Secrets de l'invisible, Les
Titre original: The Unseen
Genre: Horreur , Thriller , Epouvante , Slasher
Année: 1980
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Danny Steinman
Casting:
Barbara Bach, Sydney Lassick, Stephen Furst, Lelia Goldoni, Douglas Barr, Karen Lamm, Lois Young...
 

Attention : cette chronique contient des spoilers.
Vicky (Lois Young), Karen (Karen Lamm) et Jennifer (Barbara Bach), trois jeunes femmes, sont envoyées par une chaîne de télévision privée pour faire un reportage sur une kermesse folklorique dans une petite bourgade de Californie. En raison de l'événement, elles ne parviennent pas à trouver un hôtel pour se loger et se sentent alors contraintes d'accepter la proposition d’Ernest Keller (Sydney Lassick), un vieil homme d'abord sympathique mais au comportement singulier : les héberger dans sa grande demeure située non loin de la ville. Ce dernier prétend y vivre seul avec sa soeur Virginia (Lelia Goldoni), dont l'équilibre psychique semble fragile. L'homme, d'allure joviale, s'avère vite être un psychopathe pervers et meurtrier tandis que la maison elle-même abrite dans sa cave un secret plus terrifiant encore...

 

 

Finalement, à bien y regarder, on connaît surtout Danny Steinmann pour Les rues de l’enfer, vigilante-vengeance scabreuse au féminin, marqué du sceau des années 80, et mettant en scène l'actrice au statut culte incompréhensible au regard de ses capacités ou son talent : la pathétique Linda Blair. Le réalisateur n'a tourné que peu de films, commençant par ailleurs sa carrière avec un porno orgiaque en 1973 ("High Rise"), sous le pseudonyme de Danny Stone, pour la terminer de façon précoce, en 1985, avec "Vendredi 13, chapitre 5: Une nouvelle terreur". Finalement, deux de ses quatre films furent tournés sous pseudonyme puisque pour The Unseen, Steinmann refusa d'y associer son nom des années durant, se plaignant d'avoir été débouté du montage par son producteur exécutif Anthony B. Unger, ce, pour ce qu'on nommera pudiquement des "différents" artistiques. Ainsi, ce ne fut que quatre années après la sortie de ces "Secrets de l'invisible" et douze ans après son premier film que le réalisateur signa enfin l'un de ses films de son vrai nom. En attendant, The Unseen fut donc signé Peter Foleg...

 

 

Danny Steinmann saura faire preuve d'une certaine malice avec son "Vendredi 13, chapitre 5" en cachant un nouveau tueur derrière un ancien mais en cédant néanmoins à une surenchère souvent ridicule, l'opus en question étant le plus meurtrier de tous avec 18 morts au compteur. Ce n'est pas le cas des Secrets de l'invisible qui ménage ses effets, reste longtemps en eaux troubles, égarant le spectateur avec ce frère et cette soeur aux attitudes douteuses, ce, jusqu'à une scène où le vieil homme regarde, par le trou de la serrure, l'une des jeunes femmes se déshabillant pour prendre son bain. Ce qui s'ensuivra sera la révélation de l'existence d'une troisième entité passant par les bouches d'aération pour attirer ses proies vers la cave et les démembrer telles des poupées. Le secret, bien que soupçonné par le spectateur, sera assez vite dévoilé (à l'heure de film), et ce à quoi (ou à qui) on aura affaire, ne sera autre que le bâtard consanguin et monstrueux, fruit incestueux des deux propriétaires des lieux.

Rien à voir avec un quelconque ersatz de "Psychose" comme il est souvent dit à son propos. Soit, la demeure arbore des allures similaires mais c'est le cas d'un film sur deux dans le genre "thriller d'hébergement", tout comme ce serait tirer sur la corde d'y voir la vengeance d'un Norman Bates envers le père. Non, The Unseen évolue plus à proximité de pellicules de Tobe Hooper telles que Massacre à la tronçonneuse ou "Le monstre du train", voire, pour sa partie "monstrueuse vengeance", empreinte d'une tristesse morbide, du "Métro de la mort" de Gary Sherman.

 

 

Le plus grand défaut de The Unseen est en amont : on a du mal à croire qu'un scénario si basique, pour ne pas dire banal, soit le fruit de pas moins de cinq personnes dont Steinmann lui-même, mais aussi Stan Winston (soit, plus connu pour ses maquillages et ses effets spéciaux puisque, outre ce film-ci, il ne collaborera qu'à un seul autre scénario avec "Le démon d'Halloween" en 1988) ; idem pour Thomas R. Burman (plus connu également pour les même travaux que Winston et qui ne réécrira quant à lui qu'en 1989 pour sa propre mise en scène : "Meet the Hollowheads"). Finalement, seule la présence à l'écriture de Kim Henkel paraît logique et transparaît à l'écran, ce dernier étant à la source scénaristique de "Massacre à la tronçonneuse" (ainsi que du "Crocodile de la mort" auquel on pense aussi par moments) jusqu'à son recyclage catastrophique qu'il mettra en scène lui-même en 1994 : Massacre à la tronçonneuse : la nouvelle génération avec Renée Zellweger et Matthew McConaughey. Bref, à ce niveau, il est assez probable que les apports de Stan Winston et de Thomas R. Burman soient obsolètes et ne tiennent qu'à l'idée de créer un monstre pouponesque suscitant à la fois terreur et empathie.
A charge encore au niveau de l'écriture, des considérations sur le personnage joué par Barbara Bach, enceinte, et dont on se farcit dans une indifférence quasi totale les scènes avec son compagnon et ses tourments personnels sur un avortement envisagé. Soyez rassurés à ce niveau, la morale chrétienne sera sauve !

 

 

Les plus gros défauts ayant été pointés du doigt, il convient maintenant de rendre globalement justice au film : difficile, en dépit des intermèdes sur la grossesse de Jennifer, ralentissant l'action car uniquement destinée à l'écarter du lieu assassin le temps que sa soeur et sa copine se fassent décaniller, ainsi que de la réserver pour un final assez dantesque, d'affirmer que l'on s'ennuie à la vision de The Unseen. Celui-ci est fort bien mené, prend le temps d'installer une atmosphère qui se fera peu à peu de plus en plus lourde, poisseuse, scabreuse et pas loin même d'être dérangeante. Idem pour les personnages dont les caractères sont assez peaufinés, permettant à Sydney Lassick (au sortir de L'incroyable alligator) et Lelia Goldoni ("L'invasion des profanateurs" version 1978) de composer un couple incestueux marquant et même un brin traumatisant. Il y a un désespoir palpable qui suinte du personnage de Virginia, sous l'emprise, malgré elle, d'un frère complètement taré. Il en ira d'ailleurs de même avec ce fils dégénéré qui fait forte impression dans une dernière bobine où Barbara Bach joue extrêmement bien le jeu de la terreur, cloîtrée dans la cave semi-obscure renfermant a priori la cruelle créature.
Ailleurs, la mise en scène est sobre mais sait faire preuve d'une belle efficacité aux moments venus, notamment lors de deux premiers meurtres assez tétanisants. Quant à Stephen Furst dans le "rôle-titre", longtemps invisible donc, il achève, comme sous-entendu plus haut, lors du dernier quart-d'heure, d'emmener ce petit horrifique déjà fort bien troussé un cran au-dessus de la mêlée, lui faisant mériter largement son petit coup d'oeil !

 

 

Mallox

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