Downtown Heat
Titre original: Ciudad Baja
Genre: Action
Année: 1990
Pays d'origine: Espagne
Réalisateur: Jess Franco
Casting:
Oscar Ladoire, Josephine Chaplin, Mike Connors, Philippe Lemaire, Craig Hill, Lina Romay, Antonio Mayans, Robert Long...
Aka: La punta de las viboras / Viper's Point
 

Dans une ville d'Amérique Centrale, un parrain se livrant à différents trafics fait la loi, aidé en cela par des complicités haut placées, comme le chef de la police et le directeur de la banque centrale. Ce mafieux, Don Thomas (Craig Hill), a évidemment beaucoup de sang sur les mains. Indirectement, bien sûr, puisque généralement il fait appel à ses gardes du corps et Chucho, son bras droit, pour exécuter les basses besognes.
Mais la quiétude du Don ne va pas perdurer. Ses crimes finissent par réunir un petit groupe d'individus ayant chacun une victime de Don Thomas parmi leurs proches. C'est le cas d'Alberto Romeo (Oscar Ladoire), un inspecteur de police dont l'équipier vient de se faire buter lors d'une intervention. L'équipier en question était le mari de Maria Mendoza (Josephine Chaplin), elle aussi agent de police. D'abord réticent, Badal (Philippe Lemaire), le supérieur d'Alberto, se décide à les rejoindre. Ce trio est accompagné par deux Américains : un musicien de jazz (saxophoniste), Paul, dont la femme a été assassinée par les hommes du parrain ; et surtout un agent des services secrets, Steve (Mike Connors), venu quant à lui pour récupérer Thomas vivant et le ramener aux Etats-Unis afin qu'il y soit jugé.
Le quintet estime qu'il faut dans un premier temps isoler Don Thomas de ses précieux alliés, avant de passer à la seconde phase : l'enlèvement de sa fille...

 

 

1990 correspond à une sorte de traversée du désert pour Jesus Franco. Certes, il continue toujours de tourner avec une frénésie incroyable, mais son dernier film "remarquable" remonte à quand exactement ? On pourrait citer "Sadomania" (1980), voire "La lune de sang" (1981) ou Les prédateurs de la nuit (1988), même si ce dernier ne vaut pas l'hommage originel de Franco à Franju, à savoir "L'horrible docteur Orlof", démarquage réussi du classique "Les yeux sans visage".
Quoi qu'il en soit, une chose est sûre : les années '90 se présentent comme une période de vaches maigres pour le cinéaste. Les années fastes avec Eurociné, Karl-Heinz Mannchen, Harry Alan Towers, Robert de Nesle ou encore Erwin C. Dietrich paraissent bien loin, et Franco ne peut plus compter sur l'aide de producteurs "malins" ou de mécènes attentionnés.

 

 

Pour Downtown Heat, le réalisateur est obligé de produire son propre film, avec l'aide notamment de son complice et acteur attitré Antonio Mayans. Tourné en 1990, le film ne sortira que quatre ans plus tard. Downtown Heat est donc un "action movie" en théorie, mais en réalité un polar mou du genou – hélas. Dans un cadre censé représenter l'Amérique Centrale, Jesus Franco tourne dans la région de Barcelone, qu'il connaît fort bien, à tel point que l'illusion est parfaite. Il a réuni une équipe hétéroclite en la circonstance, avec des acteurs peu connus pour incarner certains des vigilantes, comme Oscar Ladoire ("Les vies de Loulou", de Bigas Luna). Le metteur en scène retrouve en la personne de Joséphine Chaplin celle qu'il avait fait jouer une quinzaine d'années plus tôt dans sa version très personnelle de "Jack l'éventreur". Philippe Lemaire est également de la partie. Lui aussi avait déjà tourné pour Franco en une occasion, deux décennies auparavant, dans Le miroir obscène. Lemaire, bel acteur de l'après-guerre, eut aussi les honneurs du grand public dans les années '60, lors de la vague des films de cape et d'épée. On le vit donc en plusieurs occasions au côté de Jean Marais ou de Gérard Barray ("Cartouche", "Le masque de fer"). Dans un créneau plus "bis", Philippe Lemaire connaîtra son plus beau rôle avec La rose écorchée de Claude Mulot.

 

 

Et puis, il y a ce qu'on appelle la "tête d'affiche", le nom qui fait vendre un produit. Et le réalisateur est parvenu à attirer dans son projet Mike Connors, Jo Mannix en personne ! Sur le papier, c'est alléchant. A l'écran, la première apparition de Connors intervient en fait à la quarantième minute, pour une brève conversation téléphonique. Ce n'est qu'à l'heure de métrage que "Mannix" entre véritablement en action. Que l'on juge ou non sa prestation satisfaisante, cela reste appréciable de revoir cet acteur sympathique, dont on aurait tendance à oublier qu'il fut un acteur de Roger Corman au début de sa carrière, puisqu'il jouait dans Day the World Ended et Swamp Women.
Avec un Mike Connors du côté des gentils, il fallait aussi une "gueule" pour incarner le méchant de l'histoire. Là encore, Jess Franco en a débusqué une, en la personne de Craig Hill. Un autre acteur américain, qui fit une belle carrière dans le western spaghetti ("Le jour du jugement"), et joua également dans "Terreur sur la lagune", un giallo d'Antonio Bido. L'année précédent ce Downtown Heat, Craig Hill était déjà présent sur le tournage de "La chute des aigles", un autre film d'action de Franco avec un casting pour le moins bigarré, où Christopher Lee côtoyait Mark Hamill.
Pour en finir avec ce casting, signalons que Lina Romay, la compagne du réalisateur, est toujours présente, mais dans un second rôle, celui d'un chef de bande. Grimée en punk, l'actrice fait plutôt peine à voir et sa performance reste en deçà de ses possibilités. Ah, j'allais oublier, lors d'une scène située à l'opéra, le ténor qui officie l'espace de quelques secondes n'est autre que Sergi Lopez. Ceci pour l'anecdote.

 

 

Doté d'un scénario chaotique et d'une réalisation bancale, Downtown Heat échoue à peu près dans tous les registres du film d'action en général, et de vigilante en particulier. Déjà, il manque un acteur principal qui offre un peu de profondeur à l'ensemble. Franco commence par mettre le personnage d'Alberto en avant, puis se reporte sur le saxophoniste (avec quelques flashbacks inutiles concernant les raisons de la séparation du musicien avec sa femme). Ensuite, dans la dernière partie, c'est Mike Connors qui devient le personnage central. En plus de cela, Franco nous gratifie d'une pseudo relation incestueuse entre le chef mafieux et sa fille, doublée d'une vague romance entre le musicien et le personnage de Maria, particulièrement mal amenée. En gros, le réalisateur amorce plusieurs situations potentiellement intéressantes avant de les désamorcer sans véritable raison. Niveau érotisme, le cinéaste se montre également très fatigué, se contentant de filmer le joli popotin d'une jeune et belle actrice (la fille du mafieux) au bord de la piscine. Enfin, pour ce qui est de l'action, c'est assez catastrophique, puisque l'essentiel est concentré dans les dix dernières minutes, avec des moyens limités. Même le clou du spectacle, un hélicoptère mitraillant le van des vigilantes, s'avère un fiasco.
Le film souffre d'un faux rythme, cela reste trop mou, trop bavard, et le doublage anglais n'arrange pas les choses (Philippe Lemaire se double lui-même avec un accent hindou). Les scènes se situant dans le commissariat sont dignes d'une série policière de France 3 ; le jeu de pas mal d'acteurs, même chevronnés, sombre dans l'amateurisme... et la plupart des personnages sont trop stéréotypés pour susciter un semblant d'empathie de la part du spectateur. Même Daniel White, le compositeur fidèle de Jess Franco, semble ailleurs, balançant quelques airs sans trop y croire.

 

 

Downtown Heat est en résumé un produit trop lisse pour un réalisateur tel que Franco. C'est un film qui aurait pu finir en seconde partie de soirée sur TF1 ou M6, mais qui ne méritait pas mieux. Heureusement, le cinéaste espagnol sera en mesure de remonter la pente, peu après, grâce à des oeuvres plus abouties comme "Killer Barbys" (1996) ou plus trash ("Tender Flesh", 1997), plus dans l'esprit du cinéaste tel que nous le connaissons, en tout cas. Un feu de paille, malheureusement, Franco n'étant épargné ni par la vieillesse, ni par la maladie. Et puis, l'avènement de la vidéo au détriment du 16 et du 35 mm facilitera aussi un nivellement par le bas, mais ceci est une autre histoire.

 

Note : 4/10

Flint

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