Clé, La
Titre original: La chiave
Genre: Erotique , Drame
Année: 1983
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Tinto Brass
Casting:
Stefania Sandrelli, Frank Finlay, Franco Branciaroli, Barbara Cupisti, Maria Grazia Bon, Gino Cavalieri...
Aka: The Key / La clef
 

Venise, 31 décembre 1939 – on fête le nouvel an, et parmi les convives Nino et Teresa Rolfe, qui tiennent une pension de famille, s'amusent en compagnie de leur fille Lisa et de son fiancé, Laszlo Apony, promis à une belle carrière dans les Beaux-Arts. Nino est lui aussi féru de peinture, mais c'est également un libertin hélas rattrapé par son âge. Son épouse est non seulement très belle, mais aussi plus jeune. Malheureusement, la pudibonderie maladive de Teresa fait obstacle aux fantasmes de son mari. Un jour, Nino, qui consigne tous ses désirs liés au sexe dans un journal, s'arrange pour que sa femme le découvre d'une manière qui paraisse accidentelle.
Teresa, d'abord choquée, sent monter peu à peu en elle le désir de braver les interdits. Elle commence à se désinhiber, avant d'entamer une relation torride avec son futur gendre...

 

 

La clé est l'adaptation d'un roman de l'écrivain japonais Jun'ichirō Tanizaki, publié en 1956 : Kagi (La clé, ou La confession impudique). Le livre sera très vite adapté au cinéma par un compatriote du romancier, le réalisateur Kon Ichikawa, qui tourne en 1959 "Kagi", traduit en France par "La confession impudique" ou "L'étrange obsession". Présenté au Festival de Cannes l'année suivante, il obtient le Prix du Jury (avec "L'avventura" de Michelangelo Antonioni).
Deux autres cinéastes japonais s'intéresseront par la suite à l'oeuvre de Tanizaki, d'abord en 1974 puis en 1983. Cette même année, Tinto Brass livre sa propre adaptation qui reste aujourd'hui la plus célèbre.

La clé est en effet un film emblématique de son réalisateur, car c'est à partir de là que Tinto Brass va commencer à mettre en images toutes les thématiques de son cinéma érotique, à savoir le voyeurisme, l'exhibitionnisme, et la jalousie en tant que moteur du désir. Egalement, on retrouvera dans la plupart de ses films bon nombre de symboles récurrents : l'urolagnie (l'héroïne faisant pipi dans une ruelle ou en pleine nature), la toilette intime au bidet précédant ou faisant suite à un acte sexuel et le miroir ovale placé au-dessus du lit à travers lequel le spectateur est invité à suivre les ébats du couple.

 

 

Si le film doit beaucoup au talent de son auteur (aidé par son remarquable chef opérateur, Silvano Ippoliti), il doit surtout une partie de son succès (mérité) à la prestation exceptionnelle de l'actrice Stefania Sandrelli. Agée à l'époque de trente-sept ans, l'Italienne était alors au creux de la vague après des débuts flamboyants dès l'aube des années soixante : "Divorce à l'italienne" au côté de Mastroianni, "L'aîné des Ferchaux", "Séduite et abandonnée" de Pietro Germi, "Le conformiste" avec Trintignant ou encore "Nous nous sommes tant aimés" d'Ettore Scola témoignent de la présence de l'actrice dans le cinéma d'auteur durant cette période. On la voit aussi dans deux thrillers, La tarentule au ventre noir et Le diable dans la tête, et un peu plus tard dans l'excellent "Police Python 357" d'Alain Corneau.

Au début des années '80, sa carrière commence à décliner, l'actrice ne se voyant offrir que des films mineurs ou des productions dans lesquelles elle n'occupe qu'un second rôle. Après "La désobéissance" d'Aldo Lado, un drame érotique, Stefania Sandrelli poursuit dans ce registre et trouve donc la consécration avec son rôle de Teresa dans La clé.
Un rôle dans lequel elle n'hésite pas à dévoiler son anatomie jusque dans ses plus secrets recoins, ce qui lui vaudra d'être sévèrement critiquée par une partie de la presse, des journalistes certainement puritains à l'extrême la traitant même de truie. Après coup, on ne peut, pourtant, que louer son courage et sa volonté d'aller jusqu'au bout dans des scènes érotiques sulfureuses que bien peu d'actrices ayant sa renommée auraient été en mesure d'assumer.
Bien en chair, la poitrine opulente et callipyge à damner un saint, l'actrice italienne suscite le désir comme on n'aurait jamais pu l'imaginer, et comme seul Tinto Brass était capable de le concrétiser sur pellicule.

 

 

Le réalisateur a donc eu du nez en engageant Stefania Sandrelli, et comme Brass a beaucoup de flair, il fait coup double en s'octroyant les services de Frank Finlay. C'est peu dire qu'on ne s'attendait pas non plus à retrouver l'acteur britannique, né en 1926, dans une oeuvre érotique. Grand acteur de théâtre (où il rencontrera notamment Laurence Olivier), Frank Finlay poursuit sa carrière à la télévision et au cinéma avec autant de réussite, dans plusieurs films incontournables parmi lesquels on peut citer "Sherlock Holmes contre Jack l'Eventreur", Meurtre par décret (Finlay incarnant l'inspecteur Lestrade à quinze années d'intervalle), "Othello" ou "Cromwell" ; mais aussi des séries B comme "The Deadly Bees", "Sous l'emprise du démon" de Roy Boulting, Meurtre à haute tension (un giallo british bien ficelé), l'excellent La cible hurlante ainsi que le trop rare Ni la mer ni le sable, sans oublier le jouissif Shaft contre les trafiquants d'hommes ni le mémorable Lifeforce.

Il va sans dire qu'un acteur de cette trempe constitue un atout supplémentaire pour le réalisateur qui, quelque part, met un peu de lui-même dans le personnage interprété par Finlay. Non seulement parce que Nino Rolfe est un voyeur invétéré mais aussi parce qu'il se trouve à un tournant de sa vie et que par conséquent, il souhaite ardemment que ses fantasmes puissent se concrétiser avant qu'il ne soit trop tard. Et puis, c'est une fois de plus l'occasion pour le metteur en scène de dénoncer le fascisme (le film s'ouvre par le discours d'un partisan de Mussolini et se clôt par l'intervention du Duce en juin 1940, signifiant l'entrée en guerre de l'Italie). A travers certaines scènes, celle où Nino exécute un salut nazi moqueur, et le choix des peintres évoqués dans le film (Egon Schiele et Gustav Klimt, qui furent classés artistes dégénérés), Tinto Brass évoque les heures sombres de l'Allemagne nazie, comme précédemment dans "Salon Kitty", et par la suite dans Senso '45.

Au côté du duo impérial formé par Sandrelli et Finlay, on relèvera la très bonne prestation de Franco Branciaroli, dont c'était la première apparition dans un film de Brass. Par la suite, il deviendra l'un des acteurs attitrés du cinéaste. Toutefois, on peut dire que La clé reste à ce jour son meilleur film. Terminons avec celle qui joue Lisa Rolfe, la fille aussi coincée que sa mère (mais qui le restera). Elle est campée par Barbara Cupisti, une actrice forcément connue pour quiconque s'intéresse au cinéma de genre italien. En effet, elle a tourné pour Fulci (L'éventreur de New-York), Soavi ("Bloody Bird", "Sanctuaire" et "Dellamorte Dellamore"), Argento ("Opera"), Lenzi ("Hell's Gate") et même ce bon vieux Joe D'Amato (11 jours, 11 nuits"). Elle a dans La clé un rôle intéressant (attirée par l'idéal fasciste, elle offre un contrepoids subtil à ses parents et son fiancé) même si un peu en retrait par rapport aux trois autres personnages. Et sinon, pour ceux qui se poseraient la question : non, elle ne se dénude pas !

 

 

En résumé, je reprendrai cette phrase du journaliste Philippe Ross dans La Saison cinématographique 1984 :
Cette oeuvre authentiquement érotique est ainsi bien plus passionnante que les pseudo-audaces constipées d' "Emmanuelle" et autre Gwendoline.
Passionnante... et excitante, cela va de soi, et qui fait assurément de La clé l'un des meilleurs films érotiques jamais tournés.

 

Flint


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# La fiche dvd Bach Films de La clé

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