Colonel Wolodyjowski
Titre original: Pan Wolodyjowski
Genre: Historique , Guerre , Cape et épées
Année: 1969
Pays d'origine: Pologne
Réalisateur: Jerzy Hoffman
Casting:
Tadeusz Lomnicki, Magdalena Zawadzka, Jan Nowicki, Daniel Olbrychski, Barbara Brylska, Mieczyslaw Pawlikowski, Marek Perepeczko, Irena Karel...
 

1668 - Toute la noblesse polonaise et lituanienne se réunit à Varsovie pour élire le nouveau Roi, suite à l'abdication de Jan Kazimierz Waza, et le Parti pro-français semble tenir la corde en proposant un fils du grand Condé, même si beaucoup semblent réticents à l'idée de voter pour un candidat étranger. Dans la foule de nobliaux, le truculent Zagloba tombe sur une vieille connaissance, Ketling, officier d’artillerie écossais au service de la république des deux nations, qui lui apprend que leur ami commun Michal Wolodyjowski s'est retiré, suite au décès de sa jeune épouse, chez les bénédictins et envisage de prononcer ses voeux. Usant de sa ruse quasi proverbiale, Zagloba extrait Wolodyjowski de son monastère en lui faisant croire que Ketling est mourant. Arrivé à Varsovie, Wolodyjowski est convaincu par l'hetman Sobieski de reprendre la carrière militaire et de se rendre sur la frontière sud-est menacée par les Tatars, que l'actuelle vacance du pouvoir en Pologne a rendus audacieux. Il croise en route les deux pupilles de sa soeur, la brune et sage Krzysia et la blonde et espiègle Baska...

 

 

Colonel Wolodyjowski est la première adaptation par Jerzy Hoffman d'un roman de la célèbre trilogie d’Henry Sienkiewicz, "monument" de la littérature Polonaise. Les contingences de la production cinématographique, liées ici à la géopolitique, échappant à la banale logique de l'ordre chronologique, c'est le troisième et donc dernier roman de la trilogie qui sera adapté en premier.
Suivront Plus fort que la tempête en 1974 et Par le fer et par le feu en 1999, soit un ordre anté-chronologique par rapport aux romans et aux événements historiques dépeints, mais il est vrai que lorsque Pan Wolodyjowski fut tourné en 1968, il n'était pas prévu que les autres éléments de la trilogie seraient adaptés à leur tour. C'est le succès en Pologne du présent film qui enclencha la mise en chantier de Plus fort que la tempête. Quant à "Par le fer et par le feu", du fait de son sujet (la révolte des cosaques ukrainiens contre la couronne polonaise), il n'était pas envisageable de l'adapter tant que la Pologne était un "pays-frère" de l'URSS.

 

 

Rayon film, il faut bien reconnaitre que le segment central de la trilogie, Plus fort que la tempête, grande réussite du film historique épique, brille d'un éclat particulier, éclipsant par là même les deux autres volets bien plus quelconques. Pour Colonel Wolodyjowski, je ne vous resservirai pas la célèbre citation de Voltaire, "en matière d'art les premiers essais sont toujours les plus grossiers", car elle serait un poil injuste, la seconde partie du métrage (et en particulier le siège, quasi-final) laissant entrevoir les qualités qui éclateront dans Plus fort que la tempête (et là encore vous avez échappé à une citation du Henry Sienkiewicz français, à savoir Victor Hugo, "Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte"). Si l'on évite toute comparaison avec sa suite cinématographique (qui est donc scénaristiquement parlant son prédécesseur) il faut reconnaitre que le présent film nous offre du grand spectacle, même si le souffle épique tient plus de la brise légère que de la tempête (attention... jeu de mots). D'ailleurs, l'année de sa sortie (en 1969 et en deux parties, comme il était de mise à l'époque en Europe centrale et orientale pour tous les films dépassant les 2h30 de durée totale) Pan Wolodyjowski était à la fois la plus grosse production de l'histoire du cinéma polonais et le plus gros succès au box-office local.

 

 

Bon, après il faut quand même se taper une heure de quiproquos amoureux et autres péripéties excessivement romanesques, et passer encore sur le très rocambolesque passé et passif du méchant intérimaire (Daniel Olbrychski, moyennement crédible en Tatar). D'ailleurs, le personnage joué par Olbrychski, s'il ne lésine pas sur la vilenie et la duplicité, manque par contre singulièrement d'épaisseur. En fait, c'est l'ensemble des Tatars qui, même s'ils font des méchants bien abjects, ne constitue pas des adversaires bien redoutables, et il faudra attendre les Turcs ottomans pour sortir des escarmouches et autres cavalcades au profit de vraies scènes de bataille. Dans le même ordre d'idées, les combats à l'épée ne dépassent pas ce qui se fait dans le tout venant du genre, on est donc loin des deux duels d'anthologie de Plus fort que la tempête même si Tadeusz Lomnicki fait parfois preuve d'une rapidité dans le maniement du sabre, quasi diabolique (de fait, il s'est formé pendant douze mois à l'escrime au sabre et six mois à l'acrobatie équestre pour pouvoir tenir le rôle de Michal Wolodyjowski).

 

 

Décors et costumes sont superbes, même si ça manque un peu de lanciers ailés (on en verra seulement dans l’épilogue). Les lieux de tournage, multiples, sont les mêmes que ceux de l'action, y compris une scène tournée en Crimée (la Mosfilm, sans participer directement à la production, ayant mis quelque billes dans celle-ci). Enfin, la figuration est, comme il se doit, pléthorique. Saluons la prestation dans le rôle principal de Tadeusz Lomnicki, qui joue parfaitement du contraste entre son physique des plus quelconque (imaginez Jean Carmet interprétant le Cid) et son personnage de héros chevaleresque. Tadeusz Lomnicki rejouera Michal Wolodyjowski dans Plus fort que la tempête, mais cette fois dans un second rôle au côté d'un Daniel Olbrychski promu vedette. Un Daniel Olbrychski encore débutant dans ce film-ci, et dont la prestation en fourbe et méchant Tatar n'est pas toujours convaincante, même s'il reste crédible dans les scènes d'action (comme Lomnicki, il assure lui-même ses cascades). Du côté du casting féminin on pourra admirer Magdalena Zawadzka en alter-ego juvénile de Lomnicki / Wolodyjowski, et la brune et très jolie Barbara Brylska en miroir inversé de sa consoeur. Notons que Colonel Wolodyjowski n'est pas le titre français mais celui international et anglophone, le film n'étant jamais sorti en France, le titre original Pan Wolodyjowski pouvant se traduire en "Messire Wolodyjowski", qui est d'ailleurs celui de la version française du roman (le grade de Colonel étant un anachronisme dans la Pologne du 17e siècle).

 

 

Sigtuna




En rapport avec le film :

Un film comme il se doit à déguster avec de la Sobieski ; ça tombe bien : le type sur les étiquettes des bouteilles est dans le film. Et, à la lecture de l'avant-propos de cette modeste notule, une question - cher lecteur - doit fatalement te bruler les lèvres (ce qui en écriture néo-inclusive donne : une question chère lectrice doit fatalement te bruler la vulve) : le fils du grand Condé (qui n'était pas le petit Condé mais le duc d'Enghien) fut-il élu roi de Pologne ? La réponse est non (inutile de me remercier).
Enfin, parallèlement au film, fut tournée une série télé de treize épisodes de 25 minutes reprenant décors, figurants et la plupart des acteurs du film, mais réalisée par Pawel Komorowski en noir et blanc, et intitulée "Przygody pana Michala" (elle fut diffusée sur la télévision belge francophone sous le titre "Le petit chevalier Michel").

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