Grand duel, Le
Titre original: Il Grande Duello)
Genre: Western spaghetti
Année: 1972
Pays d'origine: Italie / France / Allemagne
Réalisateur: Giancarlo Santi
Casting:
Lee Van Cleef, Peter O'brien, Marc Mazza, Jess Hahn, Klaus Grunberg, Anthony Vernon, Dominique Darel, Horst Frank...
 

Philip Newland est accuse d'avoir tue Samson, le patriarche d'un clan puissant de Tucson. Il est poursuivi par ses trois fils qui n'hésitent pas à envoyer des tueurs à sa recherche. Alors que celui-ci est en danger, surgit une tierce personne en la personne de Clayton, un homme de loi mystérieusement déchu, qui vient lui prêter main forte. Ses raisons restent obscures mais celui-ci semble vouloir le contraindre à subir un procès en bonne et due forme face au clan Samson, en même temps qu'il semble être le seul à connaître la vérité sur le meurtre de l'ex tyran...

 

 

Voici un excellent "petit" spaghetti pas mal sous-estimé quand il n'est pas ignoré. Que certains découvrent par l'intermédiaire de la partition majestueuse et envoûtante due à l'excellent Luis Bacalov ("Django"), reprise récemment par le recycleur Quentin Tarentino pour son "Kill Bill vol.1", et si l'on doit passer par là pour le découvrir, alors tant mieux, car il le mérite tout bêtement. Il s'agit là d'un western de qualité un peu tardif et qui n'est pas pour une fois du à l'un des trois Sergio et précède les néanmoins quelques intéressants chants du cygne estampillés 1975, que sont "4 de l'apocalypse" ou le plus discutable "Keoma", soubresauts originaux en même temps qu'un peu vains.
De toute façon, même si le nom du metteur en scène reste peu connu, la réussite du film n'est pas fortuite puisque Giancarlo Santi fut assistant sur les populaires "Le bon, la brute et le truand" puis "Il était une fois dans l'Ouest" de l'opératique Leone, en même temps commença sa carrière comme assistant de Marco Ferreri sur "Le Lit conjugal". Ce n'est donc pas à un nouveau né auquel on a à faire derrière la caméra.
En témoigne cette mémorable scène d'ouverture dans laquelle Lee van Cleef, voyageant en diligence s'arrêtera près d'un point désertique mais doté d'une auberge, et l'on fera connaissance avec le personnage qui alors sauvera d'une meute de mercenaires venus tuer l'injustement recherché pour meurtre Philip Newland, par des gestes négatifs sur des fusils braqués sur lui, quelques bons mots, puis une feinte bien jouée, sans que l'on sache quelles sont ses motivations. D'entrée nous voici en terrain familier car l'on retrouve un Van Cleef en grande forme tout vêtu de noir, à l'instar des meilleurs rôles qu'il pu incarner, de "Pour quelques dollars de plus" au "Bon la brute et le truand", en passant par la série des "Sabata" ou encore "La mort était au rendez-vous". Cela ne se démentira jamais et l'acteur, une fois de plus imposant, voire même immense, hantera tout le film de sa présence.
Heureusement serais-je tenté de dire, dans la mesure où son protégé, campé un peu mollement par Peter O'brien, reste quand même bien plus pâle, en même temps de ressembler fortement à un mélange de Georges Harrison revenu d'Indes et d'un Bee Gees. On ne peut pas dire que ce dernier possède un charisme formidable et finalement bien qu'étant le personnage central, il n'existera que par son mystérieux protecteur.

 

 

Puisque je parle des acteurs, autant poursuivre pour dire qu'en revanche, les seconds rôles sont assez épatants, et l'on commencera par citer un "gentil", ce bon Jess Hahn, personnage bonhomme qui osera même râler après les dangereux bandits lorsque sa carriole se fera exploser en mille morceaux à la dynamite. Celui-ci apporte une tonalité légère au film qui n'est pas sans sa petite saveur, et ce sans tomber dans le "concon" ("Pas de pitié pour les salopards").
Parmi les méchants, c'est carrément un festival auquel on assiste, avec un excellent Horst Frank, dans un double rôle (!), dont le principal, celui d'un dangereux comploteur aux propos et apparences trompeuses, le renégat étant pourvu d'une dialectique très correcte ! Son frère, joué par Marc Mazza ("L'attentat" / "Revolver" / "Mon nom est personne" / "Le passager de la pluie"), assez rigolo en bandit prêt à tout, mais doté d'une certaine intégrité naïve, puisqu'il cherchera tout le film durant l'assassin de son père, avec une sincérité assez touchante. (en tout cas pour l'être violent qu'il est partout ailleurs).
La palme reviendra toutefois à Klaus Grunberg, dans le rôle du troisième frère, pas piqué des hannetons, puisque celui tout en blanc passera son temps en tant que pistoléro gay à caresser son foulard de soie, en même temps que subrepticement à branler davantage son colt au lieu de s'en servir de la façon qu'il convient, enfin logiquement. Bref, on a le sentiment avec ces trois frères peu fréquentables, d'être le plus souvent en compagnie de SS que de bandits arriviste et ça ne donne que plus de cachet à ce fort bon spectacle.

 

 

L'un des autres gros atouts du film, c'est son scénariste Ernesto Gastaldi, à qui l'on doit la plus grosse originalité du film, à savoir faire du western un demi giallo. En effet, une moitié du film tient du registre de l'enquête, avec ses Flashs back sépia et son assassin masqué par la nuit et la vapeur d'un train. Le meurtrier, on le sent, n'est pas loin, mais qui est-il ? Voici un postulat qui réussi ici à s'imbriquer assez brillamment et en tout cas assez astucieusement, parvenant à maintenir l'intérêt d'un film qui sans cela aurait pu rester bien classique. Du coup, nous voici avec presque deux films pour le prix d'un seul, l'on ne saurait s'en plaindre lorsque les deux cartes jouées se révèlent gagnantes en même temps que de cohabiter harmonieusement puis de faire à sa manière sa petite liaison entre deux genres bientôt en désuétude, pour laisser place à un troisième, le polar.
On sera vraiment reconnaissant à Ernesto Gastaldi d'avoir su faire cela, et l'on constatera dans un même temps que ce n'est pas fortuit puisque le bonhomme a oeuvré énormément en tant que scénariste dans le genre, et l'on ne retiendra pour exemple que ses collaborations avec le bon Sergio Martino : "All the Colors of the Dark", "La Queue du scorpion", "The Strange Vice of Mrs. Wardh", "Torso". C'est assez intéressant du reste, car on a le sentiment que Gastaldi s'est servi du western pour passer du giallo aux polars urbains qu'il scénarisera peu après comme par exemple, "Milano Trema" ou "Milano Odia"... Bref, il reste à mon avis, le plus grand facteur "caché" de la réussite du film.

 

 

Pour finir, et pour résumer les sentiments que procurent le film, on retiendra une longue scène d'ouverture formidable, des gunfights inspirés avec même une pirouette salto arrière à la Hong-Kongaise en passant, une intrigue policière sympa bien qu'un peu téléphonée il faut l'admettre, un Lee van Cleef au top secondé par un Bee Gees, puis d'excellents seconds plans, et un duel final à quatre puis à cinq, pas loin de ressembler à une parodie de Sergio leone, avec cette somptueuse musique de Bacalov plus que jamais sous influence "morriconienne", et son espèce de ballet à travers des enclos dont les portes s'ouvrent l'une après l'autre, chaque enclos recélant l'un des trois frères qui reculent pour mieux se réunir et là...... Pan pan pan ! Le grand duel ! Sympa.

 

Note : 7/10

 

Mallox
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