40 hommes à battre
Titre original: North Dallas Forty
Genre: Comédie , Drame
Année: 1979
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Ted Kotcheff
Casting:
Nick Nolte, Mac Davis, Charles Durning, Dayle Haddon, Bo Svenson...
 

La femme d'un joueur vétéran l'éloigne de l'univers violent et masculin du football américain professionnel. Il va se trouver en conflit ouvert avec les dirigeants de son équipe. Une peinture fidèle de la vie d'un footballeur américain et de sa rébellion contre un milieu professionnel impitoyable.

 

 

Une sacrée plongée dans l'univers du football américain pour un film qui, à son niveau et à sa manière frontale, pourrait être l'équivalent de notre "Coup de tête" national. Ici, rien de glamour, on est loin de la gaudriole distrayante façon "La Castagne" de George Roy Hill avec Newman, tout n'est que jalousie, coups de putes, les joueurs sont dopés sans vergogne pour éviter les douleurs et être en état de jouer, ils ne sont plus que des numéros sur un tableau, voués à être rattrapés physiquement une fois leur carrière finie. Mais contrairement aux chevaux, on ne les achève pas, on les use jusqu'à la moelle avant de rompre leur contrat en les accusant par exemple d'usage de stupéfiants tandis qu'on les gave de drogues dures ailleurs. Ainsi, du jour au lendemain, ils peuvent passer du statut de star indétrônable à celui de déchet d'une industrie pourrie de A jusqu'à Z.

 

 

La peinture est amère, cynique, acerbe. Les joueurs ne sont pas pour autant des exemples et ne sont rien d'autre que des beaufs tout juste bon à picoler jusqu'à-plus-soif, à se battre pour draguer lourdement une femme.
Dans North Dallas Forty, chaque lendemain est difficile et, comme le personnage principal, frimeur, gouailleur, fort en gueule, lâche, opportuniste et junkie, si l'on dort plus de deux heures d'affilée par nuit, c'est un événement. Les sacrifices de chacun se résument à une phrase dite : "A force de faire comme si tu étais un autre, tu deviens un autre". Les individualités n'existent plus en dehors du monde du football. Un univers quasi carcéral dont ont ne sort que si l'on est éjecté en haute instance, toujours pour des raisons pécuniaires.

 

 

40 hommes à battre est un film marquant, d'une noirceur hallucinante et, à le (re)découvrir, il assoit le fait que Ted Kotcheff est un réalisateur à part, loin de l'étiquette post-"Rambo" collée. Un point de vue finalement plus européen, c'est-à-dire sans héros, évoluant non loin d'un Verhoeven par exemple. On peut ainsi rapprocher celui-ci d'un "Showgirls" et son univers laid et vulgaire dépeint à hauteur du milieu, soit de manière laide et vulgaire.
On évolue non loin également de l'univers d'Aldrich et de son "Bande de flics" avec aussi Charles Durning ici-présent : ça commence comme une comédie potache avec des blagues au ras des pâquerettes, des bastons minables. Chaque phrase est ponctuée d'insultes de bas étage et il n'y a rien pour relever le niveau. La seule noblesse qui émergera au final est celle d'une prise de conscience puis d'une rébellion, mais sera aussi les conséquences d'un esprit individualiste malmené. A ce niveau, la sombre bobine de Kotcheff évite la comparaison avec un autre Aldrich, "Plein la gueule", lequel évoluait d'avantage dans l'univers carcéral, mettant en lice des "gueules", à la fois pour déployer son propos mais sans oublier d'offrir au spectateur sa distraction musclée.

 

 

North Dallas Forty fait mal, distille petit à petit un malaise persistant. Ce qui ressemble de prime abord à une chronique crue avec un humour à double-tranchant, vire de manière assez étrange au thriller trouble, l'ambiance étant soulignée de manière talentueuse par la partition anxiogène de John Scott.
Pour donner un petit aperçu de ce que North Dallas Forty recèle, il suffit de citer la seconde scène du film : Kotcheff s'autocite et reprend la scène de chasse au kangourous de "Wake in fright", sauf qu'il s'agit de joueurs complètement bourrés se faisant un safari en caisse, riant de manière grotesque et tirant au fusil sur tout ce qui bouge, oiseaux, vaches... La suite montrera qu'il s'agissait là finalement d'un des seuls moments de détente de ces footballeurs peu reluisants.


A noter enfin l'implication de deux ex-stars de ce sport ici illustré, Mac Davis et John Matuszak, ainsi que celle du réalisateur au scénario. Ce dernier point finit d'expliquer qu'il s'agit sans doute aucun d'un de ses films les plus personnels, en plus d'être l'un de ses plus percutants. Il apparaît même comme une sorte de chaînon manquant indispensable pour bien appréhender la trajectoire et la sensibilité singulière d'un réalisateur trop souvent minoré et que l'on semble, le temps passant, devoir remettre en perspective en le rehaussant de plusieurs niveaux.

 

 

Mallox

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