Monde, la chair et le diable, Le
Titre original: The World, the Flesh and the Devil
Genre: Post-apocalypse , Catastrophe
Année: 1959
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Ranald MacDougall
Casting:
Harry Belafonte , Inger Stevens, Mel Ferrer, deux mannequins en plastique...
 

Alors qu'il inspecte une galerie de mines, Ralph Burton est pris dans un éboulis. Après avoir attendu pendant plusieurs jours des secours, et constaté que les systèmes de survie semblent s'être arrêtés de fonctionner, il décide de regagner le monde extérieur par ses propres moyens. Mais de retour à la surface, il découvre que non seulement la mine a été abandonnée, mais aussi que le village environnant est complètement désert. Seuls indices : des journaux épars annonçant une catastrophe imminente et appelant les populations à quitter les villes. Il décide donc de faire le chemin inverse et se rend à New-York en voiture (le prix de l'essence ayant drastiquement baissé). Là bas, pas âme qui vive. Après une période de désespoir, son énergie vitale reprend le dessus, et il se bâtit une existence routinière dans un appartement d'un immeuble chic de Manhattan (le prix des loyers ayant drastiquement baissé). Comme Ralph est un travailleur infatigable et un bricoleur de génie (bien que noir et américain... comment ça c'est une remarque raciste et xénophobe ?), il arrive à remettre en marche une partie des installations de son nouveau quartier. Mais dans l'ombre, une présence mystérieuse, en escarpins, l'épie...

 



Plaidoyer antiraciste et pacifiste, souvent naïf mais toujours sincère, Le monde, la chair et le diable , avec ses qualités et ses défauts, mérite largement d'être redécouvert. Composé de trois parties d'intérêt inégal, le film, qui ne fut pas un grand succès public à sa sortie, a sans doute souffert de son coté "anti-spectaculaire". Ne vous attendez donc pas à voir un "post-apo" classique mais plutôt une parabole anti-guerre froide et antiraciste.
Trois parties donc, autant que le nombre de protagonistes présents à l'écran ; et la première, celle directement post-apocalyptique où Belafonte erre seul dans les rues désertes de la mégapole new-yorkaise, est la plus réussie, grâce au brio de la mise en scène de Ranald MacDougall. Son tournage fut, selon l'expression consacrée, un véritable tour de force, car les extérieurs furent réellement filmés dans les rues de la "ville monde" durant les premières heures de l'aube, afin de gêner le moins possible la circulation. C'est peut dire que Ranald MacDougall a su tirer parti de son formidable décor, se payant même un hommage au "réveil des Lions de pierre" du Cuirassé Potemkine d'Eisenstein.


Mais cette première partie finit par tourner un peu en rond, comme le personnage de Belafonte. Arrive donc, pour relancer l'intérêt, la femme. Et comme elle est blanche et qu'il est noir, le métrage se transforme en film à thèse. Toutefois, la finesse des dialogues et la caractérisation des personnages évitent la caricature ou le pamphlet lourdingue. Aucun des deux protagonistes n'est véritablement raciste et tous deux s'apprécient et éprouvent, à la longue, plus que de l'amitié. Mais les préjugés inconscients, de part et d'autre, et le conditionnement d'une société pourtant disparue font qu'ils ont du mal à sortir de leur réserve. Néanmoins, au bout d'un moment, on a l'impression de regarder une sitcom peu crédible ; et alors que l'on commence à se foutre un peu de leurs états d'âme, l'intérêt est relancé par l'arrivée d'un troisième larron. Troisième personnage, troisième partie donc, si vous avez tout suivi. Une troisième partie où va se superposer au message antiraciste une parabole pacifiste un peu trop naïve à mon goût.
Difficile en effet de regarder la fin sans ricaner (je n'en dis pas plus pour ne pas éventer complètement l'histoire). Un fin plus noire (sans mauvais jeu de mots) aurait, parait-il, été envisagée, mais cela semble peu crédible tant la fin tournée est, hélas, dans le ton général de cette troisième partie.

 



Mais globalement, les défauts du film (cette fin trop "gentillette", le côté trop propre sur soi de cette catastrophe sans cadavres, et l'aboulie, peu crédible compte tenu de la situation - un peu énervante - du personnage féminin) pèsent moins lourd dans la balance que ses qualités (formelles, surtout ; mais à l'élégance de la mise en scène répond celle des dialogues et de l'interprétation).
Ranald MacDougall, réalisateur de ce Le monde, la chair et le diable , est surtout connu en tant que scénariste (il a d'ailleurs écrit le scénario et les dialogues de ce film, et sera président du syndicat hollywoodien des auteurs), et ses autres réalisations semblent être tombées dans l'oubli. Paradoxalement, alors que Le monde, la chair et le diable traite de rapports inter-raciaux, dans son film suivant, Les rats de caves , adaptation d'un roman partiellement autobiographique de Kerouac traitant d'une romance entre le célèbre auteur canadien et une afro-américaine, il transformera l'héroïne en une jeune femme blanche jouée par Leslie Caron, espérant sans doute toucher ainsi un public plus large, mais le film sera un bide complet.

 

 

Sigtuna


En rapport avec le film :

# La fiche dvd Wild Side de Le monde, la chair et le diable

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