Narcisse jaune intrigue Scotland Yard, Le
Titre original: Das Geheimnis der gelben Narzissen
Genre: Krimi
Année: 1961
Pays d'origine: Allemagne (RFA) / Grande Bretagne
Réalisateur: Ákos von Ráthonyi
Casting:
Joachim Fuchsberger, Sabina Sesselmann, Christopher Lee, Klaus Kinski, Albert Lieven, Ingrid van Bergen, Marius Goring, Walter Gotell, Jan Hendriks...
Aka: The Devil's Daffodil
 

Londres est frappé par une vague de crimes ; des jeunes filles travaillant dans des night-clubs sont assassinées à l'arme blanche par un mystérieux tueur, signant ses actes en répandant un bouquet de narcisses jaunes sur le corps de ses victimes. Une jeune asiatique se fait d'ailleurs estourbir sous nos yeux alors qu'elle téléphone en nuisette à Scotland Yard devant un vase plein de narcisses (triple erreur qui ne pouvait que lui être fatale).
Londres toujours, dans la zone de contrôle douanier - L'inspecteur (auprès d'une compagnie aérienne) Tarling, venu de Hong Kong, fait procéder à l'examen d'une cargaison de fleurs artificielles provenant de Chine et destinée à l'importateur Lyne. Les tiges des fleurs, de faux narcisses, contiennent de l'héroïne, mais la drogue est détruite dans une attaque à la dynamite à laquelle Tarling échappe de justesse. Il est secouru par son subordonné chinois Ling chou, qui l'a précédé à Londres afin d'enquêter sur ce trafic de stupéfiants. En poursuivant son enquête dans les bureaux de la Lyne and Co, Tarling fait la connaissance d'une jeune secrétaire, Anne Rider, qui dans l'entreprise est la seule à se souvenir de l'existence de l'ordre d'expédition de la cargaison fatale. De son côté, Raymond Lyne, le PDG, tout comme Milbourgh son bras droit, affirme ne jamais avoir passé cette commande et les deux en rejettent la faute sur un employé absent qui sera repêché peu de temps après, noyé, dans la Tamise...

 

 

Dans la planification originale des "Edgar-Wallace-Filme" Rialto Le Narcisse jaune intrigue Scotland Yard devait succéder à L'archer vert mais le scénario concocté par Egon Eis (qui était, en quelque sorte, le scénariste principal de la franchise débutante, sous le pseudonyme de Trygve Larsen) déplut à Horst Wendlandt (qui venait de succéder à Preben Philipsen à la tête de la branche allemande de la Rialto) qui le fit remanier plusieurs fois par Eis, au grand déplaisir des deux hommes qui entretenaient des rapports assez glaciaux. Ici je fais une pause pour apprécier ce jeu de mots bilingue.
La production du métrage prit un tel retard que c'est finalement Les mystères de Londres, initialement prévu pour succéder au présent film, qui fut tourné en premier (pour la petite histoire, Wendlandt commanda une adaptation du film Les mystères de Londres à la fois à Eis et à Werner Jörg Lüddecke, le scénariste du "Tigre du Bengale", mais dû reconnaître que la version de Eis était supérieure).
Du fait de ce retard, le réalisateur et le casting envisagé furent modifiés à plusieurs reprises quand un événement imprévu changea complètement la donne.

 

 

Quand, début 1960, Preben Philipsen acheta l'ensemble des droits d'adaptation des romans d'Edgar Wallace à sa fille Penelope, il le fit par l'intermédiaire de Basil Dawson, un auteur britannique qui grenouillait dans les milieux cinématographiques. Un an plus tard, l'obscur Dawson mit en contact la Rialto avec une tout aussi obscure maison de production britannique, la Omnia Pictures, désireuse de coproduire avec les Allemands un film tiré de l’œuvre d'Edgar Wallace, à condition que celui-ci fût tourné, en plus de la version allemande, en version anglaise (les anglophones étant allergiques au doublage) et à Londres. Malgré le manque de références (et de moyens) de ses partenaires et les probables difficultés liées à un tournage en deux versions linguistiques, Wendlandt sauta sur l'occasion de tourner un Krimi in situ (les images des rues londoniennes filmées pour l'occasion seront réutilisées par la suite dans la plupart des Krimis en noir et blanc) et d'en finir enfin avec la production du Narcisse jaune intrigue Scotland Yard. La délocalisation britannique du tournage posait d'autant moins de problèmes à la Rialto que celle-ci, ne possédant aucun studio en Allemagne, était obligée pour ses films de louer ceux de la Real-Film à Hambourg, puis plus tard de la CCC à Berlin-Ouest. La dernière mouture du scénario de Eis fut donc utilisée, traduite par Dawson pour la version anglaise et finalisée par Wendlandt pour la version allemande.

 

 

Du fait d'un budget assez limité, les deux versions furent tournées en même temps avec le même casting, hormis les trois acteurs principaux à savoir : Joachim Fuchsberger, Sabina Sesselmann et Klaus Kinski pour la version allemande (celle qui concerne notre critique) et trois quasis inconnus (qui le sont restés) pour la version anglaise. Pour le reste, on rameuta tout ce qu'il y avait, plus ou moins, de bilingues disponibles, soit les germano-britanniques Albert Lieven, Marius Goring et Walter Gotell, et le naturellement polyglotte Christopher Lee. Notons que, contrairement aux trois autres, Gotell, bien que né Allemand, est doublé dans la version tudesque. Dans le même ordre d'idées, on embaucha comme réalisateur le vétéran hongrois Ákos Ráthonyi qui, depuis la fin des années 40, travaillait en Allemagne (où il s'était spécialisé dans les comédies à petit budget) et résidait à Londres.
Si le film n'eut pas trop à souffrir, bien au contraire, de ce casting imposé par des conditions particulières, on n'en dira pas autant de la mise en scène. Pourtant, la quasi-absence d'acteurs récurents du genre (hormis Fuchsberger et donc Kinski) est ce qui saute le plus aux yeux. Enfin, c'est surtout, hérésie s'il en fut, l'absence d'Eddi Arent qui choque. Car, non seulement Eddi Arent est absent (Le Narcisse jaune intrigue Scotland Yard est le seul Krimi Rialto "noir et blanc" sans lui), mais en plus il n'y a pas de rôle à la Eddi Arent (l'anglo-allemand Chris Howland devra donc attendre l'année suivante pour débuter sa cariée d'ersatz d'Arent).

 

 

L'humour n'est pas pour autant totalement absent, mais plus léger qu'à l'habitude (les mauvaises langues diront que c'est bien la preuve que le film n'a pas été tourné en Allemagne). Il est pour l'essentiel concentré dans les répliques d'un personnage tout sauf bouffon (et qui est même le véritable héros du métrage), celui du détective chinois. Même si ce n'était pas son premier (et encore moins son dernier) rôle d'asiatique, il faut reconnaître que Lee, qui l'incarne, n'est pas physiquement très crédible. Mais si dans les "Fu Manchu" (par exemple), son charisme naturel ne parvient pas toujours à compenser le ridicule de ses rôles, ici, une fois que l'on a accepté le "postulat" de son improbable origine, reconnaissons aussi que nous avons là une de ses meilleures prestations, son jeu... disons concentré, convenant particulièrement au personnage.
Klaus Kinski, dans un rôle plus étoffé que dans ces deux précédents Krimis, est (n'ayant pas peur des mots) impérial. Fuchsberger est comme à son habitude, c'est-à-dire excellent, et le seul reproche que l'on puisse faire à Sabina Sesselmann c'est d'être moins jolie que Karin Baal (à laquelle elle ressemble beaucoup). Notons aussi que Jan Hendriks tourne ici dans son premier "Edgar-Wallace-Filme", et dans un petit rôle assez anodin il parvient à se faire remarquer.

 

 

Résultat de tout cela, Le Narcisse jaune intrigue Scotland Yard est donc un Krimi ni franchement atypique ni réellement orthodoxe, qualitativement dans l'honnête moyenne du genre : bien joué, bénéficiant d'un scénario relativement limpide tout en révélant une surprise quant à son aspect whodunit, mais hélas très platement réalisé et même très maladroitement pour toutes les scènes d'action.
Le Narcisse jaune intrigue Scotland Yard est d'ailleurs l'un des Krimis les plus giallesques dans l'esprit, avec son assassin psychopathe aux mains gantées trucidant des jolies filles à l'arme blanche, mais aussi l'un des plus éloignés du (ou plutôt de ce que sera le) Giallo dans l'esthétique, les scènes de meurtres étant assez lamentablement foirées.
Si l'on en croit ses résultats au box-office (pour l'anecdote ce sera le dernier film distribué par la Prisma-Film avant son absorption par l'autre réseau de distribution de Preben Philipsen, Constantin-Film), le public allemand jugea que ses qualités l'emportaient largement sur ses défauts et, parmi les Krimis, Le Narcisse jaune intrigue Scotland Yard ne sera dépassé en nombre de spectateurs que par Le Requin harponne Scotland Yard.

 

 

Sigtuna



En rapport avec le film :

# La version anglaise (ayant sombré dans l'oubli) est aujourd'hui totalement invisible et n'a apparemment jamais connu de sortie vidéo sur quelque support que ce soit. Il semble néanmoins qu'un public francophone (en l'occurrence belge) ait pu la voir en salles dans les années 60 (si l'on en juge par cette affiche) sous un titre différent (étrangement, la traduction littérale du titre allemand) de celui de la sortie française de la version allemande.

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