Collines Nues, Les
Titre original: The Naked Hills
Genre: Western
Année: 1956
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Josef Shaftel
Casting:
David Wayne, James Barton, Marcia Henderson, Keenan Wynn, Jim Backus, Denver Pyle, Fuzzy Knight, Frank Fenton, Jim Hayward...
Aka: Colline nude (Italie) / Las colinas desnudas (Espagne) / Alastomat vuoret (Finlande) / A Febre do Ouro (Portugal)
 

En 1849, en pleine ruée vers l'or, Tracy Powell part tenter sa chance en Californie avec son ami Bert Killian. Avec la concurrence difficile, les deux prospecteurs parviennent à trouver juste de quoi survivre. Tracy repart alors chez lui, se marie, et se met à mener une vie paisible dans sa ferme. Mais la fièvre de l'or le reprend, et il repart à l'aventure, au milieu des voleurs, escrocs, et autres bandits...

 

 

The Naked Hills commence sur les chapeaux de diligence avec ce cow-boy traversant au grand-galop les grands espaces pour venir annoncer sa trouvaille : un précieux filon d'or, juste avant que la Une du journal local vienne se substituer à lui, soulignée par une voix off replaçant les choses dans leur contexte : celui de la ruée vers l'or. À pied, à cheval mais pas encore en voiture, Les Collines nues s'avère être une heureuse et sympathique surprise. Il n'est certes pas le premier ni le dernier western à évoquer la fièvre de l'or, mais il a un avantage sur certains, dont même le très pesant "La Ruée vers l'Ouest" (Cimarron, 1960) d'Anthony Mann (cinéaste pourtant inspiré par le genre qui nous concerne), celui de ne pas chercher à tout prix le spectaculaire pour se concentrer sur l'aspect plus documentaire de ce rêve lointain qui, pour la majorité, tourna au pur cauchemar. Il y a une scène qui, à elle seule, résume parfaitement ce désenchantement : lorsqu'un des protagonistes, à peine arrivé, découvre immédiatement un peu d'or, ses rêves sont directement brisés par le discours d'un vieux briscard, là depuis longtemps, lui expliquant les efforts de chaque instant et les sacrifices, même corporels, que représente cette quête infernale.

 

 

The Naked Hills est accompagné d'une jolie partition signée Herschel Burke Gilbert ("Le Bandit" d'Ulmer, "Comanche" de George Sherman, mais aussi ces deux chefs-d’œuvre tardifs que sont "La cinquième victime" puis "Invraisemblable vérité", tous deux de Fritz Lang), avec même de petits thèmes classiques repris à l'harmonica autour d'un feu de camp dont celui de Oh My Darling, Clementine. À ce propos, il convient, même s'il s'agit d'un détail qui n'ôte rien des qualités de ces Collines nues, de préciser qu'il s'agit d'un sacré anachronisme musical : en effet, écrite en 1884 et bien que s'inspirant d'une chanson plus ancienne composée en 1863 par H. S. Thompson (et narrant justement l'infortune d'un chercheur d'or qui aurait emménagé avec sa fille Clémentine dans un canyon avant que cette dernière ne se noie dans le lac le bordant), on se retrouve téléporté dans le temps en cette année 1849, date à laquelle se situe ici l'action.

Soit, à charge légère, The Naked Hills se fait parfois un brin naïf et souffre de deux ou trois longueurs dues à un romantisme forcé. Ceci étant, il faut admettre qu'il s'agit aussi d'une constante faisant partie intégrante d'une époque et que, même dans des classiques considérés comme modernes, voire précurseurs fut un temps, car pro-indiens, tels que "La flèche brisée" de Delmer Daves (autre spécialiste du genre qui exploitera à sa manière le filon de l'or), l'action est souvent ralentie par ces épisodes qui aujourd'hui peuvent paraître bien désuets.

 

 

Mais dans son ensemble, Les Collines nues est un assez bon film : correct au niveau des péripéties mises en scène, plutôt riche au niveau thématique (la quête, l'identité, l'amitié, la désillusion, les trahisons, les saisons qui passent et ces chercheurs d'or qui stagnent, etc.), relativement bien rythmé également, et bien campé par des acteurs que l'on ne connait pas toujours très bien. David Wayne y est convaincant quoique inégal selon les situations (l'un de ses premiers films fut le superbe "Le portrait de Jennie" de William Dieterle, on le reverra plus tard et entre autres dans Le Mystère Andromède). Difficile ne pas toucher un mot sur le toujours parfait Keenan Wynn (Warning Shot, Ce salaud d'inspecteur Sterling, L'uomo dagli occhi di ghiaccio, La pluie du diable, Piranhas, Onde de choc,...) et qui, surprise, est ici parfait (dans un rôle toutefois en retrait et arrivant relativement tardivement à l'écran). Le troisième maillon fort de The Naked Hills reste le tout aussi imposant James Barton (le sublime "La ville abandonnée" de William A. Wellman mais aussi Quantez ici chroniqué) qui, à force d'obstination malchanceuse, réussit à lui seul à faire passer les notions de temps, de désillusions puis de mélancolie. Inutile de s'attarder sur Marcia Henderson ("Le justicier impitoyable" de Joseph Pevney, "The Hypnotic Eye" de George Blair...), laquelle ne démérite pas, mais qui aurait mérité qu'on la fiche à laver les gamelles de tous ces bons cow-boys au lieu de la seller dans un rôle de pouliche destinée à ralentir ou pourrir le film. Salope !)

 

 

Pour finir, précisons que l'on doit cette petite réussite à Josef Shaftel, vacher-filmeur qui fit du rodéo dans le milieu du cinéma, bondissant même du rôle de réalisateur (Les collines nues est son second et dernier film après son thriller "No Place to Hide" tourné l'année d'avant) à celui de scénariste ("La bande à César", un épisode de la série "Lassie"), puis de producteur (La dernière grenade, "Goodbye Gemini", "The Spiral Staircase" version Peter Collinson), après avoir commencé sa carrière comme violoncelliste sur pas moins de trois films : "Les corsaires de la terre" (Wild Harvest, 1947) de Tay Garnett, "Chaînes du destin" (No Man of Her Own, 1950) de Mitchell Leisen puis "Tonnerre sur le temple" (Thunder in the East, 1951) de Charles Vidor, interprété par le mythique "Shane" du film éponyme, à savoir ce nain blond doté d'une grosse tête posée sur un tout petit corps : Alan Ladd.

Que ces futiles considérations émanant d'un sioux peinturluré ne vous empêchent en aucune manière d'aller jeter un coup d’œil sur cette petite chose qui, soit, n'est pas une pépite du genre, mais qui, du haut de ses 70 minutes, offre suffisamment de plaisirs pour qu'on prenne le temps de s'y arrêter. Comme dans un petit campement où, alors que vous creviez la dalle, on vous accueillerait autour d'un feu, à partager un coyote rôti accompagné d'un bon petit jus de chaussette, en plus de quelques fayots qui ne manqueront pas de faire sursauter vos hôtes pour causes de quelques détonations nocturnes intempestives.

 

 

 

Mallox



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