée par son horrible marâtre (la vieille, donc, si vous avez bien suivi) qui, par contre, traite comme une reine sa très laide fille (le vieux, lui, obéit et ferme sa gueule, c'est donc une famille recomposée standard). Ailleurs mais à peu près au même moment, c'est-à-dire en été, le bel Ivan quitte sa mère, son village natal et sa cour de soupirantes pour parcourir le vaste monde, afin de trouver une épouse digne de lui. Parce qu'il faut bien le dire, le bel Ivan est un peu fat… voir très fat. Egoïste et prétentieux, bien que brave type dans le fond, Ivan plait aux femmes, mais est aussi doué d'une force herculéenne dont, à vrai dire, il préfère éviter de se servir car c'est assez fatiguant, à part lors de valorisantes démonstrations, comme avec ce groupe de pitoyables brigands qui a croisé son chemin. Hélas, ou heureusement pour lui, Ivan rencontre ce qu'il faut bien qualifier de croisement entre un nain de jardin et un champignon géant...

 

 

Adaptation d'un des plus célèbres contes du folklore russe, ce film est sans doute le plus célèbre et le plus apprécié film pour enfants de feu l'URSS. Il est d'ailleurs rediffusé régulièrement sur les chaînes télévisées de la plupart des pays d'Europe orientale et centrale lors des fêtes de fin d'année (un peu comme le roublard "Miracle sur la 34ème rue" en Amérique du nord). Un statut amplement mérité, tant ce film enlevé et enjoué, léger et aérien, arrive à déjouer tous les pièges liés à la transcription cinématographique d'un conte pour chiards. Aleksandr Rou a su créer le délicat équilibre entre premier degré et distanciation comique, évitant à la fois l'adaptation servile d'une histoire trop enfantine pour être regardable par un adulte (ce que le grand Ptushko n'a pas su faire avec son Conte du tsar Saltan), et la parodie lourdingue ou le second degré ricanant et méprisable de petit malin (comme tous les étrons "Dreamworksiens" que l'on sert au "n'enfants" à Noël depuis une dizaine d'années). Rou est donc bien un Ptushko avec de l'humour mais aussi, malgré tout, un peu moins de talent (on est quand même assez loin de la beauté plastique d'un Sadko ou d'un Ruslan et Ludmilla).

 

 

Le film condense en fait plusieurs contes de fée. Celui de Morozkho (Père Frimas), la personnification de l'hiver, assimilé au 20ème siècle au Père Noël et au Père Fouettard occidentaux, sert de base (en gros toute la partie où Ivan n'intervient pas), à laquelle on a greffé des épisodes d'autres contes pour les aventures d'Ivan, dont ceux avec la mythique Baba Yaga, le plus célèbre personnage du folklore slave.
Morozkho recevra de nombreux prix dans tous les festivals destinés au jeune public. Etrangement, il a aux Etats-Unis la réputation d'être l'un des pires films jamais tournés. Cela est dû en partie à un doublage anglais parait-il catastrophique, mais surtout aux "neuneux mongoloïdes" du MST 3000 (vous me pardonnerez cette grossièreté… non, pas "neuneux mongoloïdes", mais "MST 3000") qui se moquèrent très lamentablement du métrage, sans comprendre qu'ils prenaient au premier degré des passages volontairement parodiques.
Les scènes hivernales furent tournées dans la péninsule de Kola, dans une forêt proche de Mourmansk, où le froid quasi polaire ne fut pas sans poser de problèmes, mais constitua un écrin magnifique. La musique, composée par Nicolas Budashkin (un spécialiste des instruments folkloriques, en particulier la balalaïka), inspirée de diverses oeuvres de Rimski-Korsakov, rythme de façon parfaite ce métrage.

 

 

Incontestablement, le couple de jeunes premiers est aussi pour beaucoup dans la réussite du film. Eduard Izotov, dans le rôle du bellâtre, gagne tout de suite la sympathie du spectateur. Il faut dire qu'il a le physique pour, sorte de Victorio Gassman en blond et baraqué. Il en est de même, voir plus encore, pour la très jeune Natalya Sedykh (seize ans lors du tournage), dont la ressemblance avec Christina Lindberg (une Lindberg avec un nez normal) est troublante. Tous deux gagneront une immense popularité dans toute l'Union Soviétique. Par la suite, Izotov, dont la carrière avait débuté cinq ans avant ce métrage, tout en tournant très régulièrement ne retrouvera jamais un tel succès. Il s'empâtera et sera relégué aux seconds rôles et aux doublages jusqu'à ce qu'en 1983, responsable d'un accident mortel, il soit condamné à trois ans de prisons. Brisé moralement, il abandonnera le métier. Pour l'anecdote, sa fille Veronika Izotova, actrice elle aussi, a joué dans Kin dza dza. Natalya Sedykh (dont le nom signifie Grizzly en russe), dont c'était pratiquement le premier rôle, était jusque là patineuse et ballerine. Quelques films suivront mais, devenue danseuse étoile du Bolchoï en 1969, elle abandonnera le cinéma. Il faut dire qu'entre temps, tout en conservant un physique avenant, elle avait perdu son incroyable beauté juvénile.

Rou aimant s'entourer des mêmes collaborateurs, on retrouve de nombreux comédiens ayant participé à ses précédents films dont, bien entendu, son acteur fétiche Georgi Millyar, qui joue une Baba Yaga ressemblant beaucoup à un phacochère. On retrouve aussi, "Sic transit gloria mundi", pour ce qui sera leurs derniers rôles (à moins de dix ans), les soeurs Yukina (qui furent les vedettes d'Au royaume des miroirs déformants) dans une scène quasi muette et totalement superfétatoire. Pour Inna Churikova (qui joue la vilaine belle soeur), ce film sera par contre le début d'une brillante carrière (un an plus tôt, elle faisait une courte apparition dans Romance à Moscou), toujours d'actualité, qui fit d'elle une des stars du grand et petit écran russe (Ce même Munchausen entre autres). Loin d'être dans la vie le laideron qu'elle incarna dans Morozhko (elle sera Jeanne d'Arc, enfin plutôt une actrice incarnant Jeanne d'Arc, six ans plus tard, dans un film soviétique réalisé par son époux Gleb Panfilov), elle fut, en se découvrant lors de la post-synchronisation, particulièrement horrifiée par son apparence à l'image.
Horrifié, vous ne le serez pas en découvrant ce film, mais bien au contraire charmé, "pour peu que vous ayez conservé une âme d'enfant", selon la célèbre expression.

 

 

Note : 8/10

Sigtuna

 

En rapport avec le film :


# Sorti en dvd chez Ruscico en VF et en VOSTF.

 

* La bande-annonce :

 

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