All the Sins of Sodom
Genre: Erotique , Drame
Année: 1968
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Joseph W. Sarno (Joe Sarno)
Casting:
Dan Machuen, Sue Akers, Maria Lease, Morris Kaplan, Marianne Prevost, Peggy Steffans, Cherie Winters...
Aka: All the Evils of Satan
 

Henning, photographe de mode, est avant tout un être sensible doté d'une vision aussi noble qu'artistique de son métier. Encouragé par un agent littéraire, il décide de se lancer dans le projet d'un livre pharaonique, basé sur ses clichés de nus dans des poses lascives, érotiques, provocantes. Pour atteindre cette perfection suprême, la beauté et la captation du vrai, il a construit avec Leslie, son modèle de prédilection, un équilibre solide, basé sur la connivence, la compréhension, une amitié et un amour platonique se situant toujours à bonne distance. Mais cet équilibre si ardemment acquis va se trouver menacé dès lors que Joyce, mystérieuse jeune femme à la sensualité irrésistible, va faire son apparition jusqu'à s'immiscer dans cette amitié. Après avoir séduit une autre de ses modèles, celle-ci semble, telle une tarentule énigmatique, ténébreuse et manipulatrice, tisser petit à petit sa toile, profitant de l'égo boursouflé du photographe ainsi que de son aveuglement, pour le duper...

 

 

Tout à la fois provocateur, choquant et sensuel, All the Sins of Sodom fit sensation à sa sortie, en 1968. On le doit à Joe Sarno dont c'est pourtant loin d'être le premier film : sa carrière commence aux débuts des années 60 avec des films érotiques autant culottés que racoleurs, ceux-ci convoquant, sous couvert de drames et de psychologie, l'instinct voyeur du spectateur. Une sorte d'alibi culturel à la fois sournois, sincère et efficace. Ainsi tourne-t-il dans une belle indépendance "Lash of Lust" (1962), "Sin in the Suburbs", "Warm Nights and Hot Pleasures", tous deux en 1964, puis "Flesh and Lace" (1965), à une époque où l'érotisme était largement confiné au seul nudie cutie et où les Barry Mahon et autres Dorish Wishman réduisaient le script de leurs bobines à de squelettiques prétextes pour défilés de naturistes dans des nudies souvent très répétitifs, tout sympathiques qu'ils soient. All the Sins of Sodom n'est pas, loin s'en faut non plus, le dernier film de Joseph W. Sarno qui, outre de livrer d'autres petits classiques du softcore tels que Young Playthings avec Christina Lindberg en 1972, tournera "Deep Throat Part II" avec Linda Lovelace en 1974, "Bibi la dévoreuse", "Butterfly Erotica" ainsi que le très réputé "Abigail Lesley Is Back in Town" en 1975.

 

 

Plus axé sur l'érotisme que sur le porno, liberté des moeurs aidant, il bifurquera de temps en temps vers le hardcore, autant mu par un probable militantisme que par la volonté de surfer sur un filon ayant alors le vent en poupe ("Butterflies" en 1975, "Inside Jennifer Welles" en 1977). On le connait aussi pour pratiquer le mélange des genres, en témoigne une incursion peaufinée dans l'horreur gothique mâtinée de sorcellerie avec Le Château des messes noires, sorti chez Artus Films. Mais All the Sins of Sodom demeure probablement une de ses oeuvres les plus intéressantes pour plusieurs raisons : elle se situe à une époque charnière où le hardcore était réservé aux circuits clandestins, il s'agit d'une oeuvre peaufinée et élégante, trait caractéristique d'une carrière où le nu et le bon chic bon genre sont indissociables, le second permettant de légitimer le premier, de l'émanciper sans créer de polémiques et de levées de boucliers de la part des garants de la morale ; puis, enfin, elle est la plus emblématique de la comparaison que l'on fit souvent au réalisateur, voire de son assimilation à un autre cinéaste bien connu : Ingmar Bergman.

 

 

La comparaison n'a du reste rien de choquante dans la mesure où, connaissant l'oeuvre de Bergman, on sait que ce qui est plus explicite chez Joe Sarno était déjà présent de manière ambigüe et implicite dans nombre de films du légendaire metteur en scène suédois. Sans compter qu'il y a dans leur oeuvre respective une volonté de pénétrer les psychés afin d'en déceler puis d'en dévoiler les tourments. All the Sins of Sodom est une oeuvre symptomatique d'années où régnaient en maîtres Pasolini et son "Théorème", "Blow Up" d'Antonioni, "La Prisonnière" de Clouzot mais aussi "Persona" de Bergman. Les manipulations, comme dit avant, sont purement psychologiques et moins littéralement assassines que dans les thrillers de la même époque. Il s'agit assez souvent chez Sarno de rondes à trois, en quasi huis-clos, ressemblant à des chassés-croisés où la proie finit parfois par supplanter son prédateur. Bien entendu, l'étude des êtres n'y est pas poussée dans ses derniers retranchements et là où le fond prend vraiment forme, c'est justement dans sa forme pure. A la dissection mentale esquissée, Sarno répond désormais par une inspection plus épidermique, faisant de ses éclairages et de sa direction artistique, dans son ensemble, un véritable objet voué tout à la fois à la mise en abime et aux fantasmes : en faisant de son héros un photographe, il se met lui-même en scène en plus d'impliquer directement le spectateur à la première personne, de lui proposer une position pas loin d'être interactive.

 

 

Bien entendu, "le jeu avec le feu" pratiqué, de plein gré ou non, par Dan Machuen, Sue Akers et Maria Lease peut paraitre superficiel et même artificiel, mais il peut se voir aussi comme un écho à la théâtralité d'un érotisme qui serait devenu le plus pur et le plus sûr moyen de communication.

Évoquons leur présence et disons quelques mots à leur propos : Dan Machuen, parfait ici en photographe à la fois hypnotisé et désincarné, tournera pas moins de trois films avec Sarno en cette même année 1968 avant de tirer sa révérence après un quatrième et dans un petit rôle, "Love After Death" de Glauco Del Mar. Sue Akers, ici dans le rôle de Joyce, aura une carrière similaire : après avoir débuté juste avant dans "Prowl Girls" du déjà cité Barry Mahon (The Beast That Killed Women, The Wonderful Land of Oz,...) elle tournera dans le saphique "Daughters of Lesbos" puis "Monique, My Love", tous deux de Peter Woodcock avant de s'arrêter à l'orée du hardcore. Maria Lease aura quant à elle une carrière plus hétéroclite et plus fournie : on la reverra à l'écran dans le "Love Camp 7" de Lee Frost, dans "Excited" d'un futur chantre du porno iXifié, Gary Graver ("V" - The Hot One, The Ecstasy Girls, Coed Fever, Body Love...), avant de se reconvertir en script-girl dans les années 70 avec des participations à des exploitations telles que "Schoolgirls in Chains", "Le baiser de la tarentule" ou encore La planète des dinosaures. Parmi les apparitions intéressantes, notons enfin celle de Peggy Steffans, ici dans le rôle de l'agent, productrice de la chose et en passe de devenir assistante sur certains films du réalisateur ("Abigail Lesley Is Back in Town" pour le plus connu et le plus reconnu).

 

 

Mallox

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