Corruption, l'ordre et la violence, La
Titre original: The Glass House
Genre: Drame
Année: 1972
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Tom Gries
Casting:
Vic Morrow, Alan Alda, Clu Gulager, Billy Dee Williams, Dean Jagger, Kristoffer Tabori...
 

Jonathan Paige (Alan Alda), professeur de collège condamné suite à un homicide involontaire, est convoyé vers un pénitencier situé dans l'Utah. Dans le même véhicule, le jeune gardien Brian Courtland (Clu Gulager) est lui-même en partance pour ce même endroit.
Sitôt arrivé, le directeur de la prison (Dean Jagger) affecte Paige au dispensaire. Le problème de ce « traitement de faveur » reste que ce même dispensaire sert de distributeur illégal de médicaments pour certains prisonniers. Très vite, l'un d'eux, Hugo Slocum (Vic Morrow), prisonnier dangereusement violent, le sollicite afin d'avoir des plans tous droit issus de la pharmacie...

 

 

Adapté d'un roman de Truman Capote, The Glass House est avant tout l'une des nombreuses fictions réalisées par Tom Gries pour la télévision. La particularité post-tournage de celle-ci étant finalement qu'elle ait été exploitée en salles dans certains pays comme la France (où elle a même été présentée au Festival de Cannes) ou l'Angleterre, mais pas dans son pays d'origine. On peut facilement supposer que c'est parce que certains passages ont gêné les exploitants américains, que même la version télé fut, à l'époque, expurgée de pas moins de quinze minutes, ôtant à la pellicule toute sa violence physique qui pourtant en fait son fond.

 

 

Quoi qu'il en soit, il est surprenant, à connaître un tant soit peu la filmographie de son réalisateur, de découvrir à retardement cette pierre angulaire de son œuvre : plus connu pour ses fictions telles que "Will Penny, le solitaire", "Les 100 fusils", puis ses collaborations avec Charles Bronson telles que "Le solitaire de Fort Humboldt" ou "L'évadé" (ce dernier pouvant presque se voir comme un fantasme vis-à-vis de cette fiction), Tom Gries livrait ici un véritable pamphlet, une descente aux enfers sans retour ni rédemption possible.

 

 

Pour plus de justesse et d'immersion, ainsi que pour servir son propos, Gries décide donc en 1971 d'illustrer ce projet, scénarisé par Tracy Keenan Wynn ("Plein la gueule", "Les grands fonds, ...), en le tournant dans une véritable prison située dans l'Utah, se servant des détenus de l’établissement comme de figurants. Autant dire - outre quelques déboires de fin de tournage (*) - que cette volonté de livrer une œuvre frontale s'en trouve renforcée. La première moitié du (télé)film avance ainsi, en mode chronique, quasi-documentaire, pour prendre un virage féroce à mi-parcours, où le discours et la sentence du réalisateur se font sans appel : la justice est une salope.

L'ensemble est également construit sur les bases d'un double récit initiatique, la caméra suivant la plupart du temps deux hommes situés des deux côtés de la barrière : le premier, campé tout en sobriété par Alan Alda, est prisonnier, et va faire son chemin de croix ; le second est un jeune gardien recruté, joué avec par un Clu Gulager ("La revanche de Freddy", Chasse sanglante Feast...) avec une conviction tout à fait bluffante, passant de la désillusion à la lâcheté, puis du déni à la prise de conscience. Inutile de préciser que les deux personnages feront au final le même constat amer en plus de le subir, chacun de son côté.

 

 

Au milieu, plus menaçant que jamais, Vic Morrow, en chef de clan prêt-à-tout, compose un personnage flippant : ses valeurs se sont volatilisées depuis tant de temps que sa violence, pour arriver à ses fins, peut surgir à tout moment. Son ascension interne au sein de l'établissement pénitentiaire n'a finalement rien fait d'autre qu'asseoir sa suprématie avec l'aide régulière des geôliers. Ces mêmes gardiens se font du coup les complices de viols et de vengeances en tournant la tête puis en laissant les portes des cellules ouvertes un peu plus longtemps qu'à l'accoutumée, juste le temps que le méfait ait eu lieu.
Lorsqu'un détenu aura l'idée d'écrire un livre sur ses conditions d'emprisonnement, tout sera alors prêt pour que celui-ci se fasse dessouder, ce dans un intérêt partagé.

La seule petite échappatoire pour une issue pénale juste pour le prisonnier, viendra paradoxalement des tensions raciales, lesquelles feront qu'un chef de gang black (Billy Dee Williams, ici) finisse par aider un blanc menacé. A ce sujet encore, l'aide, après s'être faite attendre trop longtemps, viendra finalement davantage d'un sentiment de haine envers un concurrent, qu'émanant d'une véritable empathie pour autrui.

 

 

Pour parfaire ce parfait réquisitoire sur un univers carcéral jugé comme une institution-poubelle, du côté du jeune gardien, on devra apprendre (via le chef de l'établissement lui-même) que les meurtres horribles qui ont lieu dans l'enceinte servent le contribuable en auto-régulant le nombre de repris de justice...
Alors soit, certains pourraient trouver tout cela caricatural, il n'empêche que dans La corruption, l'ordre et la violence, tout fonctionne à plein régime au point d'en faire un film réellement marquant.

 

Mallox

 

En rapport avec le film :

* Dans les anecdotes à son propos, le réalisateur a maintes fois plaisanté avec les prisonniers, servant donc de figurants, en disant que le seul moyen de s'échapper serait de prendre Alan Alda en otage, ce qu'ils ont donc pris au mot puisque le dernier jour de prod, deux prisonniers ont pris en otage Alda avec un couteau sous la gorge, avant que ce dernier soit libéré par des gardiens.

# Le film est sorti chez Bach Films en janvier 2010.

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