Tomorrow I'll Wake Up and Scald Myself with Tea
Titre original: Zítra vstanu a oparím se cajem
Genre: Science fiction , Comédie , Guerre
Année: 1977
Pays d'origine: Tchecoslovaquie
Réalisateur: Jindřich Polák
Casting:
Petr Kostka, Jiří Sovák, Vladimír Menšík, Vlastimil Brodský, Marie Rosůlková, Otto Šimánek, Valerie Chmelová...
 

Les années 90 - Dans une luxueuse villa dominant une plage brésilienne (qui ressemble furieusement à la côte méditerranéenne dans les années 70), de sémillants quinquagénaires sont réunis pour évoquer un passé commun. En fait, ce sont tous des octogénaires vétérans de la seconde guerre mondiale et nostalgiques du 3ème Reich que les coûteuses pilules anti-âge, produits de la technologie pharmaceutique de la fin du XXème siècle, ont maintenu en parfait état. Une autre technologie récente mise au point à Prague, celle du voyage dans le temps, a donné à l'un d'entre eux, Klaus Abard, l'idée d'un plan audacieux : fournir à Adolf Hitler la bombe H et permettre ainsi la victoire de l'Allemagne nazie.
Pour pénétrer dans la "tanière du loup", pas de problème, Abard était en décembre 1944 l'un des officiers chargé de la sécurité du Bunker. Concernant la technologie nucléaire, pas de problème non plus, son acolyte l'ingénieur Bauer a subtilisé l'un des derniers modèles de bombe H à la Nasa. Enfin, pour remonter en 1944, Abard s'est assuré la complicité fortement monnayée de Karel Bures, coureur de jupons étranglé par les dettes mais aussi pilote de l'une des fusées temporelles et par ailleurs frère jumeau de Jan, l'un des concepteurs de ses engins.
Hélas pour eux, nos "jeunes papys" nazis étant plus proches de ceux des "Producteurs" de Mel Brooks que de génies du crime, leur plan si minutieusement préparé va rapidement se barrer en couilles...

 

 

Des voyages dans le temps, un complot nazi, des bombes atomiques, des frères jumeaux aux personnalités opposées, des maris trompés irascibles et violents, des fiancées collantes et émotives, un couple de touristes américains et en spécial guest star Adolf Hitler lui-même avec en bonus Goering et Himmler (et j'en passe) ; cela fait beaucoup pour un seul film. Et pourtant, alors que l'on se demande si trop de quiproquo ne va pas finir par tuer le quiproquo, dans une mise en place un peu laborieuse où l'on nous fait avaler des ficelles de plus en plus grosses, arrive en plein milieu du métrage la scène hilarante et anthologique du bunker d'Hitler où l'ensemble des mèches "humoristiques" allumées jusque là explose dans un jubilatoire feu d'artifice. A partir de ce moment là, on finit par tout accepter et même si le film n'atteindra jamais par la suite ce sommet (la descente commence dès la fin de la scène du bunker, exagérément allongée), on garde le sourire aux lèvres jusqu'à la fin ; l'avalanche de gags faisant passer les facilités et les trous scénaristiques ainsi que (comme presque toujours quand il est question de voyage dans le temps) "l'évacuation" de tous les paradoxes temporels.

 

 

Pourtant, le film est plein de défauts, à commencer par une mise en scène plan-plan et maladroite, là où il aurait fallu une folie et un rythme en adéquation avec l'histoire. Alors, qu'est-ce qui fait qu'au final le film est globalement réussi ? Est-ce le potentiel comique du 3ème Reich, déjà exploité par Lubitch et Chaplin, voire Mel Brooks (et Gérard Oury... euh, non faut pas déconner non plus) ? Il paraît d'ailleurs, de la même manière que les plus grands comiques ont la réputation d'avoir une personnalité sinistre, que dans le privé Adolf Hitler était un sacré déconneur (si l'on en croit Lars von Trier). D'ailleurs, ses meilleures blagues sur les juifs ont été honteusement pillées par Dieudonné M'bala qui, curieusement, ne lui a pas piqué celles qu'il faisait sur les noirs.
Cette digression de mauvais goût étant faite, revenons à nos moutons en uniformes noirs. Plus sérieusement, ce qui fait la réussite du film c'est, outre l'interprétation, son scénario dans lequel on sent la patte du génial Milos Macourek.

Ceux qui ont déjà lu mes modestes critiques de films tchèques (bonjour maman, puisque je parle de toi j'en profite pour prendre de tes nouvelles, comment vas-tu ?) savent déjà tout le bien que je pense de Macourek. Dans ce film ci, adaptation du synopsis d'un autre, on peut dire que son talent atteint des sommets, à la fois dans l'invention déjantée à la Monsieur, vous êtes veuve et dans la mécanique boulevardière à la Feydeau de Comment noyer le Dr Mracek ou la fin des ondins en Bohême, même si on peut préférer ses premiers travaux moins foutraques que sont Qui veut tuer Jessie ? et Happy End. Reste que, par rapport à tous ces films, Tomorrow I'll Wake Up and Scald Myself with Tea présente un gros défaut : la médiocre réalisation de Jindřich Polák, en aucune façon comparable avec ce qu'aurait pu faire un Václav Vorlícek (l'habituel complice de Macourek) ou un Oldrich Lipský. Jindřich Polák, qui fut un pionnier de la SF tchèque avec le médiocre Ikarie XB 1, foire ici lamentablement la moindre scène d'action. A sa décharge, il n'a sans doute pas bénéficié de moyens financiers considérables ; l'agence de voyages spatiale, par exemple, a été tournée dans les couloirs nouvellement percés du métro de Prague et non encore ouverts au public.

 

 

Mais cela n'excuse pas tout, voire pas grand-chose, donnant même des moments involontairement surréalistes comme celui où Klaus Abard vieux provoque l'hilarité générale en prétendant être la même personne que le Klaus Abard jeune officier SS qui lui fait face, le problème étant que les deux sont incarnés par un Jiří Sovák paraissant quinquagénaire dans les deux cas. Autre exemple encore plus surprenant, le thé du titre avec lequel le héros s'ébouillante à plusieurs reprises, quoique toujours au même instant, est dans le film du café.


Pour ne pas finir sur une note négative, un mot sur les interprètes excellents dans l'ensemble, même si l'acteur qui joue Adolf Hitler ressemble autant au Führer que François Hollande à Jean Jaurès. Outre l'acteur principal, Petr Kostka, qui m'était à ce jour inconnu et s'en tire avec les honneurs dans un double rôle, on retiendra en bras cassés nazis la triplette magique Sovák, Menšík, Brodský, soit pas loin de ce qui se faisait de mieux dans le cinéma tchèque de l'époque.

 

 

Sigtuna

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