Violences sur la ville
Titre original: Over the Edge
Genre: Action , Drame
Année: 1979
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Jonathan Kaplan
Casting:
Michael Kramer, Pamela Ludwig, Matt Dillon, Vincent Spano, Tom Fergus...
 

New Granada, une ville nouvelle perdue quelque part dans l'immensité des Etats-Unis. Les cheminées d'usines y font la loi. Des adolescents désemparés et sans avenir autre que la misère dans laquelle vivent déjà leurs parents, sombrent peu à peu dans l'alcool, la drogue et la délinquance. Un jour encore plus triste qu'un autre, l'un des membres de la bande de Ritchie est abattu par un policier. Celui-ci déclare avoir agi en état de légitime défense mais Ritchie et ses amis décident de venger leur ami. Sauront-ils résister à la spirale de la violence qui s'apprête à les engloutir corps et biens ?...

 

 

Adapté de faits réels, Violences sur la ville débute comme une chronique amère et sombre pour culminer de façon percutante dans une violence sans possibilité de retour : le film se fait rapidement la peinture d'une jeunesse sans repère, des jeunes qui s'ennuient. Dès le prologue, il nous est rappelé que les moins de 15 ans constituent 1/4 de la population de cette même bourgade. Une bourgade nouvelle, en construction et devenir, où, par l'intermédiaire d'un panneau publicitaire en train d'être posé, on apprend qu'un terrain de jeu et une patinoire sont en cours de construction. En attendant, les familles semblent à la fois être en transit et en train de prendre elles aussi leurs repères. Les adolescents, en revanche, n'ont qu'une chose à faire : se réunir pour tromper leur ennui. Forcément, le mimétisme prime et, au sein de cette bande qui finit quasiment par vivre en autarcie, les plus audacieux et les plus rebelles font figure de modèles. Ainsi, Carl Willat devient peu à peu un dur à cuire, ce à quoi il ne semblait pas destiné, par amitié pour Richie White qui défie constamment l'autorité. Ce dernier finit par devenir une figure paternelle pour tout le groupe, a fortiori pour Carl, son meilleur ami. Dès lors que Richie est tué, même accidentellement, c'est une rébellion retenue depuis trop longtemps, et dont la cible est mal ajustée, qui éclate. La violence ne trouve alors plus aucune justification, on entend malgré tout régler le problème par pression constante, voire accrue. L'autorité parentale, entre autres, ne cherche plus depuis longtemps les causes, mais essaye de museler les conséquences, d'empêcher purement et simplement les jeunes de nuire. Le policier de la ville en est le parfait exemple, sauf qu'en agissant autoritairement, il ne fait que renforcer leur sentiment d'injustice ainsi que celui de ne pouvoir s'exprimer.

 

 

Drôle de film que tournait Jonathan Kaplan en 1979 ! Une peinture âpre, crépusculaire et violente, d'une jeunesse rebelle sans qu'elle ne sache trop pourquoi elle-même. Le réalisateur pose ici un regard presque documentaire puis enfin nihiliste. Il y façonne un constat sombre : les adultes n'ont plus le temps de s'occuper de leurs gosses et de leur éducation, ceux-ci sont affairés à construire la ville et leur propre vie et du coup, personne ne répond plus à leurs besoins si ce n'est d'autres adolescents. Ainsi, par ennui et mimétisme, leurs passe-temps consistent le plus souvent à s'enfiler des médicaments, des drogues, à voler des voitures, à insulter leur professeur lorsqu'ils ne sèchent pas carrément les cours, à avoir recours aux armes à feu de pères trop absents. Dans cet immense laisser-aller tout fait de merde, les garants de l'autorité sont dépassés. L'autorité pour être efficace vis à vis d'une situation qui s'est sournoisement installée, se doit d'être forte, à la mesure des exactions commises, dissuasive aussi. Elle sera vécue comme une injustice de plus, celle de trop, celle que tous les parents finiront par payer, car c'est à eux que finiront par s'en prendre leurs propres enfants, dans des scènes d'une rare violence, un véritable effet cocotte-minute, une bombe qu'on a cessé de retarder et qui va leur péter à la gueule de manière aussi sauvage et abrupte qu'inattendue. D'un seul coup d'un seul, galvanisés par la haine et la soif de vengeance, et déjà enclins à un vandalisme issu de leur quotidien, ce dernier se révèlera leur seul moyen d'expression : tout casser, tout brûler, tout saccager et même pourquoi pas, tuer... Après tout, leur ami, qui a donc eu tout le temps de se substituer au modèle paternel, a été tué alors qu'il tenait une arme non chargée.

 

 

Over the Edge est un film puissant, sans doute l'un des meilleurs de son auteur, issu de l'école Corman, et déjà responsable d'un sympathique "Truck Turner" en plus d'un actionner vigoureux : La route de la violence qui lui aussi sondait l'Amérique profonde avec ce qu'elle comporte de tares. Les acteurs y crèvent l'écran, on y découvre un Matt Dillon d'une quinzaine d'années, dans un premier rôle très proche de ceux qui feront bientôt sa renommée : "Outsiders" et "Rusty James". Non moins remarquable de décontraction et de naturel, évolue ici Michael Eric Kramer qui ne fera pas la même carrière mais qu'on retrouvera dans "Project X", un autre film de Jonathan Kaplan aux côtés de Matthew Broderick. Etonnant aussi, dans un rôle plus secondaire, d'y découvrir Vincent Spano, tout jeune lui aussi, et à l'aube d'une longue carrière.

En plus d'être un superbe tremplin pour une nouvelle génération d'acteurs, Violences sur la ville anticipe sur des discours ayant cours à l'heure actuelle en les annihilant à sa manière : ici, pas de télévision, pas de jeux vidéo, pas de violence virtuelle qu'on recrée dans la réalité... on évolue finalement dans des sentiers proches de certains films de John Hugues, mais sur un mode dramatique et inquiétant : c'est l'adulte, par son absence ou ses idées courtes et purement autoritaires qui est montré du doigt. La seule solution avancée par des gens censés être responsables est l'instauration d'un couvre-feu et la fermeture d'un centre où les jeunes se réunissent. Une solution qu'on a vu revenir il n'y pas si loin dans la réalité et dans des élans réactionnaires... idem pour des fusillades et accès de violence qui ont eu lieu récemment : on citera Columbine près de la petite ville de Littleton, dont les politiciens et les médias ont tôt fait de récupérer l'affaire pour en rejeter la seule faute sur l'industrie du spectacle (musique, télévision, jeux vidéo, internet). Violences sur la ville remet les choses à leur place par anticipation, puisque ni la fermeture des centres, ni les couvre-feux n'ont changé quoi que ce soit... Bien au contraire, depuis, le problème n'a fait que se gangréner. Par contre, il semble que la réflexion plus en aval liée à des sociétés dans lesquelles les démissions parentales, pour des raisons diverses et variées (travail, stress, aliénation sociale, temps de loisirs raccourci) soit depuis longtemps d'actualité et pour longtemps encore...
A ce titre, en plus de la belle efficacité brute du film, Violences sur la ville est un véritable uppercut !

 

 

Mallox

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