Un comisar acuza
Genre: Policier , Vigilante
Année: 1974
Pays d'origine: Roumanie
Réalisateur: Sergiu Nicolaescu
Casting:
Sergiu Nicolaescu, Gheorghe Dinică, Amza Pellea, Ion Besoiu, Jean Constantin, Emmerich Schäffer, Maria Ploae...
Aka: A Police Inspector Calls
 

Dans la nuit du 26 novembre 1940, une patrouille de légionnaires de la Garde de fer s'en va inspecter le pénitencier de Viraga, dans les environs de Bucarest, où les prisonniers politiques sont gardés par l'armée. Mais il s'agit en fait d'une expédition punitive, la patrouille lourdement armée va abattre froidement les détenus soupçonnés d'avoir combattu la Garde de fer. Les militaires, alertés par les détonations, arrivent trop tard et ne peuvent que constater le massacre, la plupart d'ailleurs n'osent pas agir, mais certains décident de libérer les prisonniers communistes qui, gardés dans une autre aile de la prison, sont les cibles suivantes du commando. Profitant d'un bref combat entre les légionnaires et les militaires qui les ont secourus, plusieurs d'entre eux parviennent à s'enfuir. Plus tard dans la même soirée, le même commando se présente au commissariat central de Bucarest pour assassiner d'autres détenus politiques qui y sont provisoirement gardés. Devant le refus de coopérer du commissaire de garde, les légionnaires l'enlèvent puis l'abattent froidement dans un bois désert avant de l'enterrer.
La nouvelle du massacre de Viraga ayant fait grand bruit dans l'opinion, de même que la disparition d'un commissaire et la tentative de mettre tout ça sur le dos des communistes évadés n'ayant dupé personne, le préfet de police, pourtant lui-même membre de la garde de fer, décide de confier l'enquête à un policier respecté pour son incorruptibilité et connu pour sa neutralité politique, le commissaire Moldovan...

 

 

En ce début d'année 2013, disparaissait à Bucarest l'acteur et réalisateur Sergiu Nicolaescu. Si ce nom n'évoque pas grand-chose pour le cinéphile français, qu'il soit "bisseux" ou non (ne parlons même pas du grand public), il fut pendant près de 40 ans la légende vivante du cinéma roumain et connut au début des années 70, suite au succès de l'extraordinaire Mihail Viteazul / La dernière croisade), une éphémère reconnaissance internationale. Si j'ai en ces lieux déjà évoqué ses grandes fresques épiques historiques (et dit tout le bien que j'en pensais dans les critiques correspondantes), j'ai occulté tout un pan de sa filmographie (plus de 40 films en tout) tout aussi importante numériquement (si ce n'est en intérêt), et en particulier ses films policiers qui, s'ils n'ont jamais été distribués hors des frontières roumaines, furent tous d'énormes succès au box office local. Le présent film est le plus célèbre d'entre eux, et surtout, il marque un tournant dans la carrière de Nicolaescu, celui de la séparation définitive avec le scénariste attitré de ses premiers succès : Titus Popovici et aussi celui où pour la première fois Nicolaescu (en tant que comédien) est la tête d'affiche unique d'un de ses films.

 

 

Il faut bien le dire, ce métrage marque aussi le début du déclin de ce grand cinéaste, pour les raisons citées plus haut. Ce qui est paradoxal, c'est que ses films précédents ne brillaient pas particulièrement par leurs scénarios (qui néanmoins tenaient la route) et que Sergiu Nicolaescu était plutôt un bon acteur (y compris dans ce film ci). Seulement voilà, à l'image d'un Clint Eastwood dans ses westerns (du grotesque "Josey Wales hors la loi" au pitoyable Impitoyable), Nicolaescu désormais sans freins va se distribuer en tant que héros sans peur (mais pas sans reproche) et invincible, alimentant ainsi une mégalomanie et un narcissisme apparemment sans limites, en franchissant allégrement les frontières de la crédibilité pour se vautrer dans le ridicule. Par la suite, comme tant d'autres réalisateurs phares des années 70, Nicolaescu s'enfoncera avec les années toujours plus loin dans la médiocrité, perdant les faveurs de la critique puis du public. Mais en cette année 1974, nous n'en sommes pas encore là et si Un comisar acuza n'est pas un chef d'oeuvre, il n'en est pas pour autant une purge.

 

 

Bien que Nicolaescu prétendra s'être inspiré de Bogart et Cagney pour créer le personnage de Moldovan, on sent clairement une influence plus contemporaine : celle des policiers de Siegel et plus encore celles des poliziescos. Car ce commissaire Moldovan, aussi impitoyable que dénué de romantisme, prêt à tout pour mener son enquête à son terme et faisant face à l'incurie ou à la lâcheté de ses collègues et aux pressions de sa direction, est beaucoup plus proche d'un Tanzi ou d'un Dirty Harry que d'un Sam Spade ou d'un Marlowe. Mais malgré un double décalage spatial et temporel qui ajoute beaucoup à son charme, Un comisar acuza est loin d'égaler les meilleurs poliziescos, la faute en grande partie à un scénario lacunaire et non dénué d'invraisemblances. Précisons d'ailleurs que le film est inspiré de faits réels (voir plus bas). Et puis surtout, dans son derniers tiers, le simili poliziesco se mue en vigilante movie avec un héros invincible au "gunfight" jusqu'à une scène finale "over the top". Et là vous me direz : "Un vigilante movie dans une démocratie populaire, comment cela se peut-il, la censure ne pouvant tolérer la justification de l'auto justice même au sein d'un état fasciste ?". Et bien la question est réglée de façon assez hypocrite, le héros en fait n'est pas communiste, même s'il a de la sympathie pour l'idéologie marxiste et de l'admiration pour le personnage du syndicaliste communiste incarné par Amza Pelea (la statue du commandeur dans le cinéma roumain), qui condamnera moralement, mais assez mollement, la soif de vengeance du commissaire Moldovan.

 

 

La reconstitution des années 40 est, elle, très soignée. Soignée mais pas de carte postale, car de façades décrépites en bidonville rom, le film ne donne pas une image très flatteuse du Bucarest de l'époque. C'est d'ailleurs l'un des rares films roumains de la période Ceaucescu ou des Roms sont représentés (et associés à la petite délinquance, mais aidant le héros). Autre point positif, la caractérisation des méchants : avec leurs tronches de mafieux et leurs tenues de la Gestapo, les légionnaires de la Garde de fer ont de la gueule (à l'exception d'un subalterne bouffon qui sera l'élément comique de ce métrage). Massacrant à qui mieux mieux et avec une grande efficacité dans la première partie du film, ils vont inexplicablement perdre de leur superbe dans la partie vigilante où ils alterneront les statuts de chasseurs et de proies avec le héros mais avec toujours le même résultat. Sinon techniquement, le métrage est bien foutu et soutient largement la comparaison avec ses contemporains "occidentaux" (à l'exception d'une cascade automobile toute pourrie), même s'il est loin d'avoir la beauté plastique et la fluidité des films épiques qui firent la réputation de Nicolaescu, et les acteurs principaux sont tous très bons.


Aussi étrange que cela puisse paraître, compte tenu de la scène finale, Un comisar acuza engendrera deux suites directes toutes deux situées dans la période précédant l'entrée en guerre de la Roumanie (en 1941 je le rappelle), et une 3ème plus tardive tournée en 2008. Mais les aventures du commissaire Moldovan sont elles-mêmes la suite non officielle des aventures du commissaire Miclovan, qui lui enquêtait dans l'immédiate après guerre (durant la période agitée qui précéda la prise de pouvoir communiste) en duo avec le commissaire Roman (incarné par Ilarion Ciobanu, future star du western mamaliga) dans deux films réalisés et joués par Nicolaescu et scénarisés par Popovici. Les trois aventures de Moldovan naîtront donc du schisme Nicolaescu / Popovici (et un peu aussi parce que le personnage de Miclovan est tué au début du second film), alors que Roman poursuivra les siennes tout seul (sur des scénarios de Popovici) pendant deux autres long-métrages.

 

 

Sigtuna



En rapport avec le film : le massacre de Jilava.

# Les événements racontés, certes de façon très romancée, dans le film ont une base historique.
Petit retour en arrière: en 1938, le roi Carol II profitant de, ou répondant à, l'instabilité politique, due en grande partie aux actions violentes du parti fasciste de la Garde de fer, renverse le gouvernement démocratique et instaure un pouvoir dictatorial interdisant tous les partis à l'exception de son propre mouvement monarchiste créé de toutes pièces quelques années plus tôt. Rapidement, sa politique intérieure se résume à une lutte sanglante contre la Garde de fer. Le point de non retour est atteint quand le gouvernement de Carol II fait exécuter dans chaque département deux membres de la Garde de fer choisis au hasard. Le climat intérieur quasi insurrectionnel et, à l'extérieur, les désastres diplomatiques de la politique de neutralité (la Roumanie va céder sans combattre 40% de son territoire) vont aboutir en 1940 à un putsch militaire. Carol II prend la fuite et le Maréchal Antonescu le pouvoir qu'il partage (non sans heurt) avec la Garde de fer. Les responsables politiques de l'ancien régime sont arrêtés et internés au pénitencier de Jilava en vue d'être jugés, mais dans la nuit du 26 novembre 1940 une dizaine de légionnaires de la Garde de fer décident de se faire eux-mêmes justice...

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