Black Samson
Genre: Blaxploitation , Action
Année: 1974
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Charles Bail
Casting:
Rockne Tarkington, William Smith, Connie Strickland, Carol Speed, Michael Payne, Joe Tornatore, Titos Vandis...
 

Samson (Rockne Tarkington), propriétaire d'un night-club (et d'un lion) fait tout ce qu'il peut pour garder son territoire vierge de violence et surtout de tout trafic de drogue. Voici que deux hommes blancs pénètrent dans son bar ; après l'irrespect provocateur de l'un des deux envers l'une de ses stripteaseuses, Samson le dérouille, à l'aide notamment de son sceptre à l'effigie de son animal préféré. Le problème le plus sérieux viendra du second type : Johnny Nappa (William Smith), un gangster cynique, raciste et surtout extrêmement violent. Dès lors que son collègue a pris sa trempe, Nappa en fait une histoire personnelle. Allant même jusqu'à contester les ordres de son oncle et parrain (Titos Vandis), lequel, en vieux briscard, lui conseille la sagesse et l'intelligence.
Johnny Nappa va dès lors tout faire pour récupérer le territoire de Samson. Devant tant de ténacité et de coups bas (viols, intimidations, meurtres...), le tenancier du club va devoir sortir de ses gonds...

 

 

On doit cette blaxploitation inédite dans nos contrées au cascadeur, acteur et réalisateur Charles Bail. Après avoir écumé une bonne partie des séries pour la télévision des années 60 et 70 comme acteur ("Au nom de la loi", "Le fugitif", "Bonanza"...), ou encore quelques bobines convoitées des amateurs de cinéma bis (Le manoir aux 7 cadavres alias The House of Seven Corpses), celui-ci profite d'un genre ayant alors le vent en poupe (tout du moins aux Etats-Unis) et d'une période où les grands studios, tels que la Warner, courtisaient le public afro-américain pour tourner son premier film, ce juste avant un second plus connu : le très dépaysant et très plaisant "Cleopatra Jones et le casino d'or", lui-même supérieur au premier opus pourtant signé Jack Starrett. Au scénario on retrouve Daniel Cady, qui a déjà fait ses armes auparavant comme producteur avec notamment The Cut-Throats ou "Bébé vampire". On retrouvera peu après son nom au générique de certains classiques du cinéma X tels que Little Girls Blue ou Soft Places quand ce ne sera pas aux côtés de Warren Hamilton Jr. ici présent ("Le baiser de la tarentule"), plus rompu quant à lui à la technique du son. Quant à l'année 1974, c'est une année également un peu charnière pour un genre qui perdra peu à peu ses spectateurs. Cela ne veut pas dire qu'aucun blaxploitation de qualité n'ait été produit ensuite, simplement la sortie de "Jaws" en 1975 contribua à déplacer l'intérêt du spectateur vers des exploitations plus larges.

 

 

Quoi qu'il en soit, Black Samson est une réussite en son genre qui n'a rien à envier à ses représentants les plus connus. Idem pour son acteur principal Rockne Tarkington, qui aurait sans doute mérité une consécration plus importante au regard de celles qu'ont pu glaner Fred Williamson, Jim Brown ou encore Jim Kelly pour des films souvent inférieurs, en tout cas moins distrayants que celui-ci. La raison est sans doute à chercher dans un mauvais choix de carrière : après s'être fait remarqué dans la série "The Banana Splits", on le verra dans "Attention au blob !" de Larry Hagman (oui, le J.R. de "Dallas" !), puis dans "L'homme sans merci", exploitation post-trauma vietnamien préfigurant le "Walking Tall" de Phil Karlson. Pour ce faire, il décline alors l'offre de jouer dans "Enter the Dragon" et le rôle échoira à Jim Kelly. Bien entendu, on le reverra tout de même au cinéma (des seconds rôles dans The Ice Pirates en 1984, "Wyatt Earp" en 1994...), mais il est difficile de ne pas penser ce à quoi sa carrière aurait ressemblé s'il avait fait partie du succès de Robert Clouse aux côtés de Bruce Lee. Il se montre ici très convaincant, et n'utilise la violence que lorsque le dialogue est devenu impossible. C'est-à-dire assez souvent. Le reste du temps, il promène son lion dans les rues de Harlem, gère son club, et fait l'amour à sa compagne... la force de Samson, rappelons-le, n'étant pas dans sa coupe de cheveux afro mais belle et bien dans son gros bâton.

 

 

A ce propos, difficile également de ne pas évoquer les fortes présences de Carol Speed et de Connie Strickland. La première (que l'on connaît pour ses rôles dans The Big Bird Cage, Abby, "Savage !" ou Disco Godfather) ne surprend guère, si ce n'est lors d'une scène assez touchante où elle s'apprête à piper, les larmes aux yeux et le visage déchiré, le chef de gang black local campé par un Michael Payne cocaïnomane au dernier degré. La seconde, dont la carrière n'excéda pas trois années et six films (dont "The Roommates" et The Centerfold Girls), pas tant que ça non plus... si ce n'était que l'une de ses premières apparitions ici est nue et le cul en l'air, en plus de jouer la compagne masochiste de ce que le film recèle de meilleur : William Smith.


L'acteur, justement échappé de chez Jack Starrett ("La cavale infernale", "Les machines du diable") et n'ayant jamais refusé un rôle pour Robert Clouse (La loi du talion, New-York ne répond plus) s'y montre carrément phénoménal ! Il campe ici l'une des pires ordures que le cinéma d'exploitation ait jamais engendrées et sans nul doute aussi, l'un des personnages les plus inquiétants que le genre ait vu passer. Balançant sa copine de sa caisse roulant pourtant à toute blinde, ce à coups de "casse-toi, salope à négros !", éclatant la bouteille de whisky sur la tronche d'un de ses hommes à qui il vient pourtant d'offrir un verre, tenant tête obstinément aussi bien à ses supérieurs qu'au bien nommé Samson, allant même jusqu'à draguer sa "légitime" dans son propre bar avec pourtant la présence alors d'un lion réduit à l'état de minou dormeur, il est à Black Samson ce que Blacula, Black Ulysse, Black Hercule et Black & Decker pourraient être s'ils s'unifiaient : diabolique !

 

 

Inutile d'énumérer toutes les scènes que notre Willy dynamite (à ne pas confondre avec son cousin "Willie Dynamite") jusqu'à même assez souvent vampiriser le film lui-même. On tient là le top des méchants-vilains issus des comics américains.
Ce ne serait cependant pas totalement rendre hommage au film que d'éclipser son petit texte sous-jacent : un appel à la paix entre les communautés qui se fait le plus souvent par l'intermédiaire du personnage de l'oncle. A cette phrase de Smith destinée à rassurer le doyen sur l'issue de cette guerre des territoires : "c'est du gâteau !", l'oncle-parrain lui répond : "J'ai connu un homme autrefois qui s'est étranglé avec un bout de gâteau". Bien entendu, en chien enragé, Smith n'en fera qu'à sa tête et foncera comme dans un jeu de quilles, dans un quartier qu'il sera finalement surpris de trouver réunifié : l'une des séquences les plus exutoires et jubilatoires du film, poussant jusqu'au comique, est celle où Smith et ses hommes débarquent en véritable commando dans une rue où, contre toute attente, ils se prennent du haut des immeubles tout ce qui est à portée de main de la communauté black, jusqu'à des frigidaires, quand ce ne sont pas les black eux-mêmes qui se propulsent dans le vide. Hallu et rire garantis ! Quant au personnage principal, il reste à ce jour l'un des rares premiers rôles de la blaxploitation à ne pas prôner puis exercer la vengeance, mais au contraire à se servir de sa force qu'en cas de nécessité, de dernier recours.

 

 

Un petit mot tout de même sur la musique : relativement discrète dès lors qu'on sort du club, elle demeure correcte sans particulièrement sortir du lot ; on doit du reste le thème principal - assez entraînant quant à lui - à Allen Toussaint, un vieux de la vieille encore en activité à ce jour, et toujours prompt à écrire une ou deux chansons par-ci, par là ("H2G2", "Donnie Brasco", "Casino"...). Black Samson, bien qu'accusant légèrement le coup à l'heure de péloche pour mieux rebondir ensuite, reste méconnu malgré qu'il soit l'un des Blax les plus entraînants, dynamiques et revitalisants de la planète Soul ! Et même encore d'ailleurs...


Mallox

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