Asylum
Genre: Sketchs
Année: 1972
Pays d'origine: Angleterre
Réalisateur: Roy Ward Baker
Casting:
Robert Powell, Peter Cushing, Charlotte Rampling, Herbert Lom...
 

Beaucoup de beau monde pour cette production Amicus de 1972, réalisée par le très "hammerien" Roy Ward Baker d'après un script de Robert Bloch (l'homme qui écrivit "Psychose"), et comprenant au casting des gens comme Peter Cushing, Herbert Lom, Charlotte Rampling et Britt Ekland... C'est qu'en cette début de décennie 1970 la Hammer commençait à tanguer, et qu'une place de choix pouvait éventuellement se libérer dans le créneau de l'horreur britannique. Alors autant mettre toutes les chances de son côté...
"Asylum" est un film à sketch conçu un peu différemment des autres films du même type. Car ici le fil rouge, ingrédient indispensable, tend à prendre autant d'importance que les sketchs, justifiant ceux-ci par un moyen un peu plus élaboré qu'à l'accoutumée. Le docteur Martin (Robert Powell, qui se fera plus tard remarquer dans l'opéra rock "Tommy" et dans l'australien "Harlequin") vient passer un entretien d'embauche dans l'asile tenu par le docteur Rutherford et par le docteur Starr. Enfin qui le fut, car Rutherford est désormais seul aux commandes, depuis que Starr est lui-même devenu fou et s'est retrouvé enfermé dans son propre asile. Pour être embauché, Martin doit déterminer lequel des quatre patients enfermés est le docteur Ross, sachant que celui-ci se fait désormais appeler par un autre nom et s'est inventé son propre passé dans une logique de dédoublement de la personnalité. C'est donc en écoutant les quatre différents récits ayant amenés ces malades à l'asile que Martin devra faire son choix. Et bien entendu, ce seront ces récits qui constitueront les sketchs du film.

 

 

Le premier d'entre eux est une histoire assez classique de mari découpant sa femme en morceaux pour pouvoir fuir avec sa maîtresse. Bien entendu la défunte épouse se sera fait remarquer avant la fuite des deux vilains, ses membres découpés étant préalablement revenus à la vie pour se venger... Pas très passionnant, d'autant plus que ces membres demeurent solidement emballés dans du papier tout au long de l'épisode et ne présentent donc pas les attraits gores auxquels on était en droit de s'attendre. Heureusement, la mise en scène de Roy Ward Baker se fait très efficace, très fluide, et la caméra se déplace à la perfection dans le lieu de la vengeance (une cave), parvenant au moins à créer un minimum de tension.
Plus intéressant sera le second épisode, celui dans lequel apparaît Peter Cushing, un aristocrate s'étant ruiné pour acheter un livre (que l'on peut très bien penser être le Necronomicon de Lovecraft) donnant le moyen de faire revivre un mort. En l'occurrence le fils du personnage de Peter Cushing, qui reviendra à la vie sitôt qu'il sera revêtu d'un costume composé d'une étrange étoffe luisante, dont la création pleine de contraintes fut confiée au bons soins d'un tailleur proche de la banqueroute. Mais rien ne se passera comme prévu, et le tailleur, quand il découvrira le pourquoi de la confection de ce costume bizarre, se rebellera...
On nage ici en plein gothique : tout l'épisode se déroule de nuit, dans des décors représentant la pauvreté sociale, filmés tout en décadrages, ce qui donne un cachet assez "victorien mystérieux" à l'ensemble. Les quelques éclairages présents à l'écran sont faits de candélabres, et le personnage de Cushing pourra faire un peu penser au Verden Fell de la Ligeia d'Edgar Poe. Bien sûr, la durée réduite du sketch ne permet pas beaucoup d'extrapoler, et tout se passera très vite, avec un rebondissement final assez téléphoné mais ne venant pas ternir ce qui est sans doute le meilleur sketch de cet "Asylum".

 

 

Passons maintenant au tandem Charlotte Rampling / Britt Ekland, la première campant un personnage de femme faible rentrant chez elle après un passage dans un hôpital pour se rendre compte que son frère et que son infirmière sont bien décidés à la séquestrer, voire, comme le suggère sa meilleur amie Lucy (Ekland), à lui voler son héritage en la faisant passer pour folle. Et les deux femmes de tenter alors de fuir la maison, éloignant leurs tortionnaires... Rien de bien palpitant là non plus, tout est trop sage, et le twist final est de ceux qui nous ont souvent été resservis ces dernières années. C'est dire si le spectateur comprendra tout dès le début. Reste donc un épisode mollasson, pas très folichon.
Enfin, le quatrième et dernier sketch ne sera pas un flash back, mais se déroulera devant le docteur Martin, à l'asile où un certain docteur Byron fut enfermé en raison de sa volonté de donner vie à ses poupées, en réalité des modèles réduits à l'effigie des anciens collègues de Byron dans lesquels le bon ex-docteur aurait placé des organes humains. Son objectif est désormais de parvenir à transférer son esprit dans sa propre poupée, celle qui porte son visage... Bien sûr, puisque c'est le seul patient à être directement connecté à l'asile (sans flash-back) et à la médecine, on se dit que le fameux docteur Starr que l'on recherche ne peut être que lui. Peut-être bien... Le final du film à tendance pré-Puppet Master viendra répondre à cette question sans omettre de placer un ultime rebondissement venant clore l'ensemble d'une façon ironique qui fera école dans le milieu des séries télévisées ou des anthologies horrifiques.

 

 

Asylum est un film assez moyen, plutôt déséquilibré, et en réalité sans grandes surprises. La faute peut-être à ses recettes trop évidentes et à des scénarios pas forcément très bien construits. Roy Ward Baker, en vieux routier de l'horreur, tirera le tout le plus haut qu'il peut par sa mise en scène souvent inspirée, sans que ça n'aille non plus chercher loin. On regrettera aussi que le beau casting soit dilué dans ces historiettes bancales, ne permettant pas aux acteurs d'étaler leurs talents ou leurs charmes. Bilan très mitigé, donc.

Note : 4/10

 

Walter Paisley
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