Kenny & Co
Titre original: Kenny & Company
Genre: Comédie , Drame
Année: 1976
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Don Coscarelli
Casting:
Dan McCann, A. Michael Baldwin, Jeff Roth, Ralph Richmond, Reggie Bannister, Clay Foster, Kate Coscarelli...
 

Quelques jours typiques de la vie d'un enfant de douze ans, tout aussi typique quant à lui. Outre ses activités habituelles, à savoir, aller à l'école (lorsqu'il ne la sèche pas), traîner dans les rues avec ses potes, construire des objets casse-cou, Kenny s'attèle avec ses deux meilleurs copains à préparer Halloween...

 

 

On pourrait bien être surpris de trouver Kenny & Co au sein de la filmographie de l'excellent Don Coscarelli qui, à peine trois ans après, passera à la postérité, en tout cas chez les amateurs de films horrifiques, avec Phantasm ; lequel génèrera même plusieurs suites, le plus souvent avec bonheur, ou tout du moins avec une belle singularité. Son incursion au sein de l'Heroïc-Fantasy a également accouché de The Beastmaster , un petit bijou trop vite relégué à sa sortie au même niveau que ses collègues, pourtant moins inspirés et aux démarches plus douteuses. En 2002, Bubba Ho-Tep installera également son petit phare ; quasi isolé dans une production où tout n'est plus que franchise et exploitation des genres jusqu'à la nausée, Don Coscarelli redonne alors noblesse au fantastique, le mâtinant de tendresse, d'humour décalé, de naïveté feinte, ne se souciant peu ou pas de rentrer dans un quelconque moule. Un refus naturel et chronique du formatage qui en fait à la fois l'un des artisans les plus passionnants en même temps qu'un de ces laissés-pour-compte de l'industrie cinématographique qui, c'est peu dire, ne lui rend pas justice.
Soit, son indépendance forcée (cependant parfois récupérée - voir le très bon épisode des Masters of Horror : "La Survivante" (Incident On and Off a Mountain Road) forge puis sauvegarde son identité ; mais que dire - alors que le talent du réalisateur n'est plus à prouver - lorsque les distributeurs gardent dans leurs tiroirs des John Dies at the End, jetés dans un même temps en pâture sur le net, jugeant le projet non viable, et hypothéquant alors toute chance de succès, que ce soit au cinéma comme en dvd ? Oui, c'est dégueulasse mais c'est ainsi que les hommes vivent aujourd'hui, le tiroir-caisse ayant depuis belle lurette pris l'ascendant sur la pluralité culturelle. Pourtant, dès ce Kenny & Co, c'est-à-dire il y a 35 ans déjà, on trouvait une maturité et une originalité de traitement assez peu communes...

 

 

Si Phantasm a fait un succès avec 500 000 $ seulement, Kenny & Co n'a pas trop fait parler de lui en son temps, relégué trop vite dans les teen-movies les plus basiques. Tourné dans la foulée de "Jim, the World's Greatest" dans lequel on trouvait déjà Angus Scrimm, indissociable de l'oeuvre de Coscarelli, le film est pourtant l'enfant d'un jeune homme d'à peine plus de vingt ans, qui livre une chronique douce-amère d'une maturité et d'une justesse stupéfiantes. Soit, on pourra bien reprocher à Coscarelli un abus de voix-off en début de bobine, mais très vite on s'aperçoit qu'en plus de la chronique, c'est presque un journal intime que ce dernier tente d'immortaliser. C'est aussi ce qui le différencie des autres teen movies.
A cela viennent s'ajouter plusieurs choses qui finalement attestent d'une sincérité humaine et d'une démarche autant drolatique que mélancolique : dans Kenny & Company, la mort est omniprésente et les questions posées à ce sujet à un père embarrassé mais honnête attestent d'une vraie appréhension ; elle est autant un jeu parallèle à la vie que vie elle-même. La tristesse d'emmener son vieux chien souffreteux se faire piquer est contrebalancée par la belle insouciance propre à l'enfance, celle qui fait que dans un rayon de jouets, c'est avec des pistolets que ces p'tits gars partiront pour jouer ensuite à la guerre.

 

 

Kenny & Company traduit à merveille les paradoxes préadolescents : les questions existentielles et les prises de conscience, empreintes assez souvent d'angoisses, viennent contrarier les temps suspendus des jeux. L'embarras vient le plus souvent des adultes, tiraillés entre le désir de laisser leurs enfants, "enfants", et leur envie de les voir mûrir. A ce titre, on notera également que le film est très révélateur d'une époque où, au lieu de responsabiliser à tout prix les gamins, leur ôtant en même temps de façon précoce une part de jeunesse, on les laissait davantage livrés à eux-mêmes. Les rues ne sont pas bondées de voitures, on y pratique le karting construit dans le garage de papa avec quatre bouts de bois et deux roulements à billes, on y dévale la pente la plus inclinée avec son skate et ses potes pour se vautrer à l'arrivée et faire de sa chute une expérience. Idem pour l'école où l'enfant va seul et revient seul, non pressé de rentrer chez lui pour se vautrer devant la télévision ou un jeu vidéo. Pour s'occuper, l'imagination prédomine et l'on fabrique des bombes artisanales qu'on fourre sous les poubelles en ferraille pour se faire propulser en l'air. La violence n'est pas absente pour autant : certains, plus grands, usent de leur force et s'adonnent au racket. Quant aux premières cristallisations amoureuses, elles sont autant des gouffres de tendresse que des ponts vers des désillusions.

 

 

Finalement, en plus d'être une chronique délicate, un journal intime sans fioritures, Kenny & Co est un merveilleux catalogue d'apprentissage de la vie, si ce n'est de vie elle-même. La mort faisant partie de la vie, on peut alors l'intégrer de cette dernière, jouer avec elle de manière malicieuse, et même se jouer d'elle. Ainsi, la fête d'Halloween se fait-elle un véritable exutoire au sein de laquelle la réalité la plus violente pourra même rejoindre la fantaisie rêveuse (cf : cette femme qui répond à coups de fusils / les débordements et l'intervention de la police / juste avant, le "cadavre" d'un homme ivre déposé au milieu d'une rue avant d'être mystérieusement enfourné dans le coffre d'une voiture). Elle est aussi une ode à la créativité, de manière consciente ou non. Quoi qu'il en soit, la fraîcheur qui s'en dégage vient sans doute, et a contrario de sa maturité de regard, de la jeunesse de Coscarelli lorsqu'il le tourne. Difficile, sinon impossible, d'obtenir un regard aussi peu tendancieux de la part d'un adulte, même si, et c'est un autre paradoxe, Coscarelli fait également preuve d'une certaine nostalgie : sans doute celle qui vient juste de le faire passer lui-même dans le monde des adultes.

 

 

Joué avec justesse par de jeunes acteurs que Don Coscarelli reprendra régulièrement dans ses films (Dan McCann, Michael Baldwin, Ralph Richmond, Reggie Bannister...), Kenny & Co, exhumé en 2005 par Anchor Bay, est à découvrir pour la jolie tranche de vie qu'il offre sans compter. Il en dit long également sur un cinéaste évoluant dans le genre fantastique mais ayant grandi avec d'autres tranches de vie cinématographiques et cinéphiliques telles que "Cinq pièce faciles" de Bob Rafelson ou "La dernière séance" de Peter Bogdanovich. Quant à la dernière partie du film, celle mettant en scène la fameuse veillée de la Toussaint, elle enfonce le clou et achève d'annoncer le reste de la carrière si personnelle du cinéaste. C'est d'ailleurs, selon les propres aveux du réalisateur, à la vision des réactions du public en train de sursauter devant les scènes "d'épouvante", ce dans une salle où Kenny & Co était projeté, que Don Coscarelli, séduit par l'idée de pouvoir créer cet impact, décida d'écrire Phantasm. Quant à la mort dans la vie, elle ne l'a jamais quitté. Rien que le titre de son dernier film (John Dies at the End), sacrifié sur l'autel du saint dollar, parle de lui-même...

 

 

Mallox


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