Flash Gordon, le soldat de l'espace
Titre original: Flash Gordon
Genre: Science fiction , Aventures , Serial
Année: 1936
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Frederick Stephani
Casting:
Buster Crabbe, Jean Rogers, Charles B. Middleton, Priscilla Lawson, Frank Shannon...
Aka: Flash Gordon Space Soldiers
 

La Terre est menacée de collision avec une planète extérieure au système solaire, dont on se demande bien ce qu'elle vient foutre là. Alors que la panique règne sur toute la surface du globe, la météo, signe avant coureur d'une probable fin du monde, est complètement perturbée par des phénomènes catastrophiques. Une des conséquences est que l'avion ramenant l'athlétique Flash Gordon et la gracile Dale Arden dans leur Amérique natale est menacée de destruction, ce qui les oblige à sauter en vol et en parachute. Ils atterrissent tous deux dans la propriété du professeur Zarkov, un scientifique visionnaire qui projette de sauver la Terre en se rendant sur la planète qui la menace, tablant sur le fait que les mouvements de cet astre ne sont pas naturels mais contrôlés par une technique avancée ; il suffirait de prendre contact avec ses habitants pour dévier sa trajectoire. Zarkov ayant été abandonné par ses assistants, Flash et Dale décident de l'accompagner dans son projet interplanétaire pour l'aider à piloter son vaisseau spatial. Après un court trajet, nos trois Terriens atterrissent sur Mongo (c'est le nom que les indigènes donnent à leur planète), où tout le monde a le bon goût de parler anglais (et de ne pas jouer du Bongo). Ils sont immédiatement capturés et amenés devant le dirigeant des lieux, l'empereur Ming. Ming est tout de suite séduit par l'exotisme de Dale Arden, car la teinture blonde est inconnue sur Mongo. Sans doute pour les mêmes raisons, Aura, la fille de Ming, éprouve une violente attirance pour Flash. Accessoirement, Ming, prévenu par Zarkov, interrompt la course folle de sa planète, sauvant ainsi la Terre...

 

 

1936, le front populaire, les congés payés, Mussolini envoie les jeunes Italiens passer leurs vacances de printemps en Ethiopie avec un bel uniforme, alors qu'a contrario Franco fait passer le Détroit de Gibraltar à ses troupes coloniales pour leur permettre d'organiser des méchouis géants dans les villes de la péninsule ibérique. Bref, 1936 c'est vraiment l'année des loisirs. Pas étonnant, donc, que ce soit aussi l'année de la sortie de Flash Gordon, pur produit d'évasion et premier serial de science-fiction. Son succès, énorme dans tous les USA, sera tel qu'il enfantera deux suites en quatre ans et lancera la vogue des serials de science-fiction, non seulement chez Universal mais aussi chez ses concurrents ; et ceci dès 1936 avec par exemple "Undersea Kingdom" de la RKO .
Mais au départ, Flash Gordon est une bande dessinée à parution hebdomadaire (sortie en France sous le titre "Guy l'éclair") créée en 1934 par Alex Raymond pour concurrencer "Buck Rogers", le premier comics strip SF. Son succès sera, comme de juste, fulgurant, et comme il était de coutume à l'époque pour les BD ayant atteint un certain niveau de notoriété, celle-ci sera adapté en serial. Quoi de plus naturel, d'ailleurs, comics strip et serial ayant un format proche et d'une certaine manière un langage commun, tous deux devant tenir leur public en haleine en promettant la suite au prochain épisode une semaine plus tard, dans les kiosques pour l'un, dans les salles obscures pour l'autre.

 

 

Bon, mais ce serial ci que vaut-il ? Près de 80 ans après sa sortie, il est clair que les raisons pour lesquelles on l'appréciera ne sont pas les mêmes que celles qui firent son succès à l'époque. C'est un peu comme une vieille armoire art déco, bancale et peu fonctionnelle mais qui a acquis une patine et un cachet qui font que, malgré ses défauts, ou à cause d'eux, elle est devenue hors de prix. Alors oui c'est kitsch, naïf, "cheapos", pas crédible pour un sou, et pourtant ça fonctionne complètement et c'est autant pour ses imperfections que pour son esthétique qu'on l'aime. Flash Gordon a par ailleurs, pour un serial, un aspect assez atypique du fait de son origine (une adaptation) et de ses conditions de production, qui fera que selon sa sensibilité (je parle ici des amoureux du genre) on l'appréciera de façon différente. Ainsi, si pour beaucoup Flash Gordon est la Rolls des serials des années 30 (ou au moins des serials SF), d'autres le trouvent très inférieur à sa copie RKO sortie la même année, "Undersea Kingdom". Et il faut reconnaître que, en restant objectif, il y a des éléments en faveur de l'un et l'autre point de vue. Par exemple, les cliffangers de fin d'épisode sont ici particulièrement faibles. Et si le héros passe son temps à secourir Dale Arden, archétype de la demoiselle en détresse (ou de la potiche effrayée), il n'est jamais en mesure de se sortir par lui-même des situations dangereuses et se fait toujours sauver la mise par Zarkov ou la princesse Aura (à proportion égale), même si cette dernière est souvent à l'origine des périls que doit affronter Flash Gordon.

 

 

Par contre, malgré des talents d'acteur limité et une teinture platinée peu crédible, Buster Crabbe, qui deviendra le roi du serial, est particulièrement charismatique dans le rôle du héros éponyme. Les seconds rôles sont sympathiques et prennent souvent l'ascendant sur Flash Gordon / Buster Crabbe sur l'écran et dans l'histoire. Et puis, il y a surtout les deux personnages féminins, aux antipodes l'une de l'autre, qui sont les moteurs de l'intrigue et qui donnent à ce serial non pas un aspect érotique, ce serait exagéré, mais une connotation sexuelle assez surprenante pour un divertissement familial. Car, le sauvetage de la Terre ayant été rapidement évacué de même que les désirs de conquête de Ming et les luttes de pouvoir sur la planète Mongo, les aventures de Flash Gordon se résumeront en fait à préserver Dale Arden des désirs libidineux (bon, compte tenu de la censure d'époque, cela se limite à des tentatives de mariage forcé) de Ming et d'autres potentats locaux, tout en repoussant lui-même les avances de la princesse Aura.
Enfin, il y a la scène du combat (en fait, un match de catch) contre l'Orangopoïde (Ray "crash" Corrigan en costume de gorille cornu) dans le huitième (et débordant sur le neuvième) épisode qui justifie à elle seule la vision de l'ensemble du serial.
Flash Gordon, le soldat de l'espace a par ailleurs un aspect hétéroclite et bricolo (qui, là encore, sera diversement apprécié) dû à la réutilisation massive d'éléments en provenance d'autres films des studios Universal, mais qui par contre donne au serial un côté (un peu) moins cheapos que ses concurrents ("Undersea Kingdom" en tête). Cela va du stock-shot (la danse de l'idole) aux éléments de décors en passant par les costumes et même la musique, des emprunts parfois issus de films célèbres ("Frankenstein", "La momie", "La fiancée de Frankenstein", entre autres).

 

 

Le metteur en scène Frederick Stephani était un scénariste d'origine allemande, Flash Gordon sera sa première et unique réalisation pour le grand écran. Néophyte, il semble avoir été dépassé par l'ampleur de la tâche et fut rapidement secondé par un vétéran du serial, Ray Taylor (non crédité au générique). Ce qui explique que, malgré le succès public rencontré, Stephani ne renouvellera pas l'expérience.
Buster Crabbe venait de remporter un an plus tôt un titre olympique en natation quand il débuta au cinéma en 1933, dans deux productions tentant de capitaliser sur la notoriété du Tarzan incarné par Johnny Weissmuller : le rip off "King of the Jungle" et "Tarzan l'intrépide", une adaptation officielle en serial mais qui sortit sous forme de long-métrage condensant les premiers épisodes. Dans les deux cas, la promotion insista sur le fait que Crabbe fut le rival de Weissmuller dans les piscines olympiques, mais ni la prestation de Crabbe ni les films eux-mêmes ne convainquirent. Ce n'est que trois ans plus tard, grâce à la présente œuvre, qu'il accédera à la célébrité et deviendra le roi du serial.
Jean Rogers (attention c'est un prénom féminin) et Priscilla Lawson, qui incarnent Dale Arden et la princesse Aura, ont un parcours similaire avant d'accéder à une notoriété plus ou moins éphémère avec Flash Gordon, le soldat de l'espace. Ce sont deux jolies brunes d'une vingtaine d'années, lauréates de concours de beauté et n'ayant fait jusque-là que de la figuration. Malgré une prestation convaincante, Priscilla Lawson retournera à la figuration avant de quitter le milieu du show business. Jean Rogers, teinte en blonde pour l'occasion et qui nous offre ici un véritable festival d'yeux écarquillés et de cris de terreur, devint pendant dix ans une star des films à petits budgets avant que le mariage et la maternité ne mettent un terme à sa carrière.

 

 

Bref un must see pour les amateurs de série B d'aventures des années 30, les "puristes" du serial pourraient par contre être un peu déçus.

 

Sigtuna

 

En rapport avec le film :

# Le dvd sur le site de Bach Films

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