I Spit on your Grave
Genre: Rape and revenge
Année: 1978
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Meir Zarchi
Casting:
Camille Keaton, Eron Tabor, Richard Pace, Anthony Nichols, Gunther Kleemann...
Aka: Oeil pour Oeil / Day of the Woman
 

Alors qu'elle se rend seule dans sa maison de campagne afin de travailler sur son premier roman, Jennifer, jeune new-yorkaise écrivant au préalable pour des magazines, attire dès son arrivée dans le patelin un peu paumé, l'attention du garagiste et de ses trois potes dégénérés. Très vite, ceux-ci lui tendent une embuscade, l'entraînent ensuite de force dans un coin tranquille de la forêt, pour la violer l'un après l'autre avec une sauvagerie assez inouïe. Laissée pour morte par le semi-débile du clan (mais où est donc le QI des autres ?), celle-ci, après avoir traversé un véritable calvaire, n'en restera pas là...

 

 

I Spit on your Grave est un film rempli de partis pris radicaux, inégal mais marquant.
Le film possède deux grands atouts qui en font toute sa force, à savoir une mise en scène dépouillée à l'extrême qui lui donne des faux airs de docu trash, ainsi qu'une interprétation complètement sidérante de son actrice principale, à savoir Camille Keaton (Mais qu'avez-vous fait à Solange ?). Tout ça sent le "vrai" et ce n'est sans doute pas étranger au fait que Meir Zarchi, son réalisateur, s'inspire ici d'un drame dont il fut témoin en 1974, où il retrouva une femme errant nue dans un parc de New York, après s'être faite violer. On ne saurait lui refaire le procès auquel il a eu droit à la sortie du film, procès établi par des féministes une fois de plus à côté de la plaque, et quelques intellectuels de gauche ayant pour le coup mal ajusté leur paire de lunettes. En fait, je ne vois même pas comment on a pu faire des critiques à haute teneur politique, il n'y a pas à y regarder de trop près pour remarquer que la démarche de Zarchi n'a rien de complaisante et ma foi, se rincer l'oeil lors des scènes de viol relèverait quasiment de l'exploit, tant la première partie du film (remarquable) évite la complaisance propice à un quelconque voyeurisme ;  c'est dans un cauchemar éprouvant et sans concessions dans lequel nous évoluons alors.
Quoi qu'il en soit, ce genre de débat pose le problème (s'il en est un) de la nudité et sa représentation à l'écran. Pour ma part, nous sommes entre adultes consentants et trouver dans ce film là matière à expier ses propres démons de la moralité n'est à mon sens qu'une monumentale erreur. Alors soit, il est difficile de ne pas penser à d'autres oeuvres à sa vision, soit fondatrices ("Les chiens de paille" / "Délivrance") soit à d'autres classiques auxquels on aura le droit de le rapprocher, à savoir La Dernière maison sur la gauche de Wes craven ou la plus tardive (et plus faux cul) "Maison au fond du parc" de Deodato, qui lui se prenait par contre les pieds dans le tapis pour finir par se mordre la queue dans un discours parasité par sa propre complaisance.

 

 

Le parti pris de Meir Zarchi, en tout cas dans sa première partie, va tout à l'inverse de ça, et l'on soulignera l'absence quasi totale de musique (hormis un intermède "harmonica-esque" live joué par l'un protagonistes dégénérés à bretelles – tiens, ne voilà t-il pas un clin d'oeil à "Orange mécanique" ?), qui va exactement dans le sens du film, à savoir montrer simplement, crûment, radicalement pour laisser au spectateur l'acte de juger (ou non), ce à quoi on assiste, que ce soit dans la partie "viol", que dans la partie "revenge" propre à un autre thème brûlant, à savoir l'autodéfense. Rien de condamnable là-dedans, bien au contraire, c'est l'intelligence de son spectateur que convoque ici Meir Zarchi, ainsi qu'à sa réflexion, qu'il l'invite (incite !), et c'est peut-être ici qu'il fut insupportable pour certains. En lieu et place d'un "spectacle" prémâché, prenant le spectateur dans le sens du poil, montrant du doigt les méfaits de ces rednecks, puis justifiant ou non la sauvagerie boomerang de son héroïne, le réalisateur choisit d'épurer à l'extrême pour laisser vivre la réflexion, au lieu d'apporter des réponses nauséeuses ou moralistes à tout ceci. Pourtant on le sent bien ce côté moral sous-jacent, mais c'est pour ma part une preuve d'intelligence, d'honnêteté et de respect que de laisser cela de côté afin de mieux nous impliquer.
Autre film auquel m'a renvoyé cette moitié de grand film, c'est celui de Serge Leroy tourné en 1975, et donc trois ans auparavant, La Traque, et d'une certaine manière on pourra y trouver pas mal de similitudes, avec ses notables chasseurs se rendant coupables d'un viol grossier et pour le sport, puis plus tard donc se verront amenés à la pourchasser afin d'éliminer la "victime témoin". La différence à nouveau se fait dans la peinture des violeurs ; autant le film de Leroy accusait (avec force du reste) une frange de la bourgeoisie déséquilibrée dans ses valeurs, autant Zarchi, lui, ne dit rien, et à l'instar d'un "Délivrance", c'est plutôt une certaine indépendance féminine et légitime (rappelons que Jennifer part seule dans une cabane en forêt afin d'écrire en toute sérénité un livre), qui vient se heurter à l'état de certains individus trop confinés dans une nature primitive, restant ou devenant à leur tour primitifs, primaux, bestiaux, sans âme.
A ce titre, je reviens sur la première partie du film, absolument exemplaire, où voir courir ces "hommes singes" là aux travers des feuillages, les dotant justement de cris de sauvages, laissant sans démentir les bruits d'animaux, d'insectes, de vent et de feuilles mouvantes faire toute la bande son, fait qu'on assiste à quelque chose qui fait vraiment frémir. D'ailleurs, rarement une forêt n'aura fait aussi peur, et là, c'est un tour de force, on pensera même au bayou aux relents paranoïaques du chef-d'oeuvre de Walter Hill, à savoir Sans retour.

 

 

Ailleurs le metteur en scène ne cadre pas, il filme à la volée et même à l'arrachée, comme un témoin ne faisant que passer par là et filmant avec son appareil photo numérique ce à quoi il assiste, sachant que se montrer lui vaudrait peut-être sa peau.
Si on ajoute l'extraordinaire abnégation de Camille Keaton dans le rôle de Jennifer (dieu que cette femme est belle !) qui livre là, non pas une fantastique interprétation, mais fait carrément don de soi comme on l'a rarement vu au cinéma. Son implication donne une puissance au film qui, il faut bien le dire, aurait sans doute été bien en deçà sans sa présence. La voir traînée dans la boue, violée trois fois successivement, rampant ensanglantée, jouer une bonne moitié du métrage nue, démontre un courage exemplaire, en totale adéquation avec l'esprit du film qui plus est.
Heureusement serais-je tenté de dire, car là où il faut bien l'admettre ça ne fonctionne plus, c'est à mi-parcours. En effet, les personnages malfaisants sont assez peu crédibles, tant ils sont joués avec les pieds, et même si l'on peut soupçonner Meir Zarchi d'avoir choisi des non professionnels afin de renforcer le côté réaliste de son trip brutal, autant dire que ça ne fonctionne pas du tout. Entre le chef de la bande aux relents de David Hess du pauvre (déjà que le modèle ne vole pas haut), ce personnage mongoloïde plus proche d'un "American pie" qu'autre chose d'un tant soit peu plus crédible, surtout pour un film de cette trempe, ou de cette ambition, franchement, ça finit par parasiter considérablement l'impact du film, notamment dans cette seconde partie donc, où ils se font plus bavards.
Pareil, le metteur en scène semble moins à l'aise alors, et le film prend alors carrément un côté exploitation un peu bâclé, comme si cette partie là du film le passionnait moins. C'est très dommage, et je me demande dans quelle mesure celui-ci n'aurait pas dû, à l'instar de La traque évoquée ci-dessus, rester dans le côté implacable de sa première partie, quitte à faire mourir inexorablement son héroïne, au lieu de la voir se venger à coup de canoës à moteur et autre hache ; vengeance qui soit, paraît légitime, mais désamorce en même temps qu'en le déviant, son propos pour l'emmener dans un ailleurs qui, non seulement à mi-chemin plombe d'un coup d'un seul le rythme du film, et là on commencera à s'ennuyer pas mal, vu que tout semble, on le comprend assez vite, prévu, calculé, exécuté, alors que dans le côté fatal des viols successifs de la première partie, on était nous-mêmes exténués, surpris jusqu'à l'écoeurement, cela se renouvelait inexorablement, nous renvoyant nous-même à l'état d'impuissance (et c'est sans doute cela également qui a pu en gêner certains), et puis c'est comme si dans cette seconde partie, on nous simplifiait tout d'un coup la tâche par cette revanche "pseudo expiatoire" qu'on aura qui plus est du mal à trouver crédible.

 

 

Dommage que Meir Zachi ai délaissé ainsi ses second rôles, et ai fait ce choix assez malheureux à mi-parcours, du coup on assiste à une moitié de grand film, et une autre moitié bien moins inspirée, à la limite même de flatter nos bas instincts, ce qui aurait pu être jouissif si cela n'allait pas en contradiction avec sa première partie, en plus d'être moins bien filmé...

 

Note : 7/10

 

Mallox
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