Voyeur, Le
Titre original: L'uomo che guarda
Genre: Erotique
Année: 1994
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Tinto Brass
Casting:
Katarina Vasilissa, Francesco Casale, Cristina Garavaglia, Raffaella Offidani, Franco Branciaroli, Martine Brochard...
Aka: The Voyeur
 

Eduardo (surnommé Dodo par son entourage) enseigne la littérature dans une faculté. Sa vie sentimentale n'est pas au beau fixe depuis sa séparation avec sa fiancée Silvia. Peut-être est-ce dû au fait que, faute de moyens financiers, le couple était obligé de partager le vaste appartement du père de Dodo, Alberto, un ancien professeur d'université, aujourd'hui retraité et confiné dans un lit après une mauvaise chute l'ayant privé de l'usage de ses jambes.
Toujours est-il que Silvia a une liaison avec un autre homme dont elle refuse de divulguer l'identité à Dodo. Ce dernier est toujours amoureux de Silvia, qui reste l'objet de ses fantasmes. Dragué par une étudiante, puis intrigué par les rapports que son père entretient avec son auxiliaire de vie, la ravissante Fausta, Eduardo ne parvient cependant pas à chasser son ex-copine de son esprit. Et puis, une question le taraude : qui peut bien être son rival ?

 

 

L'uomo che guarda est une libre adaptation du roman éponyme d'Alberto Moravia, publié en 1985. Moravia, né en 1907 et décédé en 1990, fut un écrivain, journaliste et dramaturge important qui donna à travers ses écrits une approche moderne de la sexualité. Son influence est telle que plusieurs de ses oeuvres ont été adaptées au cinéma. Une trentaine d'adaptations, pas moins, par des cinéastes réputés comme Luigi Zampa, Vittorio De Sica, Mauro Bolognini, Jean-Luc Godard ("Le Mépris"), Bernardo Bertolucci ("Le Conformiste") et Damiano Damiani (A Rather Complicated Girl). Et puis, on peut citer également Aldo Lado avec "La Désobéissance", ou encore Giovanni Soldati avec "L'attenzione". Il n'est donc pas étonnant que l'étude des rapports amoureux par l'écrivain ait inspiré Tinto Brass. Cela dit, le cinéaste n'a pas pour autant changé de style ni abordé le roman de Moravia sous une approche intellectuelle. Non, Brass reste fidèle lui-même, filmant avant tout ses obsessions et laissant libre cours à ses fantasmes.
Le Voyeur est donc un film pleinement érotique, parfois à la lisière du hardcore. Le réalisateur n'a pas son pareil pour flirter avec le X quand l'envie lui en prend, filmant le sexe de ses acteurs et actrices en gros plan, sans oublier les postérieurs féminins, bien sûr. Si Tinto Brass utilise des prothèses imitant les sexes masculins en érection, par sens de la dérision et pour amadouer la censure, il s'amuse également à duper cette dernière, faisant notamment bander Dodo en train de s'observer devant le miroir de la salle de bains, où en le faisant déambuler sur une plage de naturistes (le Cap d'Agde ?) où les gens forniquent à qui mieux-mieux. Habilement, le metteur en scène évite alors les gros plans, tout en laissant le spectateur se rendre compte que le sexe n'est pas simulé.

 

 

Cela confirme toute la spécificité de Tinto Brass, qui demeurera sans doute la référence absolue si l'on devait choisir le réalisateur ayant filmé les oeuvres les plus excitantes en matière d'érotisme. En abordant les années 90, à partir de "Paprika", sans oublier ses œuvres majeures des années 80 ("La Clef", "Miranda" et "Vices et Caprices"), le cinéaste parvient à offrir à son public ce que celui-ci ne trouve pas dans le porno ou dans l'érotisme BCBG très "tendance" à cette époque (voir les programmes de M6 le dimanche en fin de soirée). Même Joe D'Amato, autre érotomane invétéré, ne soutient pas la comparaison avec son confrère, au point qu'un "11 jours, 11 nuits", un "Dirty Love" ou un "Top Model" n'arrivent pas à la cheville d'un Tinto Brass tourné durant cette période. Le talent de Brass, c'est de savoir doser le sexe avec un parfait équilibre, montrant plus que ne suggérant, tout en évitant de basculer dans le hard pur et dur.

Le Voyeur bénéficie d'un casting en demi-teinte, quelque peu terni par son premier rôle féminin, la pourtant sublime Katarina Vasilissa d'origine polonaise, partie faire carrière en Italie. Une carrière qui n'ira pas loin, malgré son physique avantageux. Mais le talent et la grâce ne sont pas au rendez-vous, comme ce sera toujours le cas avec ces actrices venues de l'Est (Yuliya Mayarchuk dans "Transgressing" ou Anna Jimskaia dans Monamour). On peut regretter aussi la prestation de Franco Branciaroli, dans le rôle du père de Dodo, qui cabotine un peu trop et reste très en deçà de ses prestations dans "La Clef" et "Miranda". Dommage pour cet acteur talentueux qui avait fait ses premières armes dans "Vices privés, vertus publiques" et le déroutant "Gran bollito" de Bolognini. Enfin, l'idée du masseur homosexuel qui en fait des tonnes a tendance à quelque peu plomber le film chaque fois que le personnage apparaît à l'écran.

 

 

Côté positif, Francesco Casale, qui avait préalablement joué pour Stelvio Massi et Aldo Lado, surprend agréablement dans la peau de Dodo, l'amant malheureux, un peu voyeur (le titre du film n'est quand même pas représentatif) mais surtout désabusé. A ses côtés, Cristina Garavaglia compose une "bonne à tout faire" succulente. Hélas, elle non plus ne fera pas une grande carrière dans le 7ème Art. A noter, enfin, un tout petit rôle pour Martine Brochard ("Polices parallèles en action", Eyeball), et l'inévitable caméo de Tinto Brass, cette fois en professeur d'université barbu au regard libidineux (et il le fait bien, le bougre).


Agrémenté d'une partition musicale jazzy du célèbre Riz Ortolani ("La vierge de Nuremberg", Danse macabre, Le dernier jour de la colère, Perversion Story...), Le Voyeur peut être considéré comme un film honnête dans la filmographie de Tinto Brass, certes loin de la plupart de ses oeuvres antérieures, mais cependant distrayante et possédant quelques scènes érotiques de haute volée.

 

 

Flint

 

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