Terreur sur la ville
Titre original: The Town That Dreaded Sundown
Genre: Slasher , Psycho-Killer , Policier
Année: 1976
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Charles B. Pierce
Casting:
Ben Johnson, Andrew Prine, Dawn Wells, Jimmy Clem...
 

Le contexte : Huit mois après la fin de la seconde guerre mondiale, la ville de Texarkana, 40 000 habitants, située sur la frontière entre le Texas et l'Arkansas, se réadaptait à la paix après quatre années de rationnement et de pénurie. Le rapatriement de certains soldats se poursuivait encore mais la plupart d'entre-eux avaient déjà regagné leur foyer et quitté l'uniforme. Nombreux parmi eux, aidés par des subventions accordées aux anciens combattants, montaient leur affaire. Parmi la population, certains étaient encore méfiants envers le président Truman et s'inquiétaient de la tension grandissante avec l'U.R.S.S.. Une vague de grève s'abattit alors sur le pays, touchant de nombreuses entreprises de cette même région. Mais le dimanche 3 mars 1946 marqua le début du règne de la terreur...

Les faits : The Town That Dreaded Sundown est donc, comme vous vous en doutez, basé sur une histoire vraie. En 1946, un tueur, surnommé "The Phantom Killer", s'en prend à plusieurs résidents de la ville. Pendant plusieurs mois, le mystérieux tueur a semé la terreur dans cette paisible communauté. Sa façon de procéder était assez inusitée: il sévissait tous les 21 jours. Puis, un jour où il devait se manifester, il ne l'a pas fait et on n'a plus jamais entendu parler de lui...

 

 

Décidément, Charles B.Pierce a de la suite dans les idées, et sa filmographie arbore des airs étranges et singuliers de mises en images de faits-divers sordides, des histoires réelles souvent oubliées depuis mais qui, en leur temps, défrayèrent la chronique. Outre ses activités comme décorateur ou photographe de plateau, il reste également l'auteur du porteur "The Legend of Boggy Creek", documenteur de qualité sur l'existence (ou non) du Bigfoot, lequel fera de nombreux petits ensuite. On lui devra aussi en 1979 un "The Evictors" avec Vic Morrow, Jessica Harper, et Michael Parks, complètement oublié à ce jour et qui n'en méritait pas tant, basé lui aussi sur un fait-divers glauque se situant cette fois-ci en Louisiane dans les années 40, un film assez terrorisant pas moments, dans lequel une famille venant tout juste de s'installer avait le sentiment d'être épiée, avant que ce même sentiment ne se révèle véritable pour enfin tourner au cauchemar paranoïaque parfois saisissant. Tout comme ce The Town That Dreaded Sundown, "The Evictors" jouissait d'une assez chouette reconstitution d'époque, loin, très loin même, des Mercury Eight et autres Oldsmobile scintillantes et pimpantes comme au premier jour qu'on trouve aujourd'hui, par exemple, dans les soufflés de Michael Mann...

 

 

A ce niveau The Town That Dreaded Sundown, qui jongle entre narration documentaire, chronique d'une petite ville en proie à la paranoïa, enquête policière stagnante, et slasher en devenir peut se targuer, à défaut d'être parfait, d'avoir une sacrée gueule. L'intérêt s'y révèle constant, le rythme est soutenu et bat la cadence d'un couple assassiné (ou presque) toutes les trois semaines, dans des scènes extrêmement effrayantes et anticipant nombre de slashers à venir, la photographie de James W. Roberson (Encounter with the Unknown mais aussi "Le faucon blanc" du même Charles B. Pierce) n'y étant pas étrangère, le savoir-faire du réalisateur, non plus.


Quand, très souvent dans le cinéma horrifique, on met en avant l'authenticité des faits pour, soit appâter le chaland naïf, soit accroître le sentiment de vérité, de justesse et de véracité à des fins d'efficacité, en général les metteurs en scène se plantent dans les grandes largeurs, parvenant à pondre à partir de faits-divers assassins des scripts ne tenant pas debout, réussissant le tour de force de décrédibiliser la réalité. Pierce, a contrario, se sort remarquablement de ce petit jeu : il plante le décor, balance un meurtre horrible dans la foulée, nous emmène au sein du petit poste de police, puis nous montre des policiers complètement dépassés, faisant appel à un vieux briscard venu d'un autre état, le capitaine Morales (campé avec force, assurance et sobriété par le grand Ben Johnson). A noter en passant que les acteurs sont ici tous excellents, de Andrew Prine à Jimmy Clem (acteur inséparable de l'oeuvre de Pierce ("Bootleggers", "Thorvald le Viking" et ceux déjà cités), en passant par Dawn Wells (présente elle aussi dans ses films, en plus d'une exploitation Bigfootienne médiocre signée Tom Moore : "Return to Boggy Creek".

 

 

En fait, si l'on ajoute que le score composé par le talentueux et trop méconnu Jaime Mendoza-Nava (The Witchmaker, The Cut-Throats, The Brotherhood of Satan... ) est lui aussi excellent, on serait tenté de dire que Terreur sur la ville est un prototype parfait en plus d'une oeuvre exemplaire. Avec ses décors insolites (on passe de la bourgade poussiéreuse aux bois reculés, en passant par des intérieurs de voitures à rendre claustrophobe pour le coup, avec talent et même évidence) et ses meurtres aussi maladroits et laborieux parfois qu'ils sont épouvantables, The Town That Dreaded Sundown frôle le chef-d'oeuvre.
Les petits intermèdes humoristiques sont également très réussis : toute la partie du film où les flics quadrillent la région, dans leur voiture, l'un des deux assermentés étant pour le coup travesti en femme, se révèle fort drôle, côtoyant même le potache sans jamais y tomber, et sans nuire non plus à la frayeur constante mais tapie dans l'ombre que dégage le film sans démentir.
Là-dessus, on apprend même comment se servir d'un trombone à coulisse comme arme meurtrière, dans une scène qui dans d'autres mains se serait sans doute révélée grotesque mais qui, ici, n'en est que plus effrayante.

 

 

Non, s'il n'y avait qu'un reproche à faire à The Town That Dreaded Sundown, ce serait de ne pas s'attarder suffisamment dans les recoins de cette petite banlieue pour nous communiquer la paranoïa générée. C'est là que pêche principalement Charles B.Pierce pour prétendre faire carton plein. En l'état, cet opus de 1976, évoluant non loin de "The Zodiac Killer" tourné en 1971 par Tom Hanson, voire même du "Zodiac" Fincherien à venir, est un bout de pellicule tout à fait bluffant.

 

Mallox

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