Colts de la violence, Les
Titre original: Mille dollari sul nero
Genre: Western spaghetti
Année: 1966
Pays d'origine: Italie / Allemagne
Réalisateur: Alberto Cardone
Casting:
Anthony Steffen, Gianni Garko, Erika Blanc, Franco Fantasia, Sieghardt Rupp, Angelica Ott, Daniela Igliozzi, Carla Calò, Roberto Miali...
Aka: Blood at Sundown / Sartana
 

Après avoir passé douze années en prison pour un meurtre qu'il n'a pas commis, Johnny Liston retourne sur ses terres, à Campos. Il trouve une ville sous le joug de son frère Sartana, qui fait régner la terreur avec sa bande de desperados. Sartana a sous sa coupe le juge qui dans le passé inculpa Johnny, et même le shérif est obligé de se plier à la volonté du chef des bandits, vêtu d'une tenue de l'armée nordiste et se parant d'un grade de général qu'il n'a jamais porté.
D'un côté, un frère peu volubile, taciturne mais redoutable tireur d'élite ; de l'autre un frère mégalomane, violent, incontrôlable, idolâtrant sa mère tout comme cette dernière porte son fils Sartana en admiration, une fierté qui se transforme en mépris dès lors que Johnny vient à sa rencontre.
Johnny Liston a perdu une mère, ainsi qu'une fiancée, Manuela, devenue l'esclave sexuelle de son frère. Tout le monde semble courber l'échine face à Sartana, mais peu à peu Johnny va trouver quelques alliés et être en mesure de remettre un peu d'ordre dans la région, et surtout de prouver son innocence.

 

 

Les colts de la violence sortit durant la période où le western spaghetti était en vogue, et celui-ci s'avère un bon cru bien que son réalisateur ne soit pas très connu. Alberto Cardone n'a en effet tourné qu'une dizaine de longs métrages, quelques films d'espionnage (dont le film à sketchs Le carnaval des barbouzes), mais essentiellement des westerns. Il n'en reste pas moins un homme de cinéma expérimenté, dans la mesure où il débuta dans le métier en tant qu'assistant réalisateur, et ce dans des oeuvres souvent célèbres parmi lesquelles deux volets de la série des "Don Camillo", mais également "Ben-Hur", "Plein soleil", "Les Mongols" et "Barbarella". Une belle carte de visite, donc, complétée par l'apport de scénaristes confirmés pour ce western, à savoir Ernesto Gastaldi (que l'on retrouve dans bon nombre de gialli), ainsi que Giorgio Stegani, à qui l'on doit aussi quelques westerns de facture honnête, à savoir "Gentleman Killer" et "Pas de pitié pour les salopards".

 

 

Les colts de la violence décrit l'affrontement entre deux frères que tout oppose, tant physiquement que moralement, le tout dans un manichéisme outrancier si ce n'est qu'ici c'est le blond le méchant. L'autre originalité vient du personnage de la mère, qui a porté son amour et sa fierté sur Sartana, en qui elle voit l'homme fort de la famille, et peut-être l'image d'un père disparu dont on ne saura rien dans cette histoire. Comme c'est souvent le cas dans le western italien, la trame prend des allures de tragédie grecque, et la succession des événements ne cesse de conforter cette impression. John Liston a payé la faute d'un autre homme (on devinera aisément de qui il s'agit), son frère lui a volé sa compagne, puis il sauve la vie d'une femme qui est la fille de l'homme qui fut assassiné soit disant par Liston.
Bref, Alberto Cardone puise dans la mythologie et l'Ancien Testament (il y a un côté Abel et Caïn chez John et Sartana), le film s'achevant d'ailleurs par une citation du Lévitique :

Tu ne haïras point ton frère dans ton coeur,
Tu ne t'élèveras point contre ton sang.


 

Le film n'est cependant pas exempt de tout reproche. On pourra regretter, par exemple, ces bagarres aux poings quasi-interminables préfigurant les bastons à la "sauce Terence Hill/Bud Spencer", qui plus est agrémentés de bruitages dignes des pires films de kung fu, et de rares effets comiques tombant à l'eau (la mort de l'armurier). Quant au stéréotype des protagonistes, poussé à l'extrême, chacun sera en droit de le juger opportun ou non, mais reconnaissons toutefois que les personnages des deux frangins sont dans l'ensemble jubilatoires. Rendons ainsi grâce à Anthony Steffen et Gianni Garko de se montrer particulièrement à l'aise dans leurs rôles respectifs. A l'époque du tournage, Anthony Steffen (de son vrai nom Antonio De Teffè) possède déjà pas mal d'expérience dans le cinéma, ayant quasiment débuté dix ans plus tôt dans "Le château des amants maudits" de Riccardo Freda. On le verra ensuite dans une comédie de Lucio Fulci (Ragazzi del Juke-Box) ainsi que dans quelques péplums dont le "Sodome et Gomorrhe" de Robert Aldrich avant d'écumer les westerns pendant des années (à part une incursion dans le cinéma gothique avec "Un ange pour Satan").

 

 

Gianni Garko a également fait ses armes à peu près à la même époque que Steffen. Il enchaîne "Les Mongols" et "Ponce Pilate", deux grosses productions avant de se retrouver dans Les colts de la violence, qui se trouve être son premier western. C'est également la première apparition du personnage de Sartana, qui sera par la suite repris en de nombreuses occasions. Du personnage foncièrement antipathique de l'oeuvre d'Alberto Cardone, Sartana évoluera pour devenir un héros à part entière.

Au sein des seconds rôles, on retiendra chez les femmes la présence de la belle Erika Blanc ("Au service du diable", L'appel de la chair, Amore e morte nel giardino degli dei), composant une jeune femme au caractère bien trempé, et celle de Carla Calo (La crypte du vampire), qui livre une prestation remarquable de matriarche. La scène la voyant sortir avec son fusil dans une ville mise à feu et à sang par Sartana reste l'un des moments forts du film.
Au rang des hommes, Franco Fantasia (Kriminal, Le tueur à l'orchidée, Knife of Ice) incarne un shérif tiraillé entre la lâcheté et l'héroïsme, tandis que Sieghardt Rupp (inoubliable depuis sa prestation dans "La grande vadrouille") tire largement son épingle du jeu en bras droit sadique de Sartana.

 

 

Pour ceux qui avaient découvert Les colts de la violence par le biais de la VHS, il apparaît nécessaire de le revoir avec cette sortie en dvd, dans la mesure où quelques scènes marquantes sinon capitales (voir fiche dvd) étaient absentes de la version distribuée en France. On retiendra également quelques bonnes idées visuelles ou scénaristiques, notamment le personnage de Manuella errant dans le fortin abandonné et semblant effrayée par les statues de gargouilles (le fortin ayant été construit sur les ruines d'un ancien temple inca). Il y a aussi cette image de Johnny pleurant sur les genoux de sa mère, donnant un caractère religieux à la scène ; sans oublier quelques trouvailles comme la hache tournoyant sur une corde et venant se planter dans le ventre d'un ennemi. La fin a des allures d'apocalypse, avec le déferlement de violence de Sartana et sa bande, conduisant finalement à la révolte des citoyens. D'une manière générale, Alberto Cardone a donc livré avec ce film un western spaghetti de bonne facture.

Flint


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# La fiche dvd Artus Films de Les colts de la violence

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