Mano che nutre la morte, La
Genre: Gore , Horreur , Epouvante , Macabre , Gothique
Année: 1974
Pays d'origine: Italie / Turquie
Réalisateur: Sergio Garrone (& Yilmaz Duru)
Casting:
Klaus Kinski, Katia Christine, Marzia Damon, Ayhan Işik, Carmen Silva, Erol Taş, Stella Calderoni, Romano De Gironcoli, Alessandro Perrella...
Aka: The Hand That Feeds the Dead / Evil Face / La Main qui nourrit la mort (trad littérale) / Ölümün nefesi (Turquie)
 

Au XIXème siècle : Le baron Ivan Rassimov, brillant chirurgien mort lors de l'incendie de son laboratoire, a laissé une fille, Tanja, horriblement brûlée dans l'accident. Celle-ci vit désormais recluse, le visage cruellement défiguré couvert d'un voile sombre. Le professeur Nijinski, autrefois étudiant de Rassimov et qui a épousé Tanja, essaie de restaurer la beauté perdue de son épouse en pratiquant sur elle des greffes de peau. Cependant, pour atteindre son but, le professeur Nijinski a besoin de chair fraîche, et donc de jeunes (et si possible jolies) victimes pour se livrer à ses transplantations. C'est dans ce contexte qu'un accident de calèche a lieu non loin de la propriété et que Nijinski va servir d'hôte accueillant à un couple tout en maniant le bistouri avec une précision d'orfèvre...

 

 

Il n'y a qu'à se fier au synopsis ci-dessus pour s'apercevoir que La mano che nutre la morte n'est rien d'autre qu'un remake de "Les yeux sans visage" transposé dans un contexte d'époque, le 19ème siècle ; époque propice à l'épouvante "Hammerienne" (Frankenstein créa la femme) et au gothisme transalpin (La Crypte du vampire). Sur ce postulat-calque téléporté, on "greffe" (maladroitement) un segment-suite tenant du registre de la machination et du transfert d'identité puis l'on retombe sur ses fondations, en reprenant une fin morbide, conforme au classique de Franju. Pas de procès outre-mesure à faire à ce niveau, les citations et succédanés de "Les Yeux sans visage" pullulent dans l'histoire du cinéma, du Mexique jusqu'au Japon.

Cette Main qui nourrit la mort (traduction littérale) est souvent confondue avec "Le Amanti del Mostro" (1974), lequel est d'ailleurs sorti dans les salles italiennes à peine un mois après. La confusion est logique puisque les deux bobines furent dirigées par le même Sergio Garrone (n'ayant pas le don de se dédoubler, il fut assisté toutefois d'un certain Yilmaz Duru), sont pourvues du même casting, à l'exception de Carmen Silva qui apparaît seulement dans celle-ci. Les deux films partagent également les mêmes décors et certaines scènes de l'un sont reprises pour l'autre. Cependant, ils ne racontent pas la même histoire.

 

 

Aucune figure imposée du genre n'est oubliée et ce "Les Yeux sans visage" ultra "bissifié" se retrouve du coup avec des scènes de lesbianisme entre Marzia Damon et Stella Calderoni semblant surgir de nulle part, de multiples gros plans sur le visage décharné de Masha, la jeune femme ayant le malheur de trop ressembler à Tanja Nijinski (toutes deux jouées par Katia Christine) ; des scènes macabres comme ce mari (Alex/Ayhan Isik) enfermé vivant avec un squelette dans un caveau ; du sadisme également via un serviteur (Erol Taş), sorte de "bestia in calore" quasi manchot (mais pourtant homme de main), lequel est guidé à distance par un diapason qui fait office d'instrument à ultrason, comme pour les chiens ; du reste ce dernier personnage se fend parfois la poire avant de sévir (et nous aussi du coup), c'est-à-dire, au choix, de ramener de la chair fraîche au sieur Nijinski après les avoir estourbies, de jeter les cadavres et le surplus (maris, cousins, jeunes femmes dont un morceau de choix a déjà été prélevé pour une greffe) ou bien encore, lorsqu'il a un peu de chance, de disposer d'un droit de cuissage qui nous vaut probablement le moment le plus éprouvant de La mano che nutre la morte : un viol sur l'une des femmes présentes en ces lieux maudits qui génère une déchirure vaginale hémorragique forcément spectaculaire et quasi mortelle.

 

 

Sergio Garrone (La Corde au cou, La Horde des salopards, Horreurs nazies,...) n'est certes pas un grand metteur en scène mais La mano che nutre la morte n'est au final ni transcendant ni honteux. Bien que joliment souligné d'une musique composée par le duo responsable du film gigogne (Elio Maestosi et Stefano Liberati), lorgnant par moments sur celle de son modèle, signée Maurice Jarre, il échoue à instiller une véritable ambiance faute à un déroulement un peu trop rapide ainsi qu'un montage heurté. Cependant, il n'ennuie pas pour autant et vaut avant tout pour son imagerie, à la fois gothique, baroque, criarde, toujours excessive, jusqu'à atteindre le gore outré lors des scènes de greffes, gavées d'un rouge aussi vif et éclatant que les canines du comte Regula après morsures sur de jeunes vierges. Ainsi La mano che nutre la morte se montre généreux au niveau des couleurs comme au niveau de la photographie, des décors et tout ce qui tient de l'accessoire. Crypte, chandeliers, corridors semi-obscurs, toiles d'araignées, rien ne manque dans cet espèce de fourre-tout un peu bâclé (la narration est parfois elliptique tandis que le sort réservé à Marzia Damon tient de la combustion spontanée), recousu à la Frankenstein, mais qui est relevé, tel un plat de pauvre, par ses épices. À ce sujet, les compositions de Klaus Kinski et de Katia Christine rentrent dans cette même outrance jusqu'à la déviance la plus barrée avec notamment la présence obsessionnelle d'un poupon en plastoque et des désirs sexuels assouvis semblent-ils avec un serviteur taré.

 

 

Quant au sérieux avec lequel il convient de prendre tout cela, à voir le tombeau du baron et l'insistance avec laquelle le réalisateur filme le nom inscrit dessus, Ivan Rassimov, difficile de ne pas croire à un clin-d’œil (vachard ?) à l'acteur qu'il a dirigé en 1967 dans "Tire si tu veux vivre" (Se vuoi vivere... spara!). De même que de Nijinski à Nikinski, il n'y a qu'à déplacer d'un cran une lettre de l'alphabet pour troller son monde sans trop d'efforts. Reste au spectateur de ne pas trop mal prendre la plaisanterie.

 

 

 

Mallox

 

* Quelques images supplémentaires pour les mirettes :

 

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