Désosseur de Cadavres, Le
Titre original: The Tingler
Genre: Horreur , Macabre
Année: 1959
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: William Castle
Casting:
Vincent Price, Judith Evelyn, Darryl Hickman, Patricia Cutts...
 

Impayable William Castle ! Le Désosseur de cadavres est l'un de ces films qui ont fait sa réputation : bourré d'interaction en tout genre avec le public, conçu avec une volonté d'acier de provoquer le frisson chez les spectateurs, le film fut à l'origine projeté dans des salles équipées pour le "percepto", c'est à dire des vibreurs placés sous les sièges et activés aux scènes clefs du film. Dès l'introduction, c'est William Castle qui apparaît en personne à l'écran pour informer que le spectacle qui va suivre atteint un niveau d'effroi jamais égalé dans l'histoire de l'industrie cinématographique et qu'à ce titre les âmes sensibles vont sûrement ressentir des émotions étranges (le percepto, je présume) pouvant les conduire à la mort si ils ne se laissent pas aller à hurler ! Voici une façon plutôt originale de mettre une ambiance dans une salle de cinéma, et c'est sans grande surprise que certains réalisateurs évoquent ces procédés avec nostalgie (Joe Dante dans "Panic sur Flordia Beach", mais aussi Robert Zemeckis et Joel Silver, les fondateurs de la firme "Dark Castle", censée rendre hommage au défunt William).

 

 

Quant au film en lui-même et bien il joue le jeu jusqu'au bout, et il donne une vraie signification à l'avertissement du réalisateur. Il nous présente le docteur Warren Chapin, un scientifique ayant découvert que la terreur, quand elle n'est pas libérée avec des hurlements, peut mener à la mort à cause du "Tingler" (le "crispeur"), un monstre vivant en nous, qui se nourrie de notre peur et qui peut dans les cas d'extrême épouvante nous briser la colonne vertébrale !
Vincent Price, avec son jeu théâtral habituel non dépourvu d'humour, est tout simplement brillant, et jusqu'à l'arrivée tardive d'un tingler extrait d'une victime, il meuble à la perfection toute l'intrigue dans des scènes d'expérimentations scientifiques qui incluent notamment un trip au LSD dans laquelle Castle utilise des artifices de mises en scène qui, 10 ans plus tard, au coeur de la période psychédélique, influenceront Roger Corman dans son inénarrable "The Trip". Ce ne sera d'ailleurs pas la seule scène surréaliste du film, puisque dans une autre, sans Price, le réalisateur cherche à effrayer l'un de ses personnages non seulement en lui balançant quelques monstres en pleine face, mais aussi en ayant recours à du sang d'un rouge vif venant rompre l'équilibre d'un film par ailleurs totalement en noir et blanc !
Castle aime jouer avec ses personnages (il donne aussi au bon docteur une femme avec laquelle il partage une relation d'amour et de haine pleine d'ironie, tout comme dans "La Nuit de tous les mystères", produit la même année), il aime jouer avec ses spectateurs, et bien entendu il aime le second degré : le personnage de Vincent Price est amené à se rendre plusieurs fois au chevet de la co-gérante sourde et muette d'un cinéma de quartier spécialisé dans les films muets (!). Et qu'est ce qui fait le propre des muets ? C'est qu'ils ne peuvent pas hurler, et qu'ils sont donc des proies toutes désignées pour le tingler ! Ou comment donner du relief à un clin d'oeil anodin.

 

 

Maintenant, sans trop en révéler, la fin, lorsque le tingler se promène à l'air libre, sera un véritable condensé de toute la démarche de Castle : lâché dans le ciné muet, la bestiole permettra au réalisateur d'éteindre toutes les lumières dans une rupture qui inspirera "l'entracte" du génial "Gremlins 2" de Dante : la pellicule se déchire à cause du monstre, écran noir, et il ne reste finalement plus que la voix off de Price (et quelle voix !) encourageant les spectateurs (tant ceux du "Désosseur de Cadavres" que ceux du film muet projeté dans le film) à hurler à plein poumons ! Un grand moment de communion entre un réalisateur et son public, pour un film comme on en fera plus, aux défauts évidents (effets spéciaux un peu dépassés, incohérences et raccourcis du scénario...) mais sur lesquels je ne veux même pas m'attarder, tant le plaisir qu'il donne est grand et éclipse tout le reste.

 

 

Avec sa démarche, Castle tape consciemment en plein dans un cinéma populaire, artisanal, et fier de l'être. Découvrir le film lors de sa sortie en salles, dans les années 50 et en "percepto", a dû effectivement être une sacré expérience...

 

Note : 8/10

 

Walter Paisley
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