Unique survivante, L'
Titre original: Sole Survivor
Genre: Horreur , Fantastique
Année: 1983
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Thom Eberhardt
Casting:
Anita Skinner, Kurt Johnson, Robin Davidson, Caren L. Larkey, Andrew Boyer...
 

Productrice pour la télévision, Denise Watson est la seule rescapée d'un crash aérien on ne peut plus mortel. Depuis l'accident, même si Denise ne se sent pas coupable d'être vivante, elle se sent comme prise au piège, traquée et poursuivie, de l'intérieur comme de l'extérieur. Elle a beau faire part à son ami Brian de son sentiment, ce dernier, psychiatre de métier, est convaincu qu'elle est victime du syndrome du survivant qui consisterait à se sentir à la fois coupable, puis à prendre des risques inutiles, comme pour se mesurer à nouveau avec le danger de mort. Si ce n'était que psychique, finalement, tout irait bien... Seulement, outre le fait qu'elle soit régulièrement contactée au téléphone par une actrice qu'elle croise parfois dans le cadre de son travail, laquelle a non seulement prédit le crash, mais semble aussi la prévenir d'autres dangers (d'éventuelles intrusions chez elle la plupart du temps), voici que les gens qui l'entourent commencent à mourir de façon peu naturelle. Dans le même temps, Denise croise de plus en plus de figures fantomatiques, comme des gens morts. Chose encore plus curieuse, durant l'autopsie des victimes, le médecin-légiste constate que ces gens ne sont pas morts allongés comme c'est logiquement et manifestement le cas, mais debout, tout le sang de leur corps ayant été drainé dans leurs jambes...

 

 

Vaguement adapté du livre de James Herbert ("Fog", The Rat"), "Le survivant", (déjà illustré en 1981 par David Hemmings avec Le survivant d'un monde parallèle), Sole Survivor est mis en scène en 1982 par le réalisateur-scénariste Thom Eberhardt. L'unique survivante est son premier film. Il sera suivi par la plus explicite Nuit de la comète ici chroniquée, ainsi que divers travaux, le plus souvent des petits budgets, pour le cinéma ("The Night Before" avec un Keenu Reeves encore débutant, "Elémentaire, mon cher... Lock Holmes" avec Michael Caine et Ben Kingsley,"Naked Fear" en 2007...), puis pour la télévision. Finalement, du cinéma au roman, comme du roman au cinéma, il existe régulièrement des chassés-croisés tout faits d'emprunts, l'un puisant dans l'autre, parfois sans vergogne : à ce propos, il convient de préciser qu'à l'instar d'un "Fog" (écrit en 1975) du même auteur, auquel on reprocha de trop s'inspirer du "The Crazies" de George A. Romero, "The Survivor" semblait puiser lui aussi à la source cinématographique et télévisuelle. Ecrit en 1976, le roman de Herbert prenait entre autres, dans le "Sole Survivor" de Paul Stanley, réalisé quant à lui pour la télévision en 1970 (le seul survivant d'un bombardier ramenait un équipage quelques années plus tard, lequel devenait victime des fantômes du vieux crash) ; tout comme il semblait aussi piocher allègrement dans un pan du cinéma des non-morts, de manière trouble, mélangeant perceptions altérées et danger réel dont la logique défierait l'absurde. Un élément que Thom Eberhardt capte parfaitement, déviant le roman initial, l'amenant vers un récit plus vénéneux mais aussi plus connu...

 

 

A la vision de L'unique survivante, on fait très vite le rapprochement... L'on se souvient de Candace Hilligoss, unique survivante d'un accident de voiture, s'installant dans une petite ville de Salt Lake City, avant d'être assaillie de visions cauchemardesques venues du monde des morts : le fameux et très réussi Carnival of Souls. Et c'est là finalement que ça devient intéressant car, en empruntant fortement au film de Herk Harvey, Thom Eberhardt, un brin en retard (nous sommes en 1982 lorsque la production du film débute), s'inscrit dans tout un pan du cinéma horrifique atmosphérique. Soit, il y a indéniablement du Carnaval des âmes ici-même mais l'on pense également à d'autres films ayant des particularités similaires : Let's Scare Jessica to Death, dans lequel une jeune femme, suite à un deuil, emménageait dans une petite ville, évoluant alors dans un univers entre vie et mort, rêve et réalité, ou bien encore Messiah of Evil, avec son héroïne arrivant dans une petite bourgade isolée au bord de l'Océan Pacifique dans laquelle les habitants se regroupaient la nuit, les yeux hagards, parfois de façon assassine. Les films de John D. Hancock puis de Willard Huyck & Gloria Katz puisaient eux aussi à leur manière dans Le Carnaval des âmes, ce avec bonheur. C'est aussi ce que tente de faire le réalisateur, Herbert probablement aussi, en amont...

 

 

En l'état, et au regard de son petit budget, L'unique survivante est une réussite. Sans doute moins stylisé que ses prédécesseurs mais non moins intrigant, trouble, mortifère et prenant, ce avant de laisser le spectateur seul avec lui-même, Sole Survivor fait preuve d'un sens du récit assez infaillible et qui, en tout cas, s'avère extrêmement immergeant.
L'on se surprend, à sa vision, à s'interroger sur les motivations de la mort, puis de ces "morts-vivants" qui, tour à tour, se relaient comme pour reprendre leur dû : une personne faisant logiquement partie de leur communauté. "La mort venue reprendre son dû" évoque bien entendu également la série des "Destination finale" et ses panoplies lassantes à force de "morts en tout genre" comme seul concept imaginaire, mais on est loin d'un traitement aussi sanglant. Comme suggéré peu avant, on évolue ici dans un onirisme épuré, avec un sentiment de danger constant, puis de paranoïa dans la mesure où non seulement le personnage principal est en danger, mais aussi toutes les personnes étant en contact avec lui ou croisant sa route. Un pari qui par ailleurs s'avère payant puisque de fait, il est impossible d'anticiper sur les événements... tout peut arriver !
Il n'y a, par exemple, aucune raison tangible qui explique pourquoi la voisine de Denise, en visite amicale, la cherchant chez elle, se fait noyer dans la piscine. De même pour ce simple chauffeur de taxi qui paye de sa vie une simple course. Aucun d'eux n'est lié à l'accident d'avion comme aucun d'eux ne la connaît.

 

 

C'est cette irruption des morts, autant irrationnelle que meurtrière, additionnée d'idées astucieuses, qui contribue à la réussite de Sole Survivor qui, par bien des aspects, semble finalement sortir de l'univers Lovecraftien. Le film parvient toutefois à s'extirper de ses influences, du coup, même en le prenant comme un remake pur de Carnival of Souls, voire un plagiat, il fonctionne encore. Outre qu'il parvienne à s'inscrire formellement dans l'époque du slasher via ces meurtres surgissant de nulle part, L'unique survivante n'est pas un film qu'on peut qualifier de "très sanglant". A contrario, le script est parfaitement huilé et rempli d'idées ingénieuses restant en mémoire bien après vision : cette femme qui se taille les poignets, s'en va rejoindre le monde des morts afin de pouvoir la perpétuer elle-même, ce, avant de se replonger dans sa funeste baignoire, est un singulier morceau de cinéma dégénéré, malsain, venimeux. L'issue y est aussi surprenante qu'inéluctable.

Niveau atmosphère, Sole Survivor se fait très souvent silencieux et seules des nuits orageuses sont annonciatrices, tout comme ce sentiment de danger croissant, dû à une progression dramatique bien distillée et un parcours presque gradué : le danger semble, en début de bobine, quasi méprisable (il s'agit uniquement de gens que l'héroïne croise, des gens restant figés, en pleine rue, soutenant le regard, la toisant), mais le malaise va grandissant et fait place, petit à petit, à des agressions plus explicites, avant seulement de sous-entendre le mobile et la raison d'être de tout cela. Un script un peu à l'image de la maison de Denise (très bien exploitée), au sein de laquelle, celle-ci, se sentant menacée, déambule, lentement, explorant chaque pièce, l'une après l'autre, pour voir, au moment où l'on ne s'y attend plus, la mort surgir violemment par la fenêtre, explosant tout sur son passage. Mais je n'en dis pas plus...

 

 

Concluons en soulignant l'excellente performance d'Anita Skinner qui semble absorbée par son rôle ; d'autant plus qu'elle joue une femme on ne peut plus ordinaire, happée dans un monde déréglé, un monde dans lequel les frontières sont devenues invisibles, des repères manquant, laissant un sixième sens faire office de pressentiment à propos d'un danger qu'on ne peut nommer mais dont l'issue est pourtant connue d'avance.
Finalement, avec ses faux-airs issus de la décennie précédente, si Sole Survivor arrive sans doute un peu tard pour prétendre au statut de classique, il n'en demeure pas moins une tentative à la fois louable et pour le coup, transformée.

 

Mallox

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